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Smaïl Chergui: en RDC, «retarder l'élection nous placerait dans beaucoup d'incertitudes»

Par Esdras Ndikumana

Smaïl Chergui, le commissaire pour la paix et sécurité de l’Union africaine était de passage à Paris en fin de semaine après une visite qui l’a mené au Burundi et en République démocratique du Congo (RDC), où il est allé faire le point sur la situation à un peu plus d’un mois des élections générales. Il livre son analyse sur les deux pays, au micro d’Esdras Ndikumana.

RFI: Vous venez d’achever une tournée qui vous a conduit successivement au Burundi et en République Démocratique du Congo. La RDC, justement, est à un peu plus d’un mois d’élections cruciales. Est-ce que Joseph Kabila et la Céni vous ont rassuré quant à leurs capacités à organiser les élections le 23 décembre ?

Smaïl Chergui: J’ai été rassuré tout en notant que le gouvernement restait ouvert si d’aventure et au dernier moment, de-ci, de-là, on avait besoin d’un soutien quelconque.

L’opposition continue de rejeter la machine à voter. Celle-ci ne va-t-elle pas être un obstacle à la bonne tenue du scrutin ?

Nous sommes ici devant une situation assez unique. D’un côté, durant le dialogue lui-même, un certain nombre d’intervenants avait demandé à ce que l’on réduise les coûts de ces élections et c’est donc l’option qu’a retenue la Commission nationale électorale.

J’ai eu l’occasion de l’utiliser moi-même. En écoutant par exemple l’opposition, l’un deux m’a dit que le bulletin imprimé s’efface au bout de quelques temps. J’ai moi-même fait l’expérience et j’ai ramené avec moi le bulletin que je peux vous montrer. Jusqu’à maintenant, il ne s’est pas effacé. J’ai vu par exemple que la batterie pouvait tenir 20 heures. Moi-même, j’ai voté en 41 secondes. J’avais un de mes assistants à qui j’ai demandé de faire des erreurs et donc, avec des va-et-vient. Finalement, il a pu voter en une minute.

En plus, il est clair que si aujourd’hui une décision devait être prise pour imprimer tous ces papiers, cela impactera inévitablement la date des élections. L’Union africaine, les Nations unies et je pense beaucoup de partenaires y compris un certain nombre de membres de l’opposition insistent pour que l’élection se tienne le 23 décembre. Je pense que retarder l’élection, aujourd’hui, nous placerait dans beaucoup d’incertitudes.

L’Union africaine envoie une mission d’observation restreinte, comme la SADC. Vous êtes un peu des rescapés des précédents cycles électoraux puisque toutes les missions qui avaient jugé non crédibles les élections de 2011, par exemple, n’ont pas été invitées.

Sur la délégation de l’Union africaine, personne n’a dit, pour le moment, qu’elle serait restreinte. Nous essayerons d’ailleurs de déployer une mission la plus grande possible. Ce sera un accompagnement sur tout le processus. Nous avons toujours choisi ces observateurs et surtout les personnalités qui les dirigent de manière très rigoureuse. Si vous voyez le travail extraordinaire que nous avons fait, par le passé et aussi cette fois-ci, à Madagascar, c’est un témoignage clair que nous sommes une organisation qui prend très au sérieux ces élections et l’enracinement de la démocratie dans le continent.

Avant d’aller en RDC, vous êtes d’abord passé par le Burundi. Quelques jours après l’échec de trois ans de médiation de l’East African Community et de Benjamin Mkapa, qui en est responsable, selon vous ?

On ne peut que rester frustré et là, je mesure la situation du président Mkapa qui a vraiment tout tenté pour que ce dialogue inclusif se tienne à Arusha. Vous avez évidemment noté que lors du dernier round, le gouvernement ne s’est pas joint à ce dialogue.

Il y a trois ans, l’Union africaine a mandaté l’East African Community pour tenter de trouver une solution à cette crise burundaise. Mkapa lui-même a reconnu un échec. Qu’allez-vous faire, aujourd’hui, pour relancer le dialogue ?

Je crois qu’à travers cette visite, nous avons exprimé toute notre disponibilité au gouvernement pour réellement nous mettre au travail. Nous sommes prêts à reprendre sans écarter l’East African Community - ils peuvent toujours contribuer à cette effort - ni les Nations unies.

Une rencontre avec le président Pierre Nkurunziza qui était à votre agenda n’a finalement pas eu lieu et a été annulée. Comment avez-vous pris la chose ?

Evidemment, cette rencontre était à la base même de la programmation de cette visite. Ce n’est que sur place que j’ai appris que l’audience était annulée et que l’on me demandait de voir le Premier vice-président du pays mais évidemment, je ne vous cache pas que j’étais extrêmement déçu.

Le gouvernement burundais a, jusqu’ici, refusé tout dialogue avec son opposition. Il continue sa marche forcée vers les élections de 2020, malgré les pressions et les sanctions, notamment de l’Union européenne. Vous n’avez apparemment plus de marge de manœuvre face au pouvoir de Pierre Nkurunziza ?

C’est le président Nkurunziza lui-même qui a décidé de ne pas se porter candidat à un nouveau mandat. Je crois que c’est un geste qui a été salué. Ce point est très important et, ce faisant,  je pense,  l’ouverture d’un dialogue véritable parce qu’on ne dialogue pas avec ses amis, avec les gens de son camp. On dialogue surtout avec ceux qui sont de l’autre côté. Il est vrai aussi que vous pouvez être tenté par le passage en force mais nous estimons que chaque fois qu’il y a une certaine humilité et une considération de l’autre, cela ne peut que renforcer une solution durable à ce pays.

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