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États-Unis Football Immigration Pauvreté

Publié le • Modifié le

Etats-Unis: des jeunes sans-papiers unis par le football dans le Bronx

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Le foot est une échappatoire à la menace d'expulsion pour des sans-papiers du Bronx (image d'illustration). Getty Images/ Thomas Barwick

A New York, une équipe de foot unique se réunit tous les samedis matin dans le Bronx. Composée de jeunes sans-papiers arrivés d’Amérique du Sud, elle leur permet d’oublier le temps d’un match les risques d’expulsion. Elvis Garcia Callejas a monté « La Union » il y a trois ans, à l’époque où 70 000 mineurs non accompagnés rejoignaient les Etats-Unis chaque année.


Avec notre correspondante à New York,

Samedi matin, sous la chaleur de plomb de l’été new-yorkais, ils sont une trentaine de jeunes à être venus taper le ballon pour cette journée de sélection avant la reprise officielle de la compétition début septembre. Brian, du nom américain qu’il s’est choisi, est un ado d’à peine 15 ans tout juste arrivé du Guatemala. Il est venu postuler : « Aujourd’hui, c’est la première fois que je me sens bien. Je suis heureux. C’est le sport que je préfère. Je m’amuse en jouant et je me sens rassuré, tranquille, car j’ai l’impression qu’ici rien de mal ne peut m’arriver. Alors que dans mon pays, à n’importe quel moment, il peut vous arriver quelque chose ».

L’histoire de Brian résonne en écho à celles de ses coéquipiers. « La Union » est un concentré de destins brisés par la violence et les gangs. Des jeunes grandis trop vite et jetés sur la route. Brian a mis plus d’un mois à rejoindre les Etats-Unis. « Je suis venu en bus, puis en marchant sur les sentiers illégaux et j’ai été emprisonné pendant un mois », raconte-t-il. A l’arrivée, c’est une autre violence qui attend ces jeunes. Le saut dans l’inconnu.

Taper dans un ballon pour oublier son quotidien

« Je me souviens à quel point ça peut être difficile quand vous arrivez d’un autre pays et que vous ne connaissez ni la culture ni la langue. Tu ne connais personne, explique Elvis, le fondateur de cette équipe pas comme les autres. Je dis toujours aux gens que quand tu joues au foot, tu oublies tout le reste. Tu oublies que tu es un immigrant, que tu ne parles pas la langue. Tu oublies tout ! Et c’est la beauté du sport. C’est quelque chose que tu apprécies et que tu peux partager avec d’autres. »

Elvis gère l’équipe avec l’association « South Bronx United ». Arrivé illégalement lui aussi à l’âge de 15 ans, il a commencé par taper dans un ballon pour oublier ses angoisses. « Le foot, d’une certaine façon, peut agir comme une thérapie pour les jeunes. Vous savez, quand ils arrivent ici, la plupart sont sans aucune famille, ils sont dans les affres de l’immigration, parfois ils sont en procédure d’expulsion. Et ils ont peur, témoigne-t-il. Vous savez, ils viennent de pays dangereux. Ils essaient d’échapper à la violence. Ils ont très peur de devoir repartir et ils y pensent en permanence. Donc aussi longtemps que nous aurons tous ces problèmes, il y aura des immigrés, et peu importe si le mur est construit ou s’ils mettent plus de gardes à la frontière, les gens trouveront toujours le moyen de venir dans ce pays. »

« Devenir une star du foot »

L’arrivée de Donald Trump à la tête de la Maison Blanche a stigmatisé un peu les Mexicains et les Sud-Américains. Jason, 16 ans, arrivé aux Etats-Unis il y a 11 ans, est sur la défensive : « Mes parents n’ont pas une seule goutte d’alcool dans leur sang, ils n’ont jamais pris de drogues ». Jason a surtout un rêve chevillé au corps : « depuis que je suis vraiment tout petit, je veux vraiment devenir une star du foot. Donc en venant ici, ça a fait grandir mon intérêt. J’améliore mes compétences et peut-être, quand je serai plus vieux, je pourrai rejoindre une équipe professionnelle ».

Car au sein de cette équipe au nom prédestiné, l’union fait la force et aucun rêve n’est impossible.

Chronologie et chiffres clés