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Publié le • Modifié le

Brésil: Juninho Pernambucano, ex-footballeur et rare opposant à Bolsonaro

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Juninho Pernambucano en 2014 à Rio de Janeiro. VANDERLEI ALMEIDA / AFP

De nombreux joueurs de football brésiliens soutiennent le candidat d'extrême droite, Jair Bolsonaro, favori de l'élection présidentielle dont le deuxième tour aura lieu de 28 octobre. Dans un entretien au quotidien espagnol El Pais, Juninho Pernambucano, ancienne gloire de l’Olympique lyonnais, a ouvertement exprimé son désaccord face aux idées du leader d’extrême droite. 


Le 28 octobre prochain au Brésil, Jair Bolsonaro, 63 ans, ancien officier militaire et homme politique d’extrême droite, qui a obtenu 46% des voix au premier tour de la présidentielle, se retrouvera face à Fernando Haddad (26%), candidat du Parti des travailleurs (PT), héritier de Lula et fils d’immigrés libanais. Bolsonaro, qui a vécu une longue carrière de député, surfe sur la rancœur d’une population exaspérée par la corruption et la criminalité.

Depuis ce raz de marée du premier tour, rares sont les personnalités du monde du ballon rond qui ont pris position contre Bolsonaro. Juninho Pernambucano, ancien joueur de l’Olympique lyonnais, sept fois champion de France et qui a terminé sa carrière au Brésil à Vasco da Gama, a largement commenté la situation dans son pays à travers un long entretien au quotidien espagnol El Pais, publié le 6 octobre.

« Je pensais que le Brésilien était solidaire. Mais c’est un mensonge »

C’est du côté de Lyon, où il est arrivé à l’âge de 26 ans, que le natif de Recife a forgé sa conscience politique. Juninho Pernambucano déclare entre autres : « Ce qui m’a surtout frappé pour la politique, c’est le côté humain des Français. Je pensais que le Brésilien était solidaire. Mais c’est un mensonge. Le Français est solidaire pour de vrai ! Il y a les extrémistes, la partie qui méprise les musulmans, la partie raciste. Mais la majorité du peuple français a une humanité très développée. »

« Beaucoup de Brésiliens ignorent que d’autres ont été torturés et assassinés pendant la dictature, explique Juninho Pernambucano. C’est désespérant de voir des gens soutenir les interventions militaires, continue l’ancien international. O Exército (l’armée) existe pour défendre le pays, protéger les frontières, mais pas pour tuer les Brésiliens dans les favelas. Ils n’ont pas été formés pour cela ».

« Tu vas soutenir Bolsonaro, mon frère ? »

Juninho Pernambucano assure ne pas défendre les voleurs. Il explique : « Le peuple doit arrêter avec cette manière de penser que tout crime est égal. L’assassinat est une chose, le vol en est une autre. Je ne peux pas mettre un jeune de 18 ans qui a volé dans une prison. Car quand le mec sort de prison, il veut se venger de la société. C’est pour cela que je m’énerve quand je vois un ex-joueur de football voter pour l’extrême droite (référence au soutien de Ronaldinho au candidat d’extrême droite - NDLR). Nous venons d’en bas, nous avons été élevés au sein du peuple. Comment l’oublier ? Comment être de ce côté ? Tu vas soutenir Bolsonaro, mon frère ? »

En effet, Jair Bolsonaro, qui s’est fait connaître par ses propos racistes, misogynes et homophobes, a reçu le soutien de plusieurs anciennes gloires du football brésilien. Notamment de l’ancien joueur star du Paris Saint-Germain : Ronaldinho.

Rivaldo, Cafu, Felipe Melo, ou encore Lucas Moura soutiennent Bolsonaro

Ronaldinho, champion du monde en 2002 et Ballon d'or en 2005, a publié une photo de lui sur les réseaux sociaux de dos avec un maillot de la sélection floqué du n°17. Un clin d'œil adressé aux électeurs, car il s'agissait du numéro à utiliser pour voter électroniquement pour le candidat Bolsonaro. Rivaldo, Cafu, Felipe Melo (Palmeiras et ex-Juventus Turin) ou encore l'ancien joueur du Paris Saint-Germain Lucas Moura avaient appelé à voter pour le « Trump tropical ». « S'il était vraiment raciste, il serait en prison. Je vous vois l'accuser gratuitement sans argument », a notamment écrit Lucas sur Twitter, où il a été fortement critiqué pour avoir défendu Bolsonaro. L'homme politique d’extrême droite s'est dit honoré par ces soutiens.

« Je suis un citoyen du monde. Je ne peux pas être intolérant aux différences. La seule exception est les extrémistes. Mais est-ce qu’une personne qui croit dans l’existence de "races humaines" et propage un discours de haine, mérite la démocratie ? », argumente de son côté Juninho Pernambucano.

Neymar : « Je laisse cela entre les mains de Dieu »

Sans ambiguïté, Juninho Pernambucano, qui ne s’est jamais engagé en politique, reste un défenseur de l’ancien président de la République Lula, actuellement en prison. « Je l’admire beaucoup. Personne n’effacera ce qu’il a fait pour le pays. Lula est un homme de 72 ans qui se fait démolir sans pitié. Pourquoi les gens détestent Lula ? Ce qu’ils détestent de lui c’est son apparence, son origine, son accent, son histoire et sa popularité ».

La plupart des joueurs en activité sont prudents. Aussi bien au Brésil qu’à l’étranger. « Je ne cherche pas à me mêler de politique, malgré la distance, je suis le sujet, a commenté la star Neymar dimanche 7 octobre au Parc des Princes après la rencontre face à Lyon. C’est très personnel. Chacun pense ce qu’il veut. Je laisse cela entre les mains de Dieu. J’espère que [le président] sera quelqu’un avec du caractère, fiable, qui sera un leader pour le Brésil et qui donnera un nouvel élan au pays, qui mérite le bonheur et sera dirigé par quelqu’un de responsable ».

Juninho Pernambucano, lui, avance que, pour un joueur en activité, il est délicat de s'exprimer, car « la carrière (...) est courte ». « Le football exige tellement d’engagements que vous terminez votre carrière en étant aliéné. Je comprends l’athlète qui joue toujours et qui préfère ne pas se positionner. Mais un ancien athlète qui a une bonne qualité de vie et qui ne s’engage pas dans la situation du pays est inadmissible », insiste-t-il.

« Le football m’a enseigné à voir le monde »

Au Brésil, on assiste actuellement à un déchaînement de violence depuis les résultats du premier tour. A Curitiba, un coiffeur homosexuel a été frappé à mort. A l’annonce de son décès, un suspect aurait crié « Vive Bolsonaro ». Dans l’Etat de Bahia, Romualdo Rosário da Costa, dit Moa do Katendê, maître en capoeira et électeur du PT, a été assassiné de douze coups de couteau le soir du premier tour. Il avait fait part de son choix électoral à un fan de Bolsonaro.

Juninho Pernambucano, dont tout le monde se souvient des coups francs magiques, reste donc une des rares personnalités du ballon rond à s’opposer publiquement à l’extrême droite au Brésil. « Le football m’a enseigné à voir le monde. Le football m’a sauvé la vie », lâche l'un des meilleurs joueurs de l’histoire de l’Olympique lyonnais.

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