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Publié le • Modifié le

beIN Sports: l’empire médiatique du Qatar dans la tourmente

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Le PDG de beIN MEDIA GROUP, Nasser Al Khelaïfi. REUTERS/Jacky Naegelen/File Photo

La justice suisse a ouvert une procédure pénale contre le Président directeur général de l’empire médiatique qatari beIN, Nasser Al Khelaïfi, concernant l’octroi des droits de diffusion des Coupes du monde de football 2026 et 2030. Ce dossier jette une ombre supplémentaire sur un groupe ambitieux mais déficitaire, qui doit faire face à une concurrence féroce sur la scène française et internationale.


Tout n’est pas rose pour l’empire médiatique qatari beIN, cinq ans après la création de la chaîne en France et quatre ans après la création de sa maison-mère beIN MEDIA GROUP, qui a repris les activités du groupe Al Jazeera Sport.

Le groupe audiovisuel, qui rassemblement désormais 60 chaînes, est certes présent sur les cinq continents et 43 pays. Et beIN y diffuse un éventail de programmes très large et attractif. Toutefois, malgré sa quarantaine de millions d’abonnés, le réseau doit faire face à diverses difficultés.

Des procédures judiciaires

Sur le terrain juridique, beIN MEDIA GROUP est cité dans différents dossiers. En Suisse, la justice vient d’ouvrir une procédure pénale notamment contre son PDG, Nasser Al Khelaïfi, qui est aussi le patron du club de football Paris Saint-Germain. Le Ministère Public de la Confédération (MPC) le soupçonne en effet d’avoir fait verser des avantages « indus » à l’ancien chef de l’administration de la FIFA, le Français Jérôme Valcke – suspendu dix ans de toutes activités liées au ballon rond – dans le cadre de l’octroi des droits médias sur les Coupes du monde de football 2026 et 2030.

Une perquisition a ainsi été menée au siège parisien de beIN par le parquet national financier (PNF) français, à la demande du MPC, le 12 octobre 2017. Les accusations ont dans la foulée été démenties par l’ex-Secrétaire général de la Fédération internationale de football ainsi que par l’entreprise qatarie, via un communiqué : « beIN MEDIA GROUP réfute toutes les accusations portées par le MPC. Le groupe collaborera pleinement avec les autorités et attend sereinement les suites de l’enquête. »

En Egypte, beIN MEDIA GROUP est également dans le viseur de l’autorité de la concurrence locale (ECA). L’ECA accuse ainsi le réseau qatari d’abus de position dominante. D’autres y voient une contre-attaque orchestrée par l’agence marketing égyptienne, Presentation Sports, détenue par l'homme d'affaires Ahmed Abou Hashima.

Une concurrence féroce

De fait, la concurrence dans le domaine des droits de retransmission est de plus en plus féroce. En France, le successeur d’Al Jazeera Sport doit ainsi composer avec la montée en puissance du groupe SFR Sports, - propriété du groupe multinational Altice -, qui diffusera notamment la prestigieuse Ligue des champions européenne de football, à partir de 2018.

Sans parler de l’appétit grandissant des géants du numérique (Apple, Google, Facebook, etc.) pour la retransmission des événements sportifs, l’un des rares produits audiovisuels qui permettent encore de fidéliser une clientèle.

Mais c’est surtout dans certains pays arabes que le succès de beIN agace le plus. Des Egyptiens et des Saoudiens souhaitent ainsi lancer un bouquet gratuit nommé « PBS Sports » pour « mettre fin au monopole » du Qatar sur la diffusion d’événements sportifs en Afrique du Nord et au Moyen Orient.

Un conflit géopolitique en toile de fond

La naissance de PBS Sports a été annoncée alors que la diffusion de beIN Sports venait d’être notamment interrompue aux Emirats arabes unis (EAU). Les EAU font partie d’une coalition diplomatique composée d’une dizaine de pays arabe et/ou musulman qui a instauré un blocus contre le Qatar, en juin 2017.

Conçu comme un outil diplomatique d’influence (ce qu'on appelle du « soft power »), beIN Sports va-t-il souffrir de cette contre-attaque politique ? Le groupe dirigé par Nasser Al Khelaïfi a en tout cas d’autres problèmes. Selon diverses enquêtes de presse, l’empire médiatique en question aurait cumulé des centaines de millions d’euros de déficit ces dernières années. Des déficits qui seraient régulièrement épongés par l’Emirat du Qatar.

Chronologie et chiffres clés