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Publié le • Modifié le

Football: «Tata» Brown, un héros argentin méconnu

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Jose Luis «Tata» Brown (au centre) avec l'équipe d'Argentine de Diego Maradona (à droite), lors de la Coupe du monde 1986. Photo by Bongarts/Getty Images

L’Argentine pleure un de ses champions du monde de 1986, José Luis Brown, décédé à l’âge de 62 ans des suites d’une longue maladie. S’il ne faisait pas partie des « stars » de l’équipe de Carlos Bilardo, « Tata » Brown était en revanche un référent dans la défense « albiceleste » et il avait tout de même signé un but en finale, face à l’Allemagne.


Si le football argentin a cette formidable capacité à produire des joueurs hors norme, les Messi, Maradona, Di Stefano et tant d’autres, il sait aussi peupler les terrains du monde de gladiateurs rompus à tous les combats, modèles de courage et de « grinta ».

José Luis Brown appartenait à cette catégorie-là. Tout comme le sélectionneur de l’équipe nationale d’Argentine en 1986, Carlos Bilardo, qui avait fait du défenseur formé à Estudiantes un des piliers de son équipe…

Un défenseur dur au mal

Le club de la ville de La Plata – située à une cinquante de kilomètres de Buenos Aires – était depuis les années 1960 l’archétype du club pour lesquels la fin, c’est-à-dire le résultat, justifie tous les moyens. Y compris les moins avouables…

Avec Carlos Bilardo en capitaine, ce club qui ne faisait pas partie du sérail, avait pourtant tout gagné, y compris une Coupe intercontinentale en 1967 face au Manchester United de Matt Busby avec Bobby Charlton, George Best et Dennis Law. Tout en laissant derrière elle l’image d’une équipe ne reculant devant rien, n’hésitant pas à utiliser des épingles pour blesser les adversaires pendant un match, à mettre des somnifères dans leurs boissons ou même à obtenir des informations sur leur vie privée pour les déstabiliser…

C’est dans ce club que José Luis Brown était arrivé au début des années 1970 en provenance de Ranchos, petite ville située à 80 kilomètres de La Plata. Il était issu d’une famille très humble habitant une maison qui prenait l’eau dès qu’il pleuvait, avec un père manutentionnaire et une mère femme de ménage.

« Tata » se rendait parfois en stop avec un ami pour voir jouer Estudiantes. Un jour, il ose passer un test avant d’intégrer les divisions inférieures. Le début d’une longue carrière où son professionnalisme et son esprit de sacrifice lui permettront de devenir capitaine d’Estudiantes, avec Carlos Bilardo entraîneur, puis de grimper jusqu’à l’équipe nationale.

Titulaire inattendu au Mondial 1986

A la veille du Mondial de 1986, rien ne laissait prévoir le fait qu’il serait titulaire. Le poste revenait à l’emblématique Daniel Passarella, qui vivait très mal la perte de son brassard de capitaine au profit de Diego Maradona. Dans ce climat pesant, le champion du monde 1978, tombé malade à son arrivée au Mexique, a finalement laissé sa place à Brown, qui va réussir une très bonne Coupe du monde, au poste de libero.

Appliquant à la lettre les strictes consignes de Bilardo, qui lui interdisait par exemple de célébrer les buts afin d’éviter des efforts inutiles, le défenseur va vivre une finale hors normes face à l’Allemagne (3-2). C’est lui qui signe le premier but de l’Argentine, une tête impeccable sur un centre de Jorge Burruchaga qui échappe au gardien allemand Harald Schumacher. Ce sera son seul but en 36 matches avec l’Argentine et, comme il le disait souvent, le plus beau moment de sa vie…

Sa finale est aussi restée en mémoire pour son courage. Victime d’une luxation à épaule suite à un choc avec un joueur allemand, Brown doit sortir pour être soigné. Le médecin argentin comprend vite la gravité de la blessure et fait un signe à Bilardo, resté sur le banc, lui indiquant que c’est sérieux. Le geste n’échappe pas à Brown qui dit aussitôt au docteur Madero : « Ne vous avisez pas de me sortir, sinon je vous tue ! ». Pour atténuer la douleur, le joueur fait un trou dans son maillot pour fixer son pouce et dispute le match jusqu’au bout…

Cette heure de gloire lui vaudra un transfert à Brest pour sa seule saison en Europe avant un retour au pays où il finit sa carrière sur une déception, celle de ne pas participer au Mondial 1990. Devenu entraîneur, José Luis Brown s’illustre surtout pour son attachement à sa ville natale, Ranchos, dont le stade porte aujourd’hui son nom.

Victime de la maladie d’Alzheimer, il avait disparu de la scène depuis quelques années. Avant cela, il avait exprimé le vœu d’être enterré à proximité du terrain d’entraînement d’Estudiantes…

Chronologie et chiffres clés