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Sports Tennis France

Publié le • Modifié le

Le tennis masculin français dans le creux de la vague

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Jo-Wilfried Tsonga lors de l'Open d'Australie 2018. William West/AFP

Alors que le Masters 1000 de Paris-Bercy s’ouvre le 29 octobre, le tennis masculin français fait bien grise mine. Aucun joueur dans le Top 20, aucun joueur en quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem cette année, des leaders vieillissants et décevants, des perspectives pessimistes : le tennis tricolore est bel et bien en crise, de l’aveu même des instances.


Il y a dix ans que le tournoi de Paris-Bercy, aussi appelé Rolex Paris Masters, n’a plus été gagné par un Français. En 2008, Jo-Wilfried Tsonga, 23 ans à l’époque, terminait sa belle année en triomphant de l’Argentin David Nalbandian. Il s’agissait de son premier titre majeur. C’était le temps des espoirs et des promesses d’avenir radieux. Le temps où le tennis français attendait beaucoup de ses fameux « Mousquetaires » Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet, Gaël Monfils et Gilles Simon. Dix ans après, le constat est cruel : ces espoirs se sont bien effrités. Et pour le tournoi de Paris-Bercy 2018, le tableau français ne promet pas grand-chose.

Le Français Jo-Wilfried Tsonga remportant le tournoi de Paris-Bercy en 2008 face à l'Argentin David Nalbandian. Franck Fife/AFP

2018, l’annus horribilis

A la fin du mois de novembre, la France visera une seconde Coupe Davis consécutive. Ça, c’est pour le verre à moitié plein. Car en dehors de cette compétition, le tennis masculin français va mal. Cette année 2018 est même terrible de médiocrité. Aucun Tricolore n’a atteint les quarts de finale d’un des quatre tournois du Grand Chelem (Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et US Open) : pareille contre-performance était inédite depuis 1980. Il n’y avait même aucun Français en deuxième semaine, ce qui n’était plus arrivé depuis 18 ans. Et au classement ATP ? Pas de trace d’un représentant français dans le Top 20 avant Bercy. Le premier, Lucas Pouille, n’est qu’au 23e rang.

Jo-Wilfried Tsonga, encore meurtri par les blessures, a même été éjecté du Top 100, une première depuis juillet 2007. Absent des courts depuis février, le tennisman a été opéré du genou gauche et a fait son retour mi-septembre. Fin octobre, le Français pointe au 113e rang mondial. En début d’année, il était encore dans le Top 15…  A Bercy, le revenant affrontera au premier tour le solide serveur canadien Milos Raonic. S’il passe, Jo-Wilfried Tsonga se retrouvera face au « Maître », l’inoxydable suisse Roger Federer… Autant dire que le Français ne s’attend pas à faire des miracles.

« Mon ambition, c'est surtout d'être sur le terrain, de rejouer, de prendre du plaisir, de m'éclater sur le court. Tout en sachant que je suis encore en train de prendre mes marques et que je suis à peu près certain de ne pas jouer mon meilleur tennis », a-t-il annoncé, ajoutant : « J'ai envie de bien faire, mais en étant lucide, c'est compliqué quand on a pas beaucoup de matches dans les jambes, qu'on n'a pas joué pendant plus de sept mois. Le tennis ne s'envole pas, mais les aptitudes physiques, je dois encore les faire progresser, pour tenir un match, trois sets, éventuellement cinq. »

Le Top 100 a masqué les faiblesses d’un tennis français toujours ncapable de gagner en Grand Chelem

La chute de Tsonga est symptomatique de l’échec du tennis français. Si, plus jeune, le plus prometteur était Richard Gasquet, le statut de leader tricolore a vite été endossé par le Manceau. Dans un tennis mondial écrasé depuis 2005 par le « Big Four », surnom donné au quatuor composé de Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic et Andy Murray, Jo-Wilfried Tsonga était l’un des rares à pouvoir bousculer par moment la hiérarchie et espérer récupérer quelques miettes. Mais jamais les tournois du Grand Chelem se sont toujours refusés à lui. Il y eut bien une finale en Australie, deux demies à Paris, deux autres à Londres, mais point de sacre. Marat Safin, Juan Martin Del Potro, Stan Wawrinka (à trois reprises) et Marin Cilic ont réussi à gagner les quelques fois où le Big Four a lâché prise ; les Français, non. Yannick Noah, titré à Roland-Garros en 1983, attend toujours son successeur.

Richard Gasquet lors du tounoir de Tokyo 2018. Kim Kyung-Hoon/Reuters

Longtemps, la France s’est félicitée de son contingent important de joueurs présents dans le Top 100 mondial. Un « dogme » avec lequel « on doit rompre », martelé Arnaud Di Pasquale, Directeur technique national (DTN) du tennis français entre 2013 et 2017. Pour lui, le Top 100 ne doit être qu’« une étape », a-t-il expliqué d’une chronique sur Eurosport. « Ce n’est pas parce qu’on forme 10, 15 ou même 20 joueurs Top 20 qu’on a une victoire en Grand Chelem. La preuve », a-t-il ajouté. Rafael Nadal, 17 titres du Grand Chelem au compteur dont 11 sur la terre battue de Paris, a aussi dressé ce constat. « La France a probablement le plus grand nombre de joueurs dans le Top 100 mondial. Cela veut dire que vous faites du bon travail de ce point de vue-là. Il faut peut-être un peu plus pour remporter un Grand Chelem. (…) C’est très compliqué de forger de grands champions », a analysé l’Espagnol, qui sait de quoi il parle. Lui-même est l’arbre qui cache la forêt de la baisse de niveau du tennis espagnol, orphelins de ses illustres Carlos Moya, Juan Carlos Ferrero, Alex Corretja ou encore David Ferrer.

Le DTN veut repérer les jeunes talents plus tôt et mieux les former

Pierre Cherret, l’actuel DTN, ne se voile pas la face : le tennis français n’est clairement pas au mieux. « C’est une réalité. Cela doit nous amener à une remise en cause », a-t-il lâché à l’AFP. Le dirigeant estime que la situation actuelle « doit nous poser la question de notre système de formation, de ce qu’il a été et ce qu’il doit être pour être performant ». La présence régulière de Français dans le Top 20 du classement ATP jusqu’à récemment a sans doute masquer certains manques : « On s’est peut-être un peu endormis en disant que ça allait continuer à s’alimenter… »

Des changements sont nécessaires. « On repère nos jeunes trop tard », pointe Pierre Cherret, qui développe sa réflexion : « Aujourd’hui, le tennis commence à 3 ans. Si on détecte les enfants à 6 ans et qu’on commence à les entraîner à 8 ans, c’est trop tard. Les Américains, les Asiatiques, les Tchèques, les Ukrainiens, les Italiens… Ils commencent beaucoup plus tôt. On a pris deux ans de retard. Ils doivent être aussi mieux entraînés, avec plus d’intensité. (…) La précocité, même si cela dérange en France, c’est un incontournable pour arriver à haut niveau dans ce sport. » Le DTN enfonce le clou : « Il ne faut pas avoir peur de remettre en cause notre système de formation. »

Cette refonte de la formation française ne se fera pas du jour au lendemain. C’est un travail qui va prendre du temps pour que ses effets se fassent sentir au plus haut niveau. Alors que les « Mousquetaires » Tsonga, Gasquet, Monfils et Simon ont tous passé les 32 ans et se rapprochent doucement de la fin de leur carrière, la relève est pour l’instant surtout incarnée par Lucas Pouille, qui a eu du mal, ces deux dernières années, à confirmer les espoirs placés en lui. Il va falloir certainement attendre encore pour que le tennis masculin français retrouve des couleurs. Pierre Cherret mise sur les juniors : « On a déjà commencé à enclencher la dynamique. Elle n’est pas suffisante bien sûr. Mais on a une densité progressivement qui arrive. Maintenant, on veut plus, et on veut gagner des Grand Chelem juniors. » Pour des résultats chez les pros, rendez-vous dans quelques années…

Le français Lucas Pouille remporte son match contre l'Espagnol Roberto Bautista Augut, le 14 septembre 2018, à Lille en France. REUTERS/Benoit Tessier

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