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La peur du chômage va-t-elle influencer le vote indien ?

Par Dominique Baillard

En Inde les plus longues élections législatives jamais organisées à travers le monde sont entrées dans leur quatrième phase. Et au fil du temps et de l’actualité, les enjeux du scrutin évoluent : la priorité des électeurs n’est plus la sécurité, c’est désormais le chômage.

Dans le dernier sondage -effectué par CVoters-Ians, publié ce week-end par la presse indienne il y a eu effectivement un basculement de l’opinion : 28% pensent maintenant que l’emploi est le principal problème que le futur gouvernement devra résoudre et 21% seulement mettent l’accent sur l’insécurité, alors qu’à la mi-mars la peur du terrorisme était au coude à coude avec les thématiques économiques. Malgré le discours identitaire brandi pendant toute la campagne par le Premier ministre sortant Narendra Modi et son équipe du BJP, ses échecs économiques lui reviennent aujourd’hui en boomerang.

Le bilan économique de Narendra Modi est-il si mauvais ?

Il est surtout décevant. La croissance promise est bien au rendez-vous. A 6,7% pour l’exercice 2017/2018 et une prévision encore plus forte pour l’année en cours elle demeure impressionnante, et pourtant c’est encore bien trop lent pour rattraper la Chine, l’une des ambitions affichées par le leader du parti hindou. La lutte contre l’inflation a aussi donné un résultat mitigé. La hausse des prix s’est calmée, elle est passée en dessous de la barre des 10%, mais cette performance est très artificielle. L’inflation a suivi la pente descendante du cours de baril de pétrole dont l’Inde est un gros importateur net, mais chaque fois que le brut remonte, cela entraîne le retour de l’inflation et c’est ce que les analystes redoutent pour les prochains mois, depuis que Donald Trump a annoncé le blocage complet du commerce du brut iranien, dont l’Inde est un gros client.

Le quotidien des Indiens s’est-il dégradé pendant ces cinq ans de gouvernance Modi ?

Les Indiens ont surtout été traumatisés par la mise en œuvre ratée de réformes présentées comme majeures. D’abord l’opération surprise de démonétisation censée supprimer la corruption. La Banque centrale a en fait servi de grande lessiveuse en reprenant des milliards de roupies sans atteindre l’argent de la corruption déjà réinvesti dans des actifs sûrs. En revanche ce choc monétaire a totalement congestionné l’économie dominée par l'informel. L’introduction de la TVA a été une deuxième réforme titanesque qui a raté son objectif de simplification. Quant au décloisonnement de l’économie, il a bien profité aux investissements étrangers qui ont bondi ces dernières années, mais la création d'entreprises bute encore sur les blocages bureaucratiques qui ralentissent la moindre décision.

Les Indiens se disent surtout préoccupés par la montée du chômage.

Un phénomène difficile à cerner parce que les chiffres fiables et récents sont rares. D’après les données gouvernementales confidentielles qui ont fuité dans la presse le chômage a bel et bien augmenté, il est supérieur à 6%, du jamais vu depuis 45 ans. Les villes sont encore plus touchées que les campagnes. Onze des plus grands États ont des taux supérieurs à la moyenne nationale. Le Gujarat qu’a dirigé Narendra Modi et qu’il a érigé en modèle de réussite économique a aussi renoué avec le chômage. En fait la croissance indienne est prodigieuse, mais encore bien trop lente face à la poussée démographique. Chaque mois un million de jeunes supplémentaires arrivent sur le marché de l’emploi. Donner à l'économie la capacité d'absorber cette main-d'œuvre sera le plus gros défi du prochain gouvernement.

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