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RD-Congo: «Réunissons-nous pour refaire les élections» (Martin Fayulu)

Par Christophe Boisbouvier

Trois mois après les élections au Congo Kinshasa, Martin Fayulu continue de clamer sa victoire et tourne en ce moment en Europe pour faire entendre sa voix. Que pense-t-il du limogeage hier, mercredi, du chef des services de sécurité par Félix Tshisekedi ? Quelle est sa stratégie face au tandem Tshisekedi-Kabila qui gouverne à présent la République démocratique du Congo ? De passage à Paris, l'ancien candidat de la coalition Lamuka répond aux questions de RFI.

RFI : Trois mois après l’élection, beaucoup disent que vous êtes le grand gagnant, mais ne risquez-vous pas d’être le grand perdant ?

Martin Fayulu : Ecoutez, le peuple peut être le grand perdant si on ne reconnait pas son vote, si on ne reconnait pas sa souveraineté et sa liberté, oui c’est possible, mais moi en tant que commandant du peuple je ne laisserai pas le peuple perdre.

Vous dites que vous avez gagné avec plus de 60% des voix, mais comme la CENI n’a publié aucun chiffre, circonscription par circonscription, qu’est-ce qui vous permet de le dire ?

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est les chiffres sortis du serveur de la Céni qui le disent, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) qui le dit et ce sont des preuves, des observateurs nationaux, internationaux qui le disent, et tout le monde sait aujourd’hui que monsieur Félix Tshisekedi a eu moins de 17%. Alors si on a institué une nouvelle règle en démocratie, de qui perd gagne, il faut qu’on nous le dise, mais je ne peux pas moi, avec le peuple congolais, accepter cette règle parce que la démocratie a ses principes et ces principes doivent être les mêmes partout, à moins qu’on dise, comme le président Chirac avait dit à l’époque, que la démocratie était un luxe pour les Africains. Je considère que nous ne sommes pas des sous-hommes, nous sommes des hommes avec des valeurs et nous voulons que le Congo compte.

Alors vous citez, à l’appui de votre victoire, les évêques de la Conférence Episcopale, la Cenco, mais en même temps, ceux-ci disent qu’ils sont prêts à composer avec Félix Tshisekedi. « Ses premiers pas vont dans la bonne direction », disent-ils…

Mais vous avez suivi monseigneur Ambongo, je l’ai suivi, c’est dans les déclarations de Félix Tshisekedi, mais il faut qu’on attende le concret, aujourd’hui, ça ne va pas dans la bonne direction parce qu’il est toujours otage de monsieur Kabila, regardez ce qui vient de se faire au niveau de la nomination du patron de la sécurité, c’est le système Kabila qui continue.

Vous parlez du nouveau patron de la sécurité Inzun Kakiak, mais cela veut dire que l’ancien patron, le fameux Kalev Mutond, a été limogé, est-ce que ce n’est pas un bon signe ?

Kalev, vous dites qu’il est parti, mais il est là avec son masque, et ce monsieur [Kakiak] va continuer à recevoir les ordres de Kabila, de Kalev, et ça continue, il n’y a pas de changement.

N’y a-t-il pas tout de même la libération de prisonniers politiques comme Franck Diongo, Firmin Yangambi ?

Mais je suis content que Franck Diongo soit libéré, Firmin Yangambi, et Eugène Diomi Ndongala, mais ça, ce sont les mesures de décrispation décrétée par l’accord de la CENCO, l’accord de la Saint-Sylvestre [de décembre 2016].

Oui, mais ça marche parce que Félix Tshisekedi est le nouveau président, non ?

Non, écoutez, il faut quand même faire quelque chose, et je crois qu’il n’a aucun mérite, les choses doivent changer, mais doivent changer profondément au Congo.

Ce jeudi, à Bruxelles, c’est l’heure de la stratégie. Martin Fayulu, vous allez vous retrouver avec vos alliés de la coalition Lamuka, est-ce que vous ne craignez pas qu’un Moïse Katumbi ou qu’un Jean-Pierre Bemba ne vous dise : « on tourne la page de 2018, on négocie une nouvelle Céni sans Corneille Nangaa et on va à 2023 » ?

Non, je ne crains pas ça parce que de toutes les façons Lamuka c’est le peuple congolais, et personne n’a primauté sur le peuple congolais.

Mais concrètement, il y a, via le conseiller sécurité François Beya, des discussions en ce moment entre Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi, en vue du retour au Congo de ce dernier. En conséquence, est-ce que vous ne craignez pas que Moïse Katumbi soit plus enclin à la modération vis-à-vis de Félix Tshisekedi ?

Moïse Katumbi est fils de ce pays et doit retourner au pays, ça, ce n’est pas un problème, mais quant à la souveraineté du peuple, ça, ça ne peut pas se négocier, sinon j’aurais été Premier ministre à la place de Tshibala quand on m’a demandé d’être Premier ministre, j’aurais trahi le peuple congolais, je ne l’ai pas trahi, sinon j’aurais peut-être accepté la main tendue de Félix Tshisekedi, mais il s’agit ici du peuple congolais, de la décision souveraine du peuple congolais, que celui qui pense être leadeur de ce peuple doit respecter.

Vous avez été élu à l’Assemblée nationale, vous refusez d’y siéger, mais si demain Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi demandent à leurs plusieurs dizaines de députés élus d’aller y siéger, qu’est-ce que vous allez faire ?

Non, siéger, ceux qui veulent siéger vont siéger, mais je ne peux pas siéger, je suis président élu de la RDC, je ne peux pas me dégrader à ce niveau-là et je demande à tout le monde de se raviser parce que si les jeunes ne se ravisent pas, bientôt, nous aurons ce soulèvement populaire que le peuple congolais réclame.

Cette politique de la chaise vide, est-ce qu’elle ne risque pas de vous isoler à moyen terme ?

Non, ce n’est pas une politique de la chaise vide. Je suis président élu. A l’Union africaine, j’ai fait des propositions concrètes et je dis au monde entier qu’aujourd’hui, la solution, c’est une réunion où toutes les parties prenantes, tous les Congolais vont se mettre ensemble pour résoudre cette question de vérité des urnes. Comment recouvrer la vérité des urnes ? Est-ce qu’on a encore les procès-verbaux des élections passées pour le recomptage ? Si on ne les a pas, parce qu’on sait que la CENI a fait disparaitre beaucoup de procès-verbaux, nous referons les élections cette année et, pendant ces discussions, on va voir comment gérer le pays dans cette période intérimaire, mais il nous faut une solution efficace.

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