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Dette et développement: la Chine invitée à Paris

Par Aabla Jounaïdi

Ce mardi, à Paris, se tient une conférence internationale consacrée au financement des pays en développement, notamment la dette contractée par ces États. Pour les pays les plus fragiles économiquement, le danger est forcément plus important. En particulier depuis qu'avec son immense projet des Nouvelles routes de la soie, la Chine est devenue l'un des premiers acteurs du financement des pays en développement. A Paris, les responsables chinois sont attendus sur ce sujet épineux tant certaines de ses méthodes sont décriées.

Quelque 45 pays seront présents à Paris ce mardi, réunis entre autres autour du Club de Paris, ce groupe informel qui rassemble une vingtaine de créanciers publics et qui planchent sur des solutions aux difficultés de paiement des pays emprunteurs. Il y aura les principales organisations multilatérales comme le FMI, la Banque mondiale et de nombreuses multinationales.

On évitera soigneusement de la pointer du doigt mais la Chine sera de tous les débats. S’il est vrai que des institutions financières privées ont provoqué les pires dégâts dans des pays comme le Mozambique [avec ses dettes cachées], pour ne citer qu’un exemple, l’action de la Chine est aussi lourde de conséquences. Et pour cause.

Grâce à ses bras armés, la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures, la fameuse BAII ou la China Development Bank, la Chine est devenue un acteur incontournable du financement des projets d'infrastructures dans les pays en développement.

La Banque mondiale, qui est largement supplantée par les institutions de financement chinoises en Afrique par exemple, n'est pas la moins avare en récriminations.

Pour son nouveau directeur l'américain David Malpass qui vient de consacrer sa première tournée au continent, le modèle de financement du développement à la chinoise fait perdre aux Etats le contrôle tout à la fois des infrastructures et de leurs ressources. Il est vrai que souvent Pékin se fait rembourser via l'exploitation des ressources naturelles.

En quoi est-ce un problème ?

Il est normal de s'endetter pour financer des infrastructures essentielles. Le risque, c'est le surendettement.

Or, selon le FMI, 40% des pays pauvres sont en situation de surendettement ou en phase de l’être.

De quoi rappeler de très mauvais souvenirs à ces Etats. Une grande partie ont déjà connus des crises souveraines avant d'être contraints à des programmes d'ajustements structurels.

Sans parler de l'impact ou de l'absence d'impact bénéfique sur la croissance, ce que l'on reproche surtout aux financements chinois, ce sont leurs conditions d'octroi. Elles sont souvent opaques et font fi de la situation des Etats débiteurs... ce qu'on appelle leur soutenabilité financière.

Les exemples sur le continent africain ne manquent pas !

Le Congo-Brazzaville, l'Ethiopie, ou encore Djibouti ont vu déraper leur dette. Celle de Djibouti est passée de 50 % à 85 % du PIB en deux ans. Pour Brazzaville, une grande partie était carrément cachée.

Echaudé par le précédent du Sri Lanka qui avait dû céder à la Chine la gestion d'un port faute de pouvoir la rembourser, la Malaisie a renégocié ses projets d’infrastructures des Nouvelles routes de la soie. Le pays a annulé ou rééchelonné certaines dettes dernièrement. Le Congo-Brazzaville le mois dernier également.

Certains dirigeants comme le président sénégalais Macky Sall suggèrent que la relation avec la Chine peut être équitable si les Etats s'en donnent les moyens.

A quoi peut servir une Conférence comme celle de Paris aujourd'hui ?

Tout le monde s'accorde sur le fait que la Chine est un acteur incontournable du financement du développement.

Mais encore faut-il que la Chine s'engage aux côtés des autres acteurs du développement pour fixer un cadre commun et éviter les dérives. Acceptera-t-elle d'engager ses institutions au sein du Club de Paris et de mettre en pratique les principes sur lesquels elle s'est pourtant déjà mise d'accord avec ses partenaires du G20. Ces principes permettent de s'assurer que la trajectoire de la dette des Etats est soutenable et que le jeu est équitable entre tous les acteurs des projets d'investissements... en instituant la transparence.

Récemment, le discours du président chinois Xi Jinping s'est infléchi. Il promet d'instaurer cette transparence dans l'octroi des financements.

En Chine-même, on s'inquiète des conséquences financières de ces prêts consentis si facilement ces dernières années.

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