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Publié le • Modifié le

Y’a-t-il trop de start-ups françaises au CES de Las Vegas?

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La «French Tech» à l'Eureka Park, lors du CES 2017. AFP/Frederic J. Brown

Chaque année, le contingent d’entreprises françaises au Consumer Electronic Show, le salon international de l’innovation de Las Vegas, gonfle. Poussé par le label « French Tech » créé en 2014, il dépasse de loin ses concurrents européens et même chinois. Certains dénoncent une logique du chiffre pas toujours cohérente.


La France envoie cette année 365 entreprises pour promouvoir la « French Tech ». Un record. Ce label a été lancé au Consumer Electronic Show (CES) en 2014 par le ministère français de l’Economie avec le soutien de l'agence gouvernementale Business France pour promouvoir l'innovation technologique à la française.

« Nous avons des belles boîtes dans l’intelligence artificielle, dans la maison connectée, la "smart home" et tout ce qui est technos pour l’enfant, la "child tech". Il y a aussi la "pet tech", avec quelques belles start-ups, on sait que les consommateurs dans le monde peuvent mettre beaucoup d’argent pour le bien-être de leurs animaux domestiques », se félicite Eric Morand, directeur du département tech de Business France, au micro d’Eric de Salve, envoyé spécial de RFI au CES.

"Au CES, on ne parle pas bien anglais mais on est des tech killers !"
La France, premier contingent étranger au CES 12/01/2018 Écouter

« Cette année, on a encore battu le record de la présence française avec 270 start-ups, loin devant nos amis Anglais, Allemands et autres, qui sont à une cinquantaine de start-ups. Ça nous place vraiment sur la mappemonde de la tech mondiale », poursuit Eric Morand.

« Montrer qu’on fait autre chose que de la gastronomie »

Mais pourquoi un tel besoin de faire le nombre ? « Il s’agit de mettre la France sur le radar des grosses sociétés, des principaux médias du monde dans la tech. Il s’agit de montrer qu’on fait autre chose que de la gastronomie, de la haute couture et du parfum. »

Cependant, après quatre ans d’existence de la « French Tech », certains analystes du numérique, repérés par le magazine Usbek & Rica, commencent à se poser des questions sur l’intérêt d’amener au CES une délégation française toujours plus nombreuse. C’est le cas de Sylvain Maillard, député (La République en Marche) de la première circonscription de Paris : « Parce que je suis aussi entrepreneur dans les technos, je crains que la présence, pour une grande part subventionnée, de (trop?) nombreuses start-ups au CES 2018 fasse oublier que le but d'une entreprise reste vendre plus chère ce qu'on produit...Pas d'obtenir des prix de beauté ! », s’est-il inquiété dans un tweet, graphique à l’appui.

Dans l’article d’Usbek & Rica, Marie Gallas-Amblard, directrice de la communication de la « French Tech » a répondu à la critique de Sylvain Maillard : « La French Tech n'emmène pas les start-up : ce n'est pas l'Etat qui finance la présence des start-ups sur place. » Fabian Ropars, auteur de l’article, pointe la question du véritable retour sur investissement pour les entreprises qui participent au salon de Las Vegas. Pour certains, il ne serait pas si mirobolant que la communication autour de la « French Tech » le laisse penser.

Olivier Ezratty, blogueur tech et habitué du CES, a compté « environ 20% de start-ups françaises » au CES qui, selon lui, ne devraient pas y être. « Soit elles ont des solutions un peu trop orientées vers les entreprises et qui n’ont pas de rapport avec le grand public, soit elles sont un peu trop jeunes et pas assez prêtes pour commercialiser leurs produits. »

Un entre soi français à Las Vegas

Néanmoins, l’observateur considère qu’il y a « quand même 80% d’entreprises françaises tout à fait pertinentes » pour le CES. Comme chaque année, il prévoit de publier fin janvier un rapport sur cette édition du salon de Las Vegas dans lequel il traitera notamment de cette logique du chiffre.

« Je suis allé poser des questions à des start-ups qui me semblaient peu pertinentes, développe l’analyste. J’ai compris qu’elles avaient été emmenées là soit parce qu’elles n’ont pas bien compris le positionnement du salon, soit parce qu’elles ont été entraînées dans des délégations régionales, soit parce qu’elles sont un peu trop attirées par la forte présence de décideurs français. »

Le problème principal, pour Olivier Ezratty, c’est la formation d’un entre soi français à Las Vegas : « Ce qui est un peu surréaliste quand on visite le CES, c’est que parmi les visiteurs français, il y a énormément de dirigeants de très haut niveau de grandes entreprises françaises. Donc on se retrouve avec des boîtes françaises qui viennent là principalement pour voir des visiteurs français qu’elles ont du mal à voir à Paris ou en région. C’est complètement absurde de voir des entrepreneurs français être obligés d’aller à Las Vegas pour rencontrer des clients français. »

La solution, pour le blogueur, serait pour les puissants de la tech française de se rendre disponible lors des rendez-vous du numérique qui ont lieu sur le sol français. Il verrait bien Viva Technology, qui veut devenir le « CES français », comme le salon idéal pour de telles rencontres. « La présence française au CES aurait encore plus de sens si la majorité des start-ups françaises y allaient avant tout pour rencontrer des clients étrangers. D’abord, pour aborder le marché américain, le plus important dans le monde dans le numérique grand public, ensuite pour rencontrer éventuellement les partenaires économiques qui peuvent être asiatiques, par exemple. Si on est trop endogames, on ne développera pas l’industrie française. »

Combiner « la force des grands et l’innovation des petits »

Autre critique sur l’organisation de la « French Tech » au CES, selon Olivier Ezratty : un manque de cohérence. « Quand on visite la zone des start-ups, c’est un peu le bazar, on se retrouve avec plein d’exposants les uns à côté des autres sans qu’il n’y ait de rapport entre eux. » Il propose de « thématiser » la présence française à l’Eureka Park. « On a une bonne vingtaine de sujets couverts par les entreprises françaises. Il y en a quelques-uns qui sont dominants : la maison connectée, le monde de la santé, le monde des transports et, dans une certaine mesure, l’audiovisuel, audio et vidéo. »

Toutefois Olivier Ezratty n’a pas observé que des choses négatives lors de cette édition du CES : « Une expérience qui a été menée va dans le bon sens. Elle associe, au même endroit, Valeo, Faurecia et Business France. On y trouve à la fois deux grandes entreprises et une start-up dans l’univers des transports. Quand on associe des grandes entreprises d’un secteur donné et des start-ups du même secteur, on a à la fois la force des grands et l’innovation des petits. »

 


« Nous sommes obligés de nous déplacer jusqu’aux Etats-Unis pour mieux rencontrer les Français »

RFI : Vous et votre start-up SoUse étiez presents au CES 2018. Etes-vous venus avec la « French Tech » ?

Emmanuel Sorel, PDG de SoUse, moteur de recherche destiné à l'économie collaborative) : Oui, nous sommes bien sur l’Eureka Park, dans la zone « French Tech » et dans la région « Nouvelle-Aquitaine ».

Quel intérêt pour vous de venir au CES ?

Nous ne sommes plus vraiment en recherche de capitaux, donc ce qu’on attend, c’est de la notoriété, de faire connaître SoUse. Même si ça parait assez fou et contradictoire, se déplacer jusqu’à Las Vegas pour se retrouver dans un même lieu avec les médias, d’autres start-ups et les gros acteurs du numérique permet d’acquérir cette notoriété et de trouver des contacts.

Nous faisons un moteur de recherche au service de l’économie collaborative, alimenté par d’autres plateformes. Il faut donc rencontrer de nouveaux partenaires. C’est la partie la plus difficile.

Pour un marché plutôt français ?

Oui ! C’est une plateforme qui fonctionne aujourd’hui à l’international mais qui est plus pertinente sur le territoire français.

Pourquoi alors ce besoin de se rencontrer aux Etats-Unis ?

C’est là la contradiction : nous sommes obligés de nous déplacer jusqu’aux Etats-Unis pour mieux rencontrer les Français. Nous, c’était notre objectif : il y a des personnes du groupe La Poste, du groupe Engie, etc., que nous rencontrons plus facilement au CES puisqu’ils sont tous au même endroit.

Notre plateforme est dédiée aux professionnels et aux particuliers. Nous avons donc besoin de rebonds dans les médias pour faire connaître la plateforme. Il est plus facile de les toucher globalement que de le faire unitairement en France.

Qui paye votre venue ? Et combien cela coûte-t-il ?

Nous nous payons le déplacement avec nos fonds propres, avec une participation de la « French Tech », soit de la région. De mémoire, nous payons 4 000 euros pour le stand et elle participe à hauteur de 2 000 euros. Après, pour une start-up comme SoUse, être présente sur le CES avec quatre personnes en déplacement revient à un budget de 15 à 20 000 euros.

Comptez-vous y retourner les prochaines années ?

C’est encore trop tôt pour le dire. Vu le coût, il faut venir avec un vrai objectif et pas uniquement pour être présent. On a besoin de faire un bilan pour répondre à cette question.

Selon vous, y’a-t-il trop de start-ups françaises au CES ?

Globalement, il est vrai que la présence française est énorme. Je pense qu’un quart de l’Eureka Park est représenté par la France. Si vous prenez l’Italie ou le Royaume-Uni, ils ont un espace qui est dix fois moindre. Pourtant, ce sont des pays dans une situation assez similaire économiquement – tout au moins pour le Royaume-Uni. Donc il est vrai que ça paraît beaucoup.

Mais je ne pense pas qu’il faille compter et se priver d’emmener des entreprises si vraiment il y a un foisonnement de start-ups qui ont de la valeur. C’est bien qu’on en emmène un maximum.

Quelles sont les prochaines étapes pour SoUse ?

Les prochaines étapes consistent à débriefer et consolider tout ce qui a été fait pendant le CES. Toutes les prises de contact, il faut maintenant les convertir. Il va falloir rencontrer ànouveau les personnes en France, répondre à différentes interviews, s’il y en a, dans les médias, revoir les autres start-ups pour commencer à travailler concrètement avec elles.

SoUse est disponible sur le web, sur mobile et sur tablette.

Chronologie et chiffres clés