rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti

Sports Football France Ligue 1

Publié le • Modifié le

Tony Chapron, un dérapage qui en dit long sur le malaise de l'arbitrage français

media
Tony Chapron adresse un carton rouge au Nantais Diego Carlos lors du match Nantes-Paris après une action invraisemblable. Stéphane Mahé/Reuters

Tony Chapron, expérimenté arbitre français, a été suspendu par la FFF lundi après son tacle sur le joueur Carlos Diego lors du match Nantes-PSG disputé dimanche. L'homme au sifflet a présenté ses excuses au Nantais. Cet incident s'inscrit dans la lignée des problèmes qui minent profondément l'arbitrage français.


L'image a fait le tour du monde, des réseaux sociaux et de la presse étrangère, à tel point qu'on parle plus de cet incident que du match. Dimanche 14 janvier, Nantes accueille le PSG au stade de La Beaujoire dans le cadre de la 20e journée de Ligue 1. Paris mène 0-1 quand, à la 90e minute, la rencontre bascule sur une action improbable.

Le Nantais Diego Carlos court vers son but pour défendre alors que Paris attaque. L'arbitre du match, M. Tony Chapron, se précipite aussi et coupe la route du Nantais. Dans le choc, l'homme au sifflet s'écroule. C'est alors que dans sa chute, Tony Chapron tend la jambe pour faire un croche-pied à Diego Carlos. Les images ne prêtent à aucune ambiguïté : le geste est volontaire. Quelques instants après, l'arbitre adresse un second avertissement au Brésilien, qui est donc expulsé. Les Nantais sont abasourdis. Les spectateurs, et surtout les téléspectateurs qui ont pu voir le ralenti, le sont tout autant. Tony Chapron vient de craquer.

 

 

Chapron écarté par la FFF, à quelques mois de la retraite

 

Sitôt le coup de sifflet final donné, le président du FC Nantes, Waldemar Kita, s'insurge en zone mixte. Il dénonce « l'amateurisme  » d'un « arbitre gag  ». « Tout l'Europe rigole  », regrette le dirigeant. Le Nantais Valentin Rongier, porteur du brassard de capitaine au moment de l'incident, raconte à La chaîne l'Equipe la brève explication que Tony Chapron lui a donnée pour justifier ce croche-pied. « Il ose me dire qu'il a glissé  », confie-t-il, amer.

Lundi 15 janvier, en fin de matinée, la direction technique de l'arbitrage (DTA) de la Fédération français de football (FFF), se réunit en urgence. Sa décision ne surprend guère : Tony Chapron est écarté « jusqu'à nouvel ordre  » et sera « convoqué par la commission de discipline de la Ligue de football professionnel (LFP)  ». Tony Chapron, 45 ans et arbitre professionnel depuis 2004, arrive en fin de carrière. Il y a quelques semaines, il avait annoncé sa retraite pour juillet 2018. Celle-ci sera peut-être anticipée.

 

L'arbitre s'excuse et s'explique, Diego Carlos blanchi

 

L'arbitre a fait son mea culpa quelques heures après l'annonce de sa mise à l'écart. Dans une déclaration transmise à l'AFP, il s'explique d'abord à propos de son tacle : « J'ai été percuté par Diego Carlos, joueur de Nantes. A l'occasion de ce choc, j'ai ressenti une vive douleur sur une blessure récente. Dans un mauvais réflexe, j'ai tendu ma jambe vers le joueur. »

Il continue: « Ce geste maladroit était inapproprié. Je tiens donc à présenter mes excuses à Carlos Diego suite à cette action. Un rapport complémentaire a été adressé à la commission de discipline afin que l'avertissement reçu par le joueur du FC Nantes lui soit retiré, puisqu'au vu des images, son geste ne m'a pas paru volontaire. » Les éclaircissements de Tony Chapron - qui « réserve désormais (ses) commentaires aux instances compétentes » - ont reçu un écho favorable : la LFP a indiqué qu'elle a bien annulé le deuxième carton jaune de Diego Carlos, blanchi et donc disponible pour le prochain match de Nantes.

 

 

Des rapports toujours plus conflictuels

 

En attendant les suites de cette affaire, l'image de l'arbitrage français prend un nouveau coup. Jeudi 11 janvier, la LFP annonçait la suspension provisoire de la Goal Line Technology. Cet outil technique, censé aidé les arbitres à valider ou invalider un but, rencontre tellement de bugs qu'il complique en fait leur travail... Et c'est loin d'être le seul problème. L'arbitrage français a de nombreux maux.

 

Deux clans se font face et le jeu en pâtit

Les arbitres français - dont Tony Chapron - ont été pointés du doigt pour leur manque de psychologie : ton agressif, attitude brutale au moment de sanctionner, manque d'écoute, excès de zèle... Des griefs que la FFF avait elle-même notés en 2012 avant de demander à ses « hommes en noir » de faire davantage d'efforts dans leurs rapports avec les acteurs du jeu.

Les joueurs, eux, n'hésitent pas à dénigrer les compétences des arbitres en cas d'erreurs ou de décisions qui ne leur conviennent pas. Des critiques qu'ils vont parfois formuler au nez même des officiels. Les joueurs déplorent aussi une prétendue immunité du corps arbitral et l'absence de dialogue. « On ne peut rien leur dire. (...) Eux, ils ne sont jamais suspendus, on ne leur dit jamais rien », avait vociféré le Rennais Sylvain Armand fin 2015 après un match nul à Saint-Etienne. Des arguments repris par bon nombre d'autres joueurs.

Les arbitres dénoncent cette pression mise sur leurs épaules et les attitudes des joueurs, entraîneurs et même des dirigeants, parfois très virulents à leur égard. Jean-Michel Aulas, le président de l'Olympique lyonnais, est coutumier des commentaires acerbes (ou parfois flatteurs) à l'égard des arbitres. C'est loin d'être le seul. Plus généralement, les arbitres estiment qu'ils ne sont pas assez respectés.

Ces rapports conflictuels nuisent considérablement à l'arbitrage et au football dans son ensemble. Aujourd'hui, seul M. Clément Turpin a une reconnaissance internationale. Il sera le seul arbitre français lors de la prochaine Coupe du monde de football (alors qu'il n'y en avait aucun en 2014). Et encore, lui non plus n'échappe pas aux critiques en France. Entre d'un côté des arbitres qui, sous pression, se mettent à la faute, et d'un autre des joueurs-entraîneurs-dirigeants qui s'estiment lésés et multiplient les critiques, l'arbitrage français traverse une bien mauvaise passe dont il sera compliqué de sortir sans des efforts consentis.

Chronologie et chiffres clés