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Nouvelles technologies Technologies Entretien

Publié le • Modifié le

Données collectées: pour Jérôme Marty (Waze), «pas de risque pour l’utilisateur»

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« La ville intelligente, c'est la technologie au service d'une meilleure information pour les citoyens », selon Ghislain Delabie Getty Images/Prasit photo

Du 8 au 10 juin, la Villette parie sur l'avenir. Etalé sur plusieurs bâtiments de ce parc au nord-est de Paris, le nouveau festival gratuit Futur en Seine accueille 150 stands et plus de 80 conférences autour de l'innovation. L'occasion de se demander : qu'est-ce que la « ville intelligente » et quels risques pour nos données personnelles? Entretien avec Ghislain Delabie, expert en mobilité au sein du think tank OuiShare et Jérôme Marty, « country manager France » chez Waze, le GPS collaboratif créé en 2008 par une startup israélienne et racheté par Google en 2013 pour 966 millions de dollars.


RFI : L'application Waze sera installée sur toutes les prochaines voitures Renault compatibles avec Android Auto. Jérôme Marty, avez-vous tué le GPS classique ?

Jérôme Marty : Je ne le positionnerais pas en ces termes. On a certainement révolutionné le monde du GPS. Je considère que l'on est plus qu'un GPS. Nous sommes une communauté, notre base d'utilisateurs est toujours grandissante. Je me réjouis de voir l'ensemble des VTC, des professionnels de la route utiliser Waze.

Comment définirez-vous la « smart city » (« ville intelligente ») ?

Gislain Delabie : C'est toujours un terme controversé parce que la vraie question est : qu'est-ce que l'intelligence ? Ça pourrait simplement consister à mettre beaucoup de technologie sans se poser de question. On a des exemples de villes comme ça - où il est parfois très triste d'y vivre, voire qui font peur si on a mis des caméras partout et que l'on ne se sent plus chez soi nulle part. Ou au contraire, la « smart city » peut impliquer de construire des projets positifs pour les citoyens, pour ceux qui vivent la ville. A ce moment-là, la technologie est au service d'une meilleure information, de meilleures décisions, de meilleures infrastructures et d'une meilleure qualité de vie.

Quel est le rôle des collectivités locales, des villes particulièrement, dans la mise en place de ces technologies ?

J.M. : Chez Waze, nous avons monté le Connected Citizen Program (« Programme du citoyen connecté »), un programme d'échange de données gratuites, anonymisées et agrégées avec les villes, mais aussi les acteurs du transport. Il a été lancé à l'initiative de la ville de Rio de Janeiro, qui nous a contacté en 2013 lors de la venue du pape pour nous demander de prendre en compte son itinéraire afin de ne pas créer d'embouteillage inutile sur son trajet. Depuis, nous avons beaucoup travaillé avec cette ville. Ce que l'on demande aux villes, ce sont des données de trafic pour des événements - Paris-Versailles, par exemple, avec la ville des Yvelines -, des travaux, etc. En échange, on peut leur dire lorsqu'il y a des embouteillages, un nid de poule ici, un accident là.

Vous définissez-vous comme des entrepreneurs d'intérêt général ?

J.M. : Certainement. Quand vous faites partie de Waze, vous partagez des données avec la communauté pour l'intérêt général, c'est-à-dire pour avoir l'information la plus précise possible sur le trafic routier. Nous avons compris que nos données peuvent avoir un vrai intérêt : à Rio, ils ont baissé le trafic routier de 28% et ils se sont rendu compte que les zones sur lesquelles il y avait beaucoup d'accidents étaient souvent mal éclairées. Certaines villes suivent et tracent les camions-poubelles et nous n'enverrons pas de trafic sur leur passage.

Aux Etats-Unis, nous envoyons les données d'accidents aux services de gestion des ambulances. On s'est rendu compte que dans 70% des cas, les données issues de notre communauté sont plus rapides que celles du 911 (numéro d'urgence américain - ndlr) et on réduit de quatre minutes trente le temps d'intervention de l'ambulance. Lors de l'ouragan Matthew aux Etats-Unis, nous avons pu indiquer aux utilisateurs les endroits les plus proches où s'abriter.

Vous rendez accessibles toutes les données de vos utilisateurs à tous vos partenaires, sans restriction ?

J.M. : Toutes les données que l'on fournit sont anonymisées et agrégées. On ne fournit pas le pseudo ou quoi que ce soit qui ait rapport à l'individu. De quels types de données parle-t-on et que pourrait-on en faire ? Quand vous venez sur Waze, on ne vous demande aucun type d'information - seulement votre téléphone portable. On ne connaît pas votre sexe, votre âge, etc. Il y a une information que vous pouvez rentrer dans l'application - et c'est vous qui le choisissez : votre domicile et votre lieu de travail. Le reste, ce sont des données d'interaction avec l'application : y'a-t-il un nid de poule, un accident ? Hormis pour un opérateur de trafic ou une municipalité, je ne vois pas trop l'utilisation malsaine que l'on pourrait faire de ces données. En quoi la donnée comme quoi il y a un accident ou un nid de poule me met en danger ? J'ai du mal à comprendre le risque qu'encourt l'utilisateur.

Voilà le type de données que peut aussi récolter Waze. Waze

G.D. : Il y a une question qui est posée par la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés - ndlr) sur l'utilisation des données personnelles : peut-on choisir quand elles sont partagées ou non ? Aujourd'hui, beaucoup d'applications donnent le choix de partager on non un certain nombre de données liées à notre activité. Une question qui se pose pour Waze : puis-je utiliser l'application sans contribuer aux données récoltées ? Or, le contrat de base de Waze est : j'accepte de contribuer pour bénéficier du service gratuitement.

Aujourd'hui, Waze appartient à Google. La société mère a-t-elle accès à vos données ?

J.M. : Nous sommes une structure indépendante et nous avons des cartes différentes de celles de Google Maps, mais nous partageons des données avec Google, qui fait partie du Connected Citizen Program, et nous sommes sujets aux mêmes contraintes juridiques. Mais il n'y a pas de crainte à avoir quant à l'utilisation que l'on pourrait faire de ces données.

Parmi vos utilisateurs, certains contribuent à la création et l'édition de vos cartes. Sachant que Google et d'autres géants du web se tournent de plus en plus vers l'accès au code source de leurs applications, les cartes de Waze sont-elles en « open source », ou le seront-elles ?

J.M. : Non, je n'ai pas connaissance d'initiative en la matière.

En revanche, les données que l'on fournit à tous les acteurs sont complètement gratuites. Ça n'a aucun coût pour le contribuable. nous avons un positionnement qui est un peu différent de celui de nos concurrents : on ne veut pas créer un « business model ».

Et Waze restera toujours gratuit ?

J.M. : Quand on s'inscrit sur Waze, on y contribue, on a déjà un rôle actif. Donc notre volonté est de continuer à proposer ce service gratuitement en développant derrière un « business model » qui s'appuie sur la publicité. Sur l'application, vous avez pu voir apparaître quelques formats publicitaires. Mais on ne veut surtout pas déranger le conducteur quand il est en route, ce ne sont pas les formats standards que l'on voit sur le web. Ils sont très contextualisés, ils apparaissent à l'arrêt du véhicule.

Waze est-elle une entreprise rentable ?

J.M. : No comment.

Ghislain Delabie, vous qui travaillez avec différents acteurs de la ville intelligente, quelles seront les prochaines technologies urbaines qui vont sans doute émerger ?

G.D. : Les innovations ne viendront pas uniquement des technologies elles-mêmes, mais aussi de la manière avec laquelle les différents acteurs vont travailler ensemble. Par exemple, aujourd'hui, un constructeur automobile comme Renault, qui ne travaillait pas avec les villes, comprend qu'il va devoir travailler avec des acteurs qui leur sont un peu étrangers pour lancer de nouveaux services, comme les véhicules autonomes.

Ce qui a changé ces dernières années est l'émergence de nombreux acteurs qui contribuent à l'intérêt général - les villes ne sont plus les seuls acteurs à travailler pour l'intérêt général. C'est vrai pour Waze et d'autres acteurs du numérique, pour des acteurs du monde de l'« open source », comme OpenStreetMap (service collaboratif de cartographie en licence libre). Ces acteurs sont indépendants des services publics. Les villes et les territoires sont donc obligés de travailler différemment : ils sont toujours en charge de définir ce que représente l'intérêt général pour une ville comme Paris ou pour un pays comme la France, mais ils ont intérêt à s'appuyer sur Waze, sur OpenStreetMap ou même à travailler avec Uber. Les acteurs publics et privés ont compris qu'ils ont un intérêt mutuel à créer des formes de collaboration beaucoup plus souple qu'un traditionnel contrat entre un transporteur et une ville.