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Publié le • Modifié le

Le photographe Yann Arthus-Bertrand: «mon cœur est en Afrique»

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Le photographe Yann Arthus-Bertrand dans sa première rétrospective, «Legacy», à la Grande Arche de La Défense, à Paris. Siegfried Forster / RFI

Avec son projet planétaire « La Terre vue du ciel », il est devenu une icône de la photographie. Après presque cinquante ans de carrière, Yann Arthus-Bertrand présente « Legacy », sa première rétrospective en France, à la Grande Arche de La Défense, à Paris.


Il a parcouru plusieurs fois la planète, pris des millions d’images vues par des centaines de millions d’hommes et de femmes. Et Yann Arthus-Bertrand connaît comme sa poche l’histoire et les chiffres derrière chacune de ses photos exposées. En revanche, pas sûr que le photographe devenu président de sa propre fondation GoodPlanet restera pour les générations futures un héros écologique. Lui-même admet à demi-mot qu’il a pris dans sa vie plus souvent l’avion que le vélo. Mais sa rétrospective s’avère être une très belle surprise : au-delà d’un point de vue surprenant et d’une esthétique sans faille, ses photos dégagent une empathie sans limites pour les hommes, les animaux, les plantes, les objets, les rochers et bien sûr la beauté de la Terre vue du ciel, son sujet de prédilection. Entretien avec un homme-photographe qui tutoie d’emblée tout le monde.

RFI : Vous présentez ici une sélection de 250 photos en grand format de presque cinquante ans de carrière. Quelle est votre photo qui a eu le plus d’impact ?

Yann Arthus-Bertrand : C’est la photo de mon petit-fils sur mon téléphone portable. C’est ça, la photo la plus importante pour moi. Le reste, ça a été fait. Mais, pour moi, la photo peut-être la plus importante, ce sont les photos que j’ai ratées. Et j’ai raté pas mal de photos dont une photo de lion que je n’ai pas faite, il y a 40 ans. Cette photo-là - cette lionne qui montait sur le dos d’un buffle pour chasser - est peut-être plus importante dans ma tête que les photos que j’ai réussies.

Être un photographe engagé pour l’environnement et prendre les photos en hélicoptère, est-ce compatible ?

De moins en moins. De toute façon, ce n’est pas tellement l’hélicoptère qui dépense du carbone, c’est surtout l’avion pour me déplacer. Quand on se déplace avec des équipes de télé assez loin, on dépense beaucoup plus de carbone qu’avec l’hélicoptère. L’hélicoptère, cela consomme 200 litres à l’heure. En effet, on peut en faire une dizaine d’heures. Cela fait 2 000 litres, mais 2 000 litres, c’est, par exemple, ce qu’il faut pour un aller-retour Paris-Tahiti. Je m’aperçois que mon bilan carbone est beaucoup plus dû aux avions qu’aux hélicoptères. C’est vrai, ce n’est pas terrible, mais je fais de la compensation carbone avec ma fondation depuis très longtemps, même si ce n’est pas l’idéal. Et aujourd’hui, je fais beaucoup plus de drones que d’hélicoptères…

Au début de votre carrière, à l’âge de 30 ans, vous avez étudié pendant trois ans des lions au parc national Massaï Mara, au Kenya. Quelle est votre relation avec l’Afrique ?

L’Afrique est très importante pour moi, parce que j’ai plusieurs fois couvert le rallye Paris-Dakar, j’ai travaillé beaucoup en Afrique et c’est vraiment un endroit où je me sens bien. J’aime les Africains. Les Africains vivent beaucoup plus que nous le temps présent. Donc, je ris beaucoup plus, je suis beaucoup plus à l’aise avec les Africains, moi, qui est quelqu’un qui cherche toujours à parler de mon avenir. Les Africains me ramènent un peu les pieds sur terre. J’adore aller en Afrique. Je m’occupe d’un orphelinat à Brazzaville. J’y vais souvent, il y a des gens formidables. Mon cœur est quelque part en Afrique.

Il y a des personnes ou des pays en particulier ?

Non, il y a des personnes dans tous les pays. Quand on a 73 ans comme moi, quand on était dans 130 pays, on se fait des amis partout. Donc, je ne veux citer personne en particulier. Peut-être la sœur Ida qui s’occupe de mon orphelinat à Brazzaville, que j’aime beaucoup.

Et le Kenya où vous avez appris la photographie lors de votre étude sur les comportements des lions ?

Le Kenya, j’y étais beaucoup dans les années 1980, j’y vais beaucoup moins maintenant, parce que le Kenya d’aujourd’hui est vraiment un Kenya très différent de celui que j’ai connu. Il y a une démographie galopante au Kenya qui fait que le pays ne ressemble plus au pays que j’ai connu : les réserves se sont rétrécies, il y a beaucoup moins d’animaux, beaucoup plus de touristes. J’aime moins le Kenya aujourd’hui que le Kenya que j’ai connu, mais peut-être c’est toujours la même chose : c’était toujours mieux avant [sourire].

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