rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti

Astronomie Espace France ISS

Publié le • Modifié le

Jean-Yves Le Gall (CNES): «La Chine est un partenaire incontournable»

media
L'astronaute Thomas Pesquet, avec le directeur de la NASA Robert M. Lightfoot Jr., le président Emmanuel Macron et le président du CNES Jean-Yves Le Gall, le 19 juin 2017. Michel Euler / POOL / AFP

Après une année 2017 marquée par la mission de l’astronaute Thomas Pesquet, le Centre national d’études spatiales (CNES) entend capitaliser dessus pour 2018. Au programme de l’agence spatiale française cette année : des missions vers Mars et Mercure, et un satellite d’étude du climat en coopération avec la Chine.


RFI : 2017 a été une année marquante pour le spatial français avec notamment la mission de Thomas Pesquet. 2018 suscitera-t-elle autant d’engouement ?

Jean-Yves le Gall : Autant d’engouement, je ne sais pas. Mais pour le Cnes, il y aura 3 missions phares en 2018. Nous partons d’abord sur Mars le 5 mai avec la Nasa pour Mars InSight. Nous allons écouter battre le cœur de Mars : nous allons poser un sismomètre à la surface pour savoir si le cœur de Mars est solide ou liquide.

Un peu plus tard, le 25 septembre, il y aura notre mission phare de la coopération franco-chinoise : CFOSAT. Elle va s’intéresser aux vagues et au vent, c’est la première fois qu’on fera une corrélation entre les deux. C’est extrêmement important pour comprendre les mouvements de l’océan, en lien avec la lutte contre le changement climatique.

La dernière mission de l’année sera très importante pour la France et la communauté scientifique française. C’est BepiColombo. L’agence spatiale européenne et la Jaxa au Japon se sont associées pour envoyer une sonde en orbite autour de Mercure. C’est une mission qui va s’étendre sur neuf ans : sept ans de voyage pour atteindre Mercure et ensuite deux ans en orbite. Il s’agit d’une mission extraordinaire. Vous voyez, on a aimé 2017, on va adorer 2018.

Vous mentionniez InSight. Mars reste pour vous l’objectif prioritaire ?

Mars est l’objectif prioritaire de toute la communauté scientifique qui s’intéresse à l’exobiologie. On sait que Mars a été habitable. La grande question est donc de savoir si Mars a été habitée. C’est un peu le Graal après lequel courent toutes les missions martiennes. En 2018, il y aura le lancement d’InSight : connaître la structure interne de Mars est très important pour savoir pourquoi l’eau et l’atmosphère qui étaient à la surface de la planète ont disparu.

En 2020, ce seront cinq missions qui partiront vers Mars ! Mars 2020 avec la Nasa où nous serons une fois encore puisque nous fournirons la caméra Supercam. Nous serons également sur une deuxième mission : ExoMars. C’est un projet de l’Agence spatiale européenne en coopération avec Roscosmos en Russie. Là aussi, la communauté scientifique française fournit des instruments.

Il y aura aussi une mission chinoise, une mission indienne, et enfin, c’est peut-être un peu surprenant, une mission des Emirats : Mars Hope qui ira se mettre en orbite. Vous voyez qu’on ne s’ennuie pas avec Mars !

A échéance plus lointaine, le fantasme reste l’exploration humaine de Mars. Le projet n’aurait cependant pas pris un peu de plomb dans l’aile ? Les Américains plaident aujourd’hui pour un retour vers la Lune, qui semble attirer de plus en plus …

Oui, la Lune attire de plus en plus, peut-être parce que c’est plus facile d’aller sur la Lune que d’aller sur Mars. Cela dit, le projet d’exploration humaine de Mars – le Journey to Mars - n’est pas prévu avant les années 2030. Des études ont été faites en ce sens, et elles se poursuivent. En ce qui concerne la Lune, je vois passer des déclarations, je vois passer des tweets, mais je ne vois pas beaucoup passer de dollars.

La Chine veut aller sur Mars également. Pour une agence telle que le Cnes, c’est un partenaire incontournable ?

La Chine est un partenaire totalement incontournable. C’est un très grand pays, et nous avons des coopérations tous azimuts avec. Il est donc normal que nous ayons également des coopérations dans le domaine spatial. Une fois encore le Cnes montre la voie : nous sommes le premier partenaire international des Chinois avec CFOSAT, qui est un satellite dont on parlera beaucoup. Les données qu’il va fournir seront très précieuses pour mieux comprendre le mouvement de l’océan.

Par ailleurs, les Chinois ont très vite répondu présents lorsque j’ai proposé la création d’un Observatoire spatial du climat.

Nous les verrons au mois de juin à Toulouse puisque la Chine sera l’invitée d’honneur du Toulouse Space Show qui va rassembler pendant trois jours l’ensemble de la communauté spatiale mondiale. Nous aurons ensuite une autre mission avec la Chine, mais d’astronomie cette fois. Ce sera SVOM qui aura pour but d’observer les sursauts gamma. Cette coopération qui est déjà très importante a en plus reçu un formidable coup d’accélérateur à l’occasion de la visite d’état du président de la République en Chine. Il a passé trois heures sur le spatial, soit à peu près le tiers de son temps passé à Pékin. C’est tout à fait impressionnant.

En quoi consiste cet Observatoire spatial du climat ?

L’Observatoire spatial du climat a deux fonctions. La première, c’est d’être certain que tous les satellites qui observeront le climat verront les mêmes choses. Nous souhaitons une standardisation des données. Aujourd’hui, les satellites américains s’intéressent par exemple à la hauteur de la colonne de gaz carbonique et les satellites européens à sa concentration. Cela ne nous permet pas de comparer leurs données. L’idée, c’est donc de standardiser toutes les données qui seront étudiées et les diffuser en libre-service pour qu’elles puissent circuler.

De plus en plus de pays rejoignent ce qui était au départ un concept. J’étais par exemple jeudi 18 janvier à Londres au sommet franco-britannique et nous avons signé un accord avec nos partenaires britannique. Nous sommes déjà ensemble sur le projet Microcarb, qui va observer les sources et les puits de gaz carbonique. Nous allons plus loin puisque nous avons signé cet accord pour définir leur participation à l’Observatoire spatial du climat. Je pense vraiment que c’est une affaire qui marche bien.

Il manque pourtant deux partenaires majeurs : la Russie et les Etats-Unis n’en font toujours pas partie...

La Russie va nous rejoindre. Les Russes n’avaient pas pu être présents à notre réunion parce qu’ils avaient quelques soucis techniques chez eux. Quant aux Etats-Unis, la problématique est beaucoup plus vaste. Je ne me fais pas de soucis pour autant. Les Etats-Unis consacrent des efforts considérables à l’étude du climat et ils continueront à les consacrer. Tôt ou tard, ils feront partie de l’Observatoire.

L’exécutif américain semble pourtant se diriger vers une redéfinition des missions de la Nasa en faveur de l’exploration et au détriment de l’étude de la Terre. Le prochain administrateur de l’agence a eu des propos climato-sceptiques. Cela vous inquiète-t-il ?

Cela m’inquiète modérément, parce que nous sommes dans des enjeux de très long terme. Je crois qu’il y a parfois des gens très enthousiastes sur le climat, parfois d’autres qui ont des doutes, mais la valeur moyenne est plutôt positive.

Quand pourra-t-on dire que cet Observatoire pour le climat est effectivement lancé et qu’il donne ses fruits ?

L’objectif, c’est de faire des annonces à la mi-année. Nous travaillons de façon très intense là-dessus.

Chronologie et chiffres clés