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Publié le • Modifié le

Copa Libertadores: River-Boca, exil à Madrid

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Javier Pinola, le défenseur de River Plate, et Dario Benedetto, l'attaquant de Boca Juniors. Marcos Brindicci/Reuters

L’interminable feuilleton de la finale de la Copa Libertadores connaît un nouvel épisode avec l’annonce par la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) que le match retour entre River Plate et Boca Juniors aura lieu finalement à Madrid, à 10 000 km de Buenos Aires, le dimanche 9 décembre prochain. Une solution qui ne satisfait aucun des deux clubs mais qui suscite un énorme engouement.


L’interminable « finale du siècle », comme l’appelaient les Argentins, devenue le « fiasco du siècle », tourne au serpent de mer dont on a encore du mal à voir la fin. Appliquée cette année pour la dernière fois en Copa Libertadores - équivalent la Ligue des champions européenne ou africaine -, la formule de double finale aller-retour se révèle un piège inextricable dès que ses protagonistes sont les deux grands clubs de Buenos Aires, River Plate et Boca Juniors.

Initialement prévus les mercredi 7 et 28 novembre, les deux matches avaient été déplacés une première fois aux samedi 10 et 24 novembre, à 16 heures (heure locale), par la Conmebol, avec deux arguments très convaincants : d’un côté, l’intérêt de les disputer afin d’offrir une meilleure exposition en Europe, où ils seraient diffusés en prime-time (20 heures) compte-tenu du décalage horaire. Ce changement de dates était également imposé par le calendrier politique, le 28 novembre étant la veille de l’ouverture du sommet du G20 à Buenos Aires, rendant impossible, pour motifs de sécurité, d’y organiser un match de football.

La finale aller a donc eu lieu le 10 novembre. Un match spectaculaire à la Bombonera, devant uniquement des supporters de Boca Juniors, qui s’est achevé sur un score de 2-2 et sans incident. Un résultat qui préservait tout le suspense pour le match retour. Dans la longue attente de deux semaines avant la deuxième finale, les deux équipes ont fait preuve de retenue, invitant leurs supporters à bien se tenir. River Plate, qui espérait faire la différence dans son stade, devant ses supporters, a opté pour une communication minimale, cherchant surtout à travailler dans la sérénité. Boca Juniors, conscient de ne pas avoir tous les atouts en main après un match peu concluant à domicile et inquiet de devoir jouer cette rencontre décisive devant un public hostile, cherchait au contraire à se rassurer auprès des siens. Deux jours avant la finale retour, ses supporters envahissaient même par dizaines de milliers la Bombonera pour assister au dernier entraînement dans une ambiance de match…

Dario Benedetto face à Ignacio Fernandez et Enzo Perez lors de la finale aller de la Copa Libertadores 2018. Marcos Brindicci/Reuters

Le car de Boca attaqué

Mais la tension restait palpable. Les supporters des deux camps tremblaient plus que tout à l’idée d’une défaite, synonyme de honte éternelle. Quant aux autorités, elles redoutaient surtout des incidents en ville le soir après le match, avec le risque d’affrontements entre supporters des deux camps. Personne, en revanche, ne semblait craindre ce qui s’est finalement produit, tant les mesures de sécurité, l’absence de supporters de Boca au stade Monumental de River, et le savoir-faire des forces de sécurité devant ce genre de choc semblaient garantir que la rencontre se déroule sans encombre.

Hélas, samedi 24 novembre, le bus aux couleurs de Boca Juniors a subi une attaque en règle à 700 mètres du stade Monumental. Une mauvaise communication entre la police fédérale et la police municipale a fait que l’autocar arrive à cet endroit délicat avant que les forces de l'ordre puissent éloigner les supporters de River, très nombreux autour du stade à deux heures du coup d’envoi.

Obligé de passer très lentement au milieu d’un groupe très nourri de fans adverses, le véhicule a été pris pour cible par plusieurs individus, qui l’ont bombardé avec des pierres qui ont fait voler plusieurs vitres en éclats. Au milieu de la confusion, la police lançait des gaz lacrymogènes afin de dégager le passage et permettre aux joueurs de Boca d’atteindre l’entrée du stade.

Une fois arrivés aux vestiaires, plusieurs joueurs semblaient souffrir de difficultés pour respirer et présentaient des blessures superficielles. Deux d’entre eux, dont le capitaine Pablo Perez, se plaignaient également d’avoir reçus des éclats de verre dans les yeux et devaient se rendre dans une clinique proche pour recevoir des soins.

Scène de violences dans les rues de Buenos Aires le 24 novembre avant le match reporté entre River Plate et Boca Juniors. Stringer/Reuters

Retardé dans un premier temps d’une heure, puis d’une heure supplémentaire, le match n’a finalement jamais eu lieu. Malgré les pressions des dirigeants de la Conmebol, qui menaçaient Boca de lourdes sanctions s’il n’acceptait pas de jouer, les visiteurs insistaient sur l’impossibilité de jouer dans ces conditions. Et ils ont été soutenus par… leurs adversaires du jour. Aussi bien le président de River, Rodolfo D’Onofrio, que l’entraîneur Marcelo Gallardo, exprimaient leur solidarité avec les joueurs de Boca, refusant eux aussi de se présenter au coup d’envoi, alors qu’ils auraient pu avoir match gagné par forfait. La Conmebol finissait par céder, reportant la rencontre au lendemain au terme d’une négociation et d’un accord signé par les trois parties.

Boca demande la victoire sur tapis vert

Une solution tout aussi inadaptée, les joueurs de Boca persistant dans leur refus de jouer malgré les engagements pris par leur président Daniel Angelici, de plus en plus contesté par les supporters du club. River continuant à soutenir cette demande, le président de la Conmebol, Alejandro Dominguez, jetait l’éponge et convoquait les présidents des deux clubs à Asuncion, siège de l’institution, pour le mardi suivant afin de trouver une date pour cette finale retour.

Entretemps, le président de Boca, malgré ses engagements écrits, cédait à la pression de ses supporters et de ses joueurs et demandait à la commission de discipline de la Conmebol de donner match gagné sur tapis vert à son équipe, refusant ainsi de disputer la deuxième manche de la finale. A l’appui de cette demande, le précédent des huitièmes de finale de Copa Libertadores en 2015 entre les mêmes Boca et River. A l’époque, River, vainqueur du match aller au Monumental (1-0), s’était rendu à la Bombonera dans un climat très tendu. Après une première mi-temps sans but, les joueurs de River étaient attaqués dans le tunnel conduisant des vestiaires au terrain par un fan de Boca qui les aspergeait de gaz moutarde. Le match était interrompu et River désigné vainqueur, pour finalement remporter la compétition quelques semaines plus tard. Un dénouement très mal vécu du côté de Boca…

Devant le revirement du président Angelici, River criait à la trahison et réfutait toute comparaison entre les deux événements. Alors que l’attaque subie par River en 2015 avait eu lieu dans l’enceinte de Boca, les incidents du 24 novembre s’étaient déroulés dans la rue, à plusieurs centaines de mètres du stade. Et surtout, les autorités municipales ont reconnu leurs erreurs en matière de sécurité et leur responsabilité dans les incidents qui ont affecté l’équipe de Boca...

Les autorités argentines reconnaissent des erreurs dans l'encadrement sécuritaire du match reporté entre River Plate et Boca Juniors. Agustin Marcarian/Reuters

River crie à l’absence d’équité

Débouté par la commission de discipline, Boca obtenait tout de même une victoire : la Conmebol décidait que le match ne pouvait plus se dérouler au stade Monumental, ni même en Argentine, et décidait de le faire jouer à… Madrid. Deuxième camouflet pour River, alors que la deuxième finale devait se dérouler uniquement devant des supporters « millionnaires », la rencontre aura finalement lieu devant un public mixte de supporters des deux clubs.

C’est donc au stade Bernabeu, à 10.000 kilomètres du Monumental, que ce match tant attendu aura enfin lieu, un mois après la première manche. River persiste dans sa contestation, avec le soutien remarqué du président argentin Mauricio Macri, ancien président de Boca, qui ne peut pas accepter une délocalisation qui met en lumière l’incapacité de l’Argentine à organiser un tel match. De son côté, Boca menace également de demander au Tribunal arbitral du sport de lui donner match gagné en cas de défaite sur le terrain ce dimanche…

Rodolfo D'Onofrio, le président du club de River Plate, estime que son équipe est pénalisée par la délocalisation du match à Madrid. Marcos Brindicci/Reuters

Loin de ces querelles juridiques, les deux clubs se préparent pour ce long exil, et leurs supporters aussi. Les demandes de billets affluent du monde entier, le prix des vols entre Buenos Aires et Madrid s’envolent et les deux clubs auront du mal à satisfaire tout le monde avec leurs quotas de 25.000 places chacun. Les 7.000 billets réservés aux socios du Real Madrid sont partis en quelques minutes et l’engouement dépasse même celui du dernier Clasico entre le Real Madrid et le Barça. Quant aux mesures de sécurité, elles seront également supérieures à celle des gros matches à Madrid.

Le tout sous les yeux de dirigeants très attentifs. Cette finale sud-américaine qui se tiendra en Europe préfigure en effet le rêve de nombreux grands manitous, qui espèrent un jour organiser une finale de la Ligue des champions à New York ou, comme Javier Tebas, le président de la Ligue espagnole, un match de Liga à Miami… Le vainqueur de cette deuxième finale devrait se rendre aussitôt aux Emirats arabes unis, où l’attendra une rencontre de demi-finales de Coupe du monde des clubs face peut-être à l’Espérance de Tunis avant, en cas de victoire, une finale probable contre… le Real Madrid. Quant au perdant, il tentera de sauver son honneur… devant le TAS.

Et qu’en sera-t-il du prochain Superclasico entre les deux clubs, en championnat par exemple ? Les blessures laissées par ce long feuilleton prendront peut-être des années à cicatriser. L’avenir du duel le plus chaud du monde semble définitivement un monument en péril.

Chronologie et chiffres clés