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S.Ben Sedrine: «la Tunisie est en train de juger les responsables de la torture»

Par Houda Ibrahim

L'Instance Vérité et Dignité a rendu public son rapport final le 26 mars dernier, après six ans de travail suite à la chute du président Ben Ali. Ont été entendus des milliers de témoignages des victimes, des avocats, des acteurs politiques. Et à la sortie, une rapport final en sept volumes avec une série de recommandations à la clé, pour en finir avec tout un système. Sihem Ben Sedrine, la présidente de l’Instance Vérité et Dignité est l'Invitée Afrique de RFI.

RFI : La mission de l’Instance Vérité et Dignité est terminée. Que va-t-elle devenir ?

Sihem Bensedrine : L’Instance Vérité et Dignité va être dissoute, parce qu’elle a accompli sa mission. Mais le relai va être repris par d’autres instances indépendantes, par la société civile, par les différents partis qui croient dans le changement et qui veulent une Tunisie démocratique et non corrompue. Donc nous passons le relai, parce que c’est normal que l’on s’arrête un jour.

Mais n’oublions pas qu’il y a la justice spécialisée en justice transitionnelle, à laquelle nous avons transféré les dossiers. Ils sont en cours d’examen. Aujourd’hui, la bonne nouvelle c’est que la Tunisie est en train de juger les grosses têtes de la torture et des responsables de la dictature et de la corruption. Et ça c’est une dynamique que personne ne peut arrêter.

Vous avez subi beaucoup de pressions avant de rendre votre rapport qui concerne la période entre 1955 et 2013. La Tunisie pense-t-elle à solder le compte de la dictature ?

Le fait d’avoir réussi à achever ce mandat – parce qu’il était en permanence en danger, ce mandat, depuis le début, depuis cinq ans, mais on a réussi à l’achever –, cela relève même du miracle, quand on voit toutes les tentatives de faire avorter le processus en cours. Donc aujourd’hui, nous sommes très fiers que la Tunisie ait réussi ce pas et c’est une sorte de plateforme pour engager les réformes.

Dans votre rapport de sept volumes, un volume entier est consacré au système de corruption du temps du président Ben Ali. Une corruption qui s’est aggravée aujourd’hui ?

L’Instance Vérité et Dignité tunisienne est la première Commission Vérité à approcher la question des violations pas seulement sous l’angle des droits humains, mais également sous l’angle de la corruption. Et nous avons découvert qu’il y a un lien étroit entre les deux, il y a un système établi qui consiste à pratiquement coloniser l’État par des lobbys qui essaient de prendre en otage l’État et instrumentaliser les institutions de l’État pour le bénéficie de groupes privés, de gens qui sont autour du pouvoir.

La chose la plus importante, c’est que la corruption après la révolution a eu un élan, une extension très importante. Pas parce que la démocratie est corrompue, cela n’a rien à voir. C’est parce que nous héritons de ce système de corruption qui n’a pas été démantelé. Il n’y a pas eu les réformes nécessaires pour empêcher que cette pieuvre de la corruption ne prenne en otage le pays. Au contraire. Donc démanteler le système de corruption est quelque chose d’extrêmement important pour la Tunisie aujourd’hui. L’IVD a présenté des recommandations très précises sur comment le démanteler et notre espoir est que le gouvernement mette en œuvre ces recommandations.

Le chef du gouvernement tunisien ne vous a pas reçue pour réceptionner sa copie du rapport en tant que présidente de cette Instance Dignité et Vérité. Pensez-vous que le gouvernement mettra tout en œuvre pour appliquer vos recommandations ?

La loi sur la justice transitionnelle prévoit que le gouvernement a un an, à partir de la date de publication du rapport, pour mettre en œuvre ces recommandations, dans le cadre d’un plan d’action.

Concrètement, quel impact peut-il y avoir pour ce rapport ? Que deviendront vos recommandations ?

Le rapport a déjà un impact dans la mesure où cette machine despotique de l’ancien régime est encore vivace, est encore aujourd’hui au pouvoir, mais pas totalement. Parce que vous savez, la transition, ce qui la caractérise c’est le fait que l’ancien régime n’est pas encore dissout et le nouveau n’est pas encore tout à fait mis en place et donc c’est un virage que doit prendre la Tunisie. Il existe beaucoup de courage, une volonté importante de la part de ceux qui gouvernent et surtout une claire volonté de combattre le despotisme et la corruption.

De l’impact, il y en a déjà eu. Parce que les lobbys qui sont concernés, qui ont été pointés dans le rapport, ont réagi avec beaucoup de violence. Ils se sont mis à attaquer le rapport et la virulence des attaques nous montre jusqu’à quel point l’IVD a touché là où cela fait mal et qu’aujourd’hui la chose la plus importante, c’est que ce rapport est public. Il est à la disposition de tous les citoyens. N’oublions pas que nous sommes dans une année électorale et que, par conséquent, c’est un pavé sur la classe publique, par rapport auquel les forces en présence vont être obligées de se positionner et de dire si, oui ou non, ils veulent les réformes ; oui ou non, ils veulent lutter contre la corruption ; oui ou non, ils veulent lutter contre toutes les formes de despotisme et toutes les formes de violation des droits humains et notamment la machine de torture, qui continue justement de fonctionner, même si ce n’est pas un choix de l’État. Il y a des résidus de cette vieille machine despotique de Ben Ali, qui est toujours à l’œuvre.

Pour la première fois, ce ne sont pas simplement des slogans. C’est une documentation factuelle de ce système et des solutions, des réformes proposées, pour qu’on garantisse le non-retour et que cette jeune démocratie voit le jour et qu’elle puisse être à la hauteur des espoirs de nos jeunes, de tout le monde, de tous les citoyens.

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