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Hery Rajaonarimampianina: «J'ai augmenté la production rizicole de 30% en quatre ans»

Par Christophe Boisbouvier

A Madagascar, la présidentielle, c'est dans un mois, le 7 novembre. Deuxième tour prévu le 19 décembre. Parmi les 36 candidats en lice : le président sortant, Hery Rajaonarimampianina. Conformément à la loi malgache, il a dû quitter le pouvoir quelques semaines avant l'élection. Se sent-il affaibli par les manifestations de l'opposition aux mois d'avril et mai derniers dans la capitale ? En ligne d'Antananarivo, le chef d'Etat sortant répond aux questions de RFI.

RFI : Pourquoi êtes-vous candidat à un deuxième mandat ?

Hery Rajaonarimampianina : Je pense que c’est logique. On a commencé à travailler sur différents projets, tout ne peut être fait en un jour, il y a bien des projets qui ne peuvent se réaliser que sur du long terme et je pense que c’est la logique de continuité de ce que l’on a déjà commencé.

Vous dites que tout ne peut pas se faire en un jour, mais vous avez gouverné pendant près de cinq ans. Vous n’avez rien fait pendant tout ce temps-là ?

Mais si justement. A Madagascar, lorsque je suis arrivé en 2014, le taux de pauvreté - d’extrême pauvreté - était de 92%. Donc c’est pour vous dire qu’on est partis de très, très loin et on a commencé à reconstruire ce pays. Je pense que le plus important c’est dans le cadre de l’agriculture. On a pu, par exemple, augmenter la productivité au niveau rizicole, on a pu augmenter de par cela la production rizicole. Donc en l’espace de quatre ans nous avons augmenté de 30% la production. Nous ne sommes pas encore arrivés à l’indépendance et à l’autonomie, parce qu’on importe encore, mais là on importe de moins en moins par rapport aux époques précédentes.

Presque cinq ans après votre élection, 75% de la population malgache vit toujours au-dessous du seuil de pauvreté. Est-ce que ce n’est pas un échec ?

Comme je vous le disais tout à l’heure, on était partis de 92 pour arriver à un peu plus de 70. Est-ce que le chiffre ne parle pas ? Donc je pense qu’on bien avancé. Regardez le taux de croissance du pays depuis que je suis là. Aujourd’hui, nous sommes à 5%. Ce n’est pas encore suffisant pour tout transformer, mais c’est bien important par rapport à ce qu’il y avait avant et qui nous a enfoncés dans la pauvreté.

Et quel et le secteur sur lequel il y a des progrès à faire ?

J’ai parlé tout à l’heure d’agriculture. Il y a bien d’autres secteurs sur lesquels j’ai travaillé : l’énergie, la production d’électricité. Madagascar a un grand potentiel, ne serait-ce qu’au niveau hydroélectrique. On n’a exploité que 3 à 4% de ce potentiel. J’ai lancé des appels d’offres sur les grands barrages hydroélectriques, on a mis en place l’énergie solaire. De l’autre côté, on a développé aussi tout ce qui est infrastructure. La construction de ports, d’aéroports surtout pour développer le tourisme. Mais je pense que ce qui est important c’est de mentionner qu’on a beaucoup, beaucoup travaillé sur les secteurs sociaux, c’est-à-dire sur l’éducation et la santé.

Selon l’opposition, quelques jours avant votre départ du pouvoir vous avez cédé en catimini la zone maritime malgache à plus de 300 bateaux de pêche chinois, moyennant quelque trois milliards de dollars, et cela, sans aucune transparence et à l’insu des professionnels de la pêche malgache.

Je peux vous dire que c’est complètement faux. C’est vraiment de l’ineptie tout cela. Parce que, comme vous le dites, cela vient de l’opposition. Je n’ai pas signé des projets du genre que vous avez mentionné tout à l’heure. Du tout. Je ne connais pas cet accord-là.

Les dahalos, c’est-à-dire les voleurs de zébus, continuent de terroriser les populations en zone rurale. Pourquoi n’avez-vous pas tenu votre promesse d’en venir à bout ?

Mais si. J’ai fait de mon mieux. Mais les dahalos cela date depuis très longtemps. Je peux vous dire que nous menons vraiment un combat acharné contre ces dahalos et je crois qu’avec le temps on va y arriver.

Il y a eu beaucoup de kidnappings cette année à Antananarivo. Qu’est-ce qui ne va pas ? Est-ce que la police est elle-même corrompue ?

Ce genre de phénomènes arrivent lorsqu’il y a un vent d’instabilité au niveau social ou politique. Donc vous savez très bien qu’au mois d’avril, il y avait ce que j’ai appelé carrément un coup d’Etat. Et lorsqu’on est dans ces situations-là, généralement, ces personnes bougent aussi.

Ce que vous appelez un coup d’Etat ce sont ces fameuses manifestations en avril-mai sur la place du 13 mai à Antanarivo. N’est-ce pas la preuve que vous êtes impopulaire à Antananarivo ?

Non, pas du tout. Pas du tout. Si je suis encore là, si j’ai pu mettre en place un gouvernement, si j’ai pu poursuivre, je ne crois pas que ce soit vrai ce que vous dites-là.

En tout cas, il y avait du monde à l’initiative de vos deux prédécesseurs, ceux qu’on appelle les députés pour le changement. Est-ce que pour eux, est-ce que pour Andry Rajoelina et pour Marc Ravalomanana l’heure de la revanche n’a pas sonné ?

Je ne sais pas ce que vous appelez beaucoup de monde. Mais 300-500 personnes est-ce que c’est beaucoup par rapport à 25 millions de population ?

Cette obligation constitutionnelle de démissionner soixante jours avant le scrutin, est-ce que cela n’affaiblit pas votre position ?

Est-ce que ce n’est pas le contraire ? C’est le respect de la Constitution et c’est un engagement personnel. Il faut respecter la Constitution et j’en ai fait vraiment un point d’honneur.

Que répondez-vous à ceux qui disent que malgré votre départ du pouvoir vous continuez d’occuper un palais de la République ?

Du tout. C’est complètement faux. C’est pourquoi je vous dis de vérifier un peu les informations. J’ai quitté le pouvoir, j’ai appelé les journalistes à 20 heures, j’ai même quitté le palais le lendemain même. C’était le samedi. On était allés dans notre résidence personnelle et privée et je ne suis plus jamais retourné travailler à Iavoloha. Je vois cela dans les journaux. Mais c’est vraiment des forces nouvelles et ce sont des velléités de créer des troubles au niveau de l’esprit des gens.

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