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Publié le • Modifié le

Monnaies virtuelles: les «mineurs» de bitcoins en quête de nouveaux filons

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En Russie, l'homme d'affaires Dmitry Mirinichev's investit dans des «fermes» de «minage», avec pour objectif de s'accaparer 30% du marché mondial. MAXIM ZMEYEV / AFP

Cette semaine, la désormais célèbre monnaie virtuelle bitcoin a battu un nouveau record, son cours franchissant la barre des 4000 dollars l’unité. Mais loin de la fièvre spéculative qui s’empare des places de marché, ceux, particuliers ou professionnels, qui «fabriquent» cette monnaie se livrent une concurrence effrénée qui pousse les «mineurs» amateurs vers des devises plus attrayantes. A la clef, des gains faramineux... ou un investissement vain.


« Pénurie ». Le mot bourgeonne, ces derniers mois, à la Une de la presse informatique. Une pénurie de cartes graphiques d'ampleur mondiale qui s'explique par l'engouement que suscite les monnaies virtuelles, tirées par un bitcoin - la plus connue d'entre elles - culminant désormais à plus de 4 000 dollars ! Pour quelle raison ? Car ces cartes sont un peu les pioches high tech de mineurs d'un genre nouveau.

« Mineurs » est justement le terme consacré pour désigner les personnes - et leurs machines - en charge d'assurer la sécurité des transactions sur le réseau Bitcoin. Ici, en effet, pas de banque centrale, pas d'organisme de régulation, tout se passe en « peer-to-peer » (de pair à pair), c'est-à-dire directement entre individus. Tout est décentralisé, tout est contrôlé par tout le monde.

Une compétition... pour sécuriser le réseau

Les « mineurs » mettent donc à disposition de la communauté la puissance de calcul de leur(s) ordinateur(s) : le réseau reposant sur la technologie dite de la blockchain (une « chaîne de blocs » d’informations infalsifiable car dupliquée chez de nombreux utilisateurs), les « mineurs » sont mis en compétition pour la création d’un nouveau bloc regroupant de nouvelles transactions. Mais pour que ce bloc soit considéré comme valide, il faut résoudre une sorte de problème mathématique complexe : plus l’équipement du mineur est puissant et peut effectuer de calculs à la seconde, plus celui-ci a de chance de trouver la bonne solution, ce que l'on appelle « la preuve de travail ».

Cette compétition est dotée d’un bien joli lot : le gagnant remporte 12,5 bitcoins, ce qui au taux actuel équivaut à près de 54 000 dollars. Il touche aussi les frais des transactions contenues dans son bloc. Les « mineurs » ont donc une incitation économique à sécuriser le réseau, et c’est aussi de cette manière que de nouveaux bitcoins sont mis en circulation.

Mais le filon n’est pas intarissable. Il n’est pas possible, par exemple, de créer autant de bitcoins que l’on veut. Leur créateur, le mystérieux Satoshi Nakamoto, en a limité la quantité à 21 millions.

Le nombre de bitcoins émis à chaque nouveau bloc est aussi divisé par deux tous les quatre ans environ. Deux de ces événements, des « halving », ont d'ailleurs déjà eu lieu depuis 2009. « Sur le réseau Bitcoin, un bloc est validé en moyenne toutes les dix minutes, ce qui veut dire que toutes les dix minutes, actuellement, 12,5 nouveaux bitcoins sont émis. Mais dans trois ans, ce ne seront plus que 6,25 nouveaux bitcoins par bloc, et ainsi de suite, explique Alexandre Stachtchenko cofondateur de Blockchain Partner, start-up spécialisée dans le conseil en technologies blockchain, et président de la ChainTech. Toutes les deux semaines environ, le réseau évalue la puissance de calcul totale disponible apportée par les "mineurs", et ajuste la difficulté du problème mathématique pour faire en sorte de garder la moyenne de dix minutes. Si de nouveaux mineurs sont arrivés entre temps par exemple, la difficulté du calcul augmentera. Cette moyenne ainsi que la division par deux permettent de prédire que le dernier bitcoin devrait être "frappé" en 2140. »

Or cette lente raréfaction, comparable à celle que connaissent les métaux précieux, ne fait qu'accroître une compétition qui laisse de plus en plus d'acteurs sur le carreau. Car si « miner » peut parfois rapporter gros, cela représente en revanche toujours un coût.

Une activité autrefois abordable

Lorsqu'en 2011, le cours du bitcoin, créé trois ans plus tôt, commence sa folle ascension - ponctuée néanmoins de fortes chutes -, les sites et témoignages consacrés au « minage » se multiplient sur la Toile. Monsieur Tout-le-monde, pourvu qu'il s'équipe correctement, pouvait « miner » chez lui. La puissance totale de calcul étant relativement faible, les problématiques mathématiques étaient peu complexes et abordables pour des machines acquises par des particuliers. Dans un article publié en 2014 sur France Info, trois Parisiens expliquaient ainsi avoir réuni 1 600 euros pour s'équiper d'un boitier intégrant « cinq ventilateurs [...] et trois puissantes cartes graphiques, particulièrement sollicitées lors du processus [de « minage »]. Mais déjà se plaignaient-ils de la concurrence.

L'industrie du « minage » se caractérise par une course perpétuelle à l'armement. Plus d'ordinateurs, plus de cartes graphiques : les « mineurs » se sont rapidement constitués en équipes (ou « pools »), afin de mutualiser les coûts et multiplier les chances de décrocher le jackpot. Sauf qu'à ce jeu, les Chinois se sont vites démarqués, profitant notamment d'une électricité peu coûteuse. Un facteur déterminant quand on sait que l'alimentation des machines représente 60 à 70 % des coûts d'un « mineur ». L'Empire du milieu a ainsi vu pousser de terre d'imposantes « fermes » de « minage » avec lesquelles il est difficile de rivaliser.

Reportage sur une «ferme» chinoise (Motherboard, 2015)

Et l'appétit pour le bitcoin est tel que la Russie a fait de sa « frappe » une priorité : un proche du Kremlin vient ainsi d'annoncer son ambition de contrôler 30 % des activités mondiales de « minage ». « Ces concentrations vont à l'encontre de la philosophie initiale de cette monnaie, souligne Alexandre Stachtchenko. La "preuve de travail" a été inventée pour décentraliser un réseau car chacun peut apporter sa puissance de calcul et participer. »

« Le bitcoin était intouchable pour moi »

Il ne reste plus alors aux « mineurs » amateurs de la première heure, ou aux nouveaux venus, qu'à lorgner sur d'autres monnaies virtuelles, celles qui n'ont pas encore atteint la maturité du bitcoin et qui promettent de belles retombées financières pour un coût encore abordable.

« Je me suis mis au "minage" il y a quelques mois, raconte Yann Masoch, entrepreneur français installé dans la Silicon Valley. J'avais des cartes graphiques extrêmement puissantes pour travailler sur l'intelligence artificielle et avais beaucoup entendu parler de cette activité sans trop savoir en quoi cela consistait. J'ai donc fait des recherches et dressé des statistiques pour voir si c'était rentable. [...] Clairement, le bitcoin était intouchable pour moi car il fallait des machines de calcul extrêmement puissantes. »

Yann Masoch s'est donc tourné vers d'autres monnaies, et notamment vers l'Ethereum, dont le cours avoisine aujourd'hui les 300 dollars. Il a investi dans deux machines, comportant chacune six cartes graphiques. Une troisième est dédiée au « minage » de Zcash, une monnaie plus confidentielle. L'Ethereum lui rapporte près de 1 000 dollars, et le Zcash environ 400.

Constructeurs à la fête

« Il faut évidemment regarder le cours, mais aussi se diriger ensuite vers les bonnes places de marché pour trouver des acheteurs », précise l'entrepreneur.

« Pour l'instant, je me considère encore en phase de test. Je vais voir si je peux développer cette affaire, et acquérir une dizaine de machines rapidement. Mais je sais bien que si le cours de l'Ethereum tombe complètement, c'est foutu pour moi... »

Toute cette lutte entre nouveaux forçats de la mine fait en tout cas les affaires des constructeurs informatiques, qui croulent sous la demande. « Au dernier trimestre, les ventes de Nvidia, l'un des leaders sur les cartes graphiques, ont augmenté de 50 % par rapport à l’année précédente, prend pour exemple Alexandre Stachtchenko. Et cela simplement grâce aux crypto-monnaies. »