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Publié le • Modifié le

France: le verger tout rond de Gotheron

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Le verger de Gotheron, vu de la colline. RFI/Agnès Rougier

Aujourd'hui, pour préserver notre santé et celle de la terre, nous souhaitons manger de préférence des fruits cultivés en bio et sans pesticides. D'autre part, les jeunes arboriculteurs qui veulent s'installer cherchent des solutions pour répondre à cette demande et produire des fruits de manière durable, tout en préservant leur propre santé. À l'Inra, des agronomes ont conçu, avec des arboriculteurs de la Drôme, un verger pilote sans aucun pesticide.


Il a été planté il y a deux ans et vu de la colline voisine, le verger de Gotheron, à 10 km de Valence, dans la Drôme (sud-est), pourrait ressembler à un labyrinthe composé de fruitiers: les arbres forment des cercles concentriques partant d’une mare centrale. En réalité, ces cercles sont des spirales imbriquées de façon à faciliter le travail au moment de la récolte.

Le premier cercle vers l’extérieur constitue une barrière anti-vent de châtaigniers et d’amandiers, puis suivent des cercles de pommiers, abricotiers, pêchers, pruniers, en alternance avec des bandes de luzerne ; la luzerne assure la fertilité du sol en apportant de l’azote et une fois fauchée, est compostée à des fins d’engrais.

Mais pour assurer la bonne santé des arbres, il faut les protéger contre les agressions, car, des petits mammifères aux bactéries, en passant par les insectes, nombreux sont ceux qui veulent goûter les plantes et les fruits.

Compliquer la vie aux agresseurs

Si l’on veut éliminer intégralement les pesticides, tout doit être fait pour compliquer la vie des agresseurs, et en premier lieu, le choix de la forme circulaire, car c’est celle qui offre le minimum de contact entre le verger et l’extérieur.

Ensuite, chaque ravageur, que ce soit un insecte ou un mammifère, doit avoir son prédateur dans le verger et pour cela, il faut entretenir une riche biodiversité. Dans ce but, une barrière fruitière constituée de figuiers, framboisiers, arbousiers, kakis, nèfles et grenades, s’intercale entre les cercles de pommes, pêches, abricots et prunes. L’organisation peut sembler complexe, mais tout est bien réfléchi. Pour Sylvaine Simon, agronome Inra : « On voulait compliquer la vie des bio agresseurs sans trop se la compliquer ».

À écouter et lire aussi : Agriculture: le biocontrôle ou lutter contre les insectes sans pesticides

Pour lutter contre les campagnols qui grignotent les racines, un tas de pierres accueille des reptiles – en ce moment une couleuvre verte et jaune –, des perchoirs à rapaces et des nichoirs à chauves-souris ont été installés de part et d’autre du verger. Mais en attendant que celles-ci prennent l’habitude de s’y reposer la journée, Dominique Riotord, technicien Inra, a posé des pièges mécaniques dans les galeries des campagnols.

Les leviers du verger

Pour construire un verger biologique, sans pesticides et sur le long terme, les agronomes de l’INRA s’appuient sur plusieurs leviers.

D’abord, le matériel végétal : il faut des variétés d’arbres peu sensibles aux agressions.

Ensuite, pour créer un effet de « dilution », les espèces de plantes présentes sur la parcelle sont variées, afin de perdre le ravageur qui aura du mal à trouver son arbre de prédilection.

L’effet « plante piège », dans le but d’attirer un insecte qui y restera, fonctionne aussi, en complément de la barrière végétale, qui, au contraire, repousse l’insecte.

Enfin, la lutte biologique par conservation est très importante : il s’agit d’attirer et de conserver les auxiliaires qui sont des prédateurs (chauves-souris, serpents, lézards, oiseaux, insectes) sur place, en leur offrant des abris ou des fleurs.

→ À (ré)écouter : Le verger circulaire de Gotheron

Les arboriculteurs du futur

Construire ce verger sans pesticides sur le long terme nécessite donc un pilotage subtil, car il ne faut pas dérégler l’équilibre entre les proies et les prédateurs ni entre les plantes complémentaires.

Mais deux ans après sa plantation, le verger de Gotheron répond bien aux attentes des chercheurs et des arboriculteurs.

Régulièrement, Blandine Rosies, de l’Inra, organise des « cafés agro » pour faire le point avec les agriculteurs et les autres partenaires (la Région, notamment), faire avancer la réflexion, trouver des idées d’amélioration et entendre leur demande.

Pour Sylvaine Simon « l’idée, c’est de répondre aux besoins des prochains agriculteurs en rupture avec l’agriculture conventionnelle, d’explorer les possibilités et voir ce qui se passe : comment piloter au mieux ce système pour que ça devienne une réalité dont les agriculteurs puissent vivre ».

On goûtera les premiers fruits au printemps prochain.

Les nichoirs dans le verger. RFI/Agnès Rougier

À lire aussi : France: un maire jugé en Bretagne pour un arrêté anti-pesticide

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