rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti

Coupe du monde 2018 Portraits Coupe du monde 2018

Publié le • Modifié le

Mondial 2018: Luka Modric, le perdant flamboyant

media
Luka Modric, le capitaine croate, après la défaite en finale de Coupe du monde face à la France, le 15 juillet 2018 à Moscou. REUTERS/Christian Hartmann

Au sein de la sélection croate battue par la France, dimanche, en finale de Coupe du monde, un homme est au-dessus du lot : le capitaine et meneur de jeu Luka Modric, élu meilleur homme du Mondial. Après cet échec, cet homme, considéré comme un « dieu » du football dans son pays, devrait renoncer définitivement au Ballon d’or. A peine une péripétie pour ce joueur modeste et altruiste.


Connaissez-vous le footballeur brésilien Modrinho ? Non, et pour cause, il n’existe pas ! Mais eût-il existé et possédé les qualités de Luka Modric,  il eût conquis quelques Ballons d’or…

Car enfin, qui peut nier que le Croate, qui a perdu dimanche face à la France la finale de la Coupe du monde de football, est l’un des tout meilleurs footballeurs du monde ? Et, qui plus est, il détient un palmarès on ne peut plus enviable... Jugez plutôt : trois titres de champion de Croatie lors des trois saisons complètes jouées sous les couleurs du Dinamo Zagreb, puis un titre de champion d’Espagne, quatre Ligues des champions et trois Coupes du monde des clubs avec le Real Madrid, où il évolue depuis 2012.

A bientôt 33 ans, le natif de Zadar est au sommet de son art. Un art à l’ancienne sur une planète football obsédée par le gabarit des joueurs, un art ciselé, fait de nuances, de subtilités, de changements de rythme et de déviations. Avec son 1,72 mètre et sa silhouette fluette, Modric est « un génie du football », selon Miroslav Blazevic, sélectionneur de la Croatie, troisième du Mondial 1998.

Pourquoi un génie aussi titré, évoluant dans le plus grand club de l’histoire du football n’a-t-il terminé qu’à une anonyme cinquième place au classement 2017 du Ballon d’or, récoltant dix fois moins de votes que son coéquipier au Real Cristiano Ronaldo ?

Le Croate Luka Modric a été élu meilleur joueur de la Coupe du monde 2018. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Don de soi et humilité

La réponse est à chercher dans quelques-unes des nombreuses qualités du Croate : la discrétion, le don de soi et l’humilité. « Il donne tout, explique Miroslav Blazevic. Il fait briller chacun de ses partenaires. Grâce à son intelligence d'instinct, il ne vous donnera jamais le ballon s'il sent que cela vous met en situation de le perdre. Non, il le garde, pour trouver l'espace pour son partenaire, et alors lui donner le ballon. » Pour Mario Stanic, ancien attaquant vedette de la sélection au damier en 1998, Modric « est l'humilité traduite en football, [car il est] le meilleur, le plus grand, [et] joue en considérant que sa personne est ce qu'il y a de moins important ». L’anti-Ronaldo en quelque sorte…

Mais que l’on ne s’y trompe pas. Pour modeste et altruiste qu’il soit, Luka Modric n’est pas moins un combattant farouche, animé d’une détermination à toute épreuve. Une détermination forgée dans des circonstances dramatiques, durant la guerre en Yougoslavie au milieu des années 1990. Car c’est sous les bombes que le jeune Modric s’entraînait parfois à Zadar. Ceux qui le fréquentent affirment qu’il ne connaît pas la peur. « Il est mentalement très fort », précise Josip Bajlo, l’entraîneur des débuts au NK Zadar.

Durant le tournoi russe, Modric a prouvé sa force de caractère. Face au Danemark, en huitième de finale, il manque un penalty qui aurait envoyé son équipe au tour suivant à trois petites minutes du coup de sifflet final de la prolongation. Il s’ensuit une séance de tirs au but forcément décisive et oppressante. Et qui se présente pour frapper la troisième tentative croate ? Modric en personne, qui marque !

« Luka ne joue pas au football, il le prêche ! Il ne faut pas commenter son jeu. Il faut juste le regarder et admirer. Pour ceux qui savent, cela ne sert à rien de commenter. Pour les autres, on ne peut pas les aider », conclut Mario Stanic.

Luka Modric réconforté par Kolinda Grabar Kitarovic, la présidente de la Croatie, à l'issue de la finale perdue contre la France. Reuters

Après cet échec en finale de Coupe du monde, les votants du prochain Ballon d’or, qui ont regardé et admiré, auront-ils compris quelque chose au jeu de Modric ? L’intéressé, modeste parmi les « Flamboyants », surnom de l'équipe croate, ne devrait pas prendre ombrage de l’élection d’un autre. Qu’est-ce qu’un Ballon d’or pour un joueur que ses quelque quatre millions de compatriotes considèrent déjà comme un dieu du football ?