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Grèce Macédoine

Publié le • Modifié le

Athènes et Skopje s’accordent pour un changement de nom de la Macédoine

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Le Premier ministre macédonien Zoran Zaev s'adressant aux médias au siège du gouvernement de Skopje, ce mardi 12 juin 2018. REUTERS/Ognen Teofilovski

C’était un litige vieux de 27 ans. Athènes et Skopje se sont enfin mis d’accord ce mardi sur le futur nom de la Macédoine. Ce sera la République de Macédoine du Nord. Des pourparlers bilatéraux avaient été relancés il y a quelques mois après l’arrivée au pouvoir du social-démocrate Zoran Zaev. Ce nouveau nom doit encore être ratifié par le Parlement et par les Macédoniens par voie de référendum.


Plus qu'une frontière, la Macédoine et la Grèce partagent une histoire commune, notamment celle d'Alexandre le Grand. La Grèce revendique être l'unique héritière de ce conquérant né dans la province frontalière grecque également appelée Macédoine.

Lorsqu'en 1991, la République de Macédoine proclame son indépendance de l'ex-Yougoslavie sous l’exact même nom que cette province. La Grèce craint des revendications territoriales.

Aujourd'hui, côté macédonien le principal enjeu de cet accord est d'ouvrir la porte vers l'Union européenne et l'OTAN. Les négociations à ce sujet sont bloquées depuis plusieurs années par la Grèce.

Un moment historique

Le consensus a été trouvé après de longues négociations. Il doit permettre d’assurer la stabilité dans la région, estime Athènes.

Après un dernier appel téléphonique avec son homologue macédonien, le Premier ministre grec Alexis Tsipras s’est adressé à ses compatriotes, rapporte notre correspondante à Athènes, Charlotte Stievenard.

« Je suis profondément convaincu que cet accord est une grande victoire diplomatique, mais aussi une grande opportunité historique. Le gouvernement grec a défendu intégralement toutes les lignes rouges de notre position nationale, établie au cours des 20 dernières années », a déclaré le Premier ministre.

Parmi ces lignes rouges, le fait que ce nom s’appliquera erga omnes, c’est à dire à l’international comme dans le pays. Et une suppression de la Constitution de toute mention de visées irrédentistes sur la région grecque voisine qui porte le même nom.

Pour Alexis Tsipras « c'est un moment historique pour les Balkans et pour nos peuples. Il clôture enfin un différend qui sape le rythme commun et la stabilité dans l'ensemble de la région ».

Athènes s’est engagée à soutenir l’ouverture des négociations pour l’entrée dans l’Union européenne et une invitation au sommet du traité de l’Atlantique nord, l’Otan. Ces premières étapes devraient avoir lieu après approbation du nouveau nom de Macédoine du Nord par le Parlement à Skopje et seront confirmées après adoption de la révision constitutionnelle.

L'accord n'est donc pas encore entériné, il devra être aussi validé par un référendum macédonien prévu à l'automne prochain.


■ Reportage : les Macédoniens très divisés

Avec notre envoyée spéciale à Skopje,  Marie Normand

« Macédoine du Nord, super. » Contrairement à ces deux amis réunis autour d’un verre, tout le monde ici, place de Macédoine, n’a pas forcément suivi l’annonce du Premier ministre.

Marina, elle, vient tout juste d’apprendre la nouvelle par son amie. « Je suis vraiment surprise, de façon négative, dit-elle. Je ne pensais pas que notre Premier ministre, notre gouvernement changerait le nom du pays comme ça. Je suis vraiment déçue ».

Même déception pour cet étudiant en géographie. Il estime que Skopje a cédé à la Grèce et promet que le non l’emportera le jour du référendum. « Je ne voterai pas pour ce nouveau nom. Je crois que la dignité, ça existe. Alors je vais m’y tenir », dit Damjan.

Dignité, le mot fait bondir ce fonctionnaire qui promène son fils en poussette. « On ne peut pas aller de l’avant sans ce nom, estime Vladimir. Vers l’Union européenne, vers l’Otan. Pour moi, la dignité c’est d’avoir de l’argent pour manger, de l’argent pour les études de mes enfants, pour mes vacances. C’est avoir la belle vie. »

Pour Vladimir, comme pour de nombreux Macédoniens ce mardi soir, ces débats sémantiques n’avaient de toute façon que bien trop duré.

■ « Je pense que c’est vraiment bien »

Martin a 32 ans, il travaille pour une ONG à Skopje et il a suivi avec attention cette annonce en début de soirée sur la télévision nationale. « Je pense que c’est vraiment bien. Parce que ça fait 25 ans qu’on est bloqués au milieu de nulle part, perdus dans les limbes. Et avec un peu de chance, c’est un moyen d’en sortir. Je pense que ce nom, c’est une solution juste : ce n’est pas si mal, et ce n’est pas vraiment bien non plus, donc en fait, ça doit convenir à tout le monde. Maintenant, on va voir comment ça va se passer. Je ne suis pas sûr que le processus ira jusqu’au bout. Je suis sceptique à propos de ce référendum. Mais il nous reste encore quelques mois et il faut espérer que, d’ici là, le gouvernement trouvera un moyen de préparer la population au scrutin. Parce que je pense qu’ils vont voter non. Et je ne suis pas sûr non plus qu’on réussisse à atteindre le quorum, il faut que le taux de participation atteigne 50%. Mais si le oui l’emporte, avec un peu de chance, nous rejoindrons l’Otan et nous commencerons à négocier notre adhésion à l’Union européenne ».

(Re) lire : Macédoine: les nationalistes contre le changement de nom du pays

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