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Publié le • Modifié le

Tatouages: les nanoparticules de l’encre sous les projecteurs de la recherche

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Lors du tatouage, l’aiguille qui injecte l’encre traverse l’épiderme jusqu’à la 2e couche de la peau, le derme, pour fixer le dessin. Christophe Carmarans / RFI

Le tatouage, décoratif ou rituel, est très répandu dans toutes les sociétés humaines, pourtant, les encres utilisées et leur impact sur l’organisme ont jusqu’à présent peu été étudiées. Une étude publiée dans Scientific Reports par une équipe de chercheurs allemands, associée au Synchrotron européen de Grenoble, démontre que les nanoparticules contenues dans les encres voyagent dans l’organisme et s’y installent durablement.


L’encre de tatouage est composée de pigments organiques – qui existent ou non en l’état dans la nature – différents suivant les couleurs. Par exemple, le noir de carbone – organique – pour le noir, ou le dioxyde de titane – non organique – pour le blanc. Ces pigments sont également associés à des additifs toxiques comme le brome, l’aluminium, le chrome ou le cobalt.

Ces éléments sont composés de particules de différentes tailles, de la microparticule d’un millionième de mètre à la nanoparticule, 1000 fois plus petite.

L’aiguille en action

Lors du tatouage, l’aiguille qui injecte l’encre traverse l’épiderme jusqu’à la 2e couche de la peau, le derme, pour fixer le dessin. Les composants de l’encre peuvent alors se diffuser directement dans le corps par la circulation sanguine, mais aussi, de manière indirecte, via le système immunitaire qui protège l’organisme. Celui-ci réagit à l’agression de l’encre et envoie des cellules capturer l’agresseur – la particule – qui est alors transporté jusqu’aux ganglions lymphatiques. Les ganglions lymphatiques, au nombre de 800, répartis dans l’organisme, conserveront ces particules.

Les particules à la lumière de la science

Jusqu’à présent, on avait déjà constaté que les tatouages blancs, notamment, dont l’encre contient du dioxyde de titane, provoquent des irritations plus souvent que les autres. On sait aussi que les plus grosses particules qui composent les encres se diffusent au-delà de la peau. Mais les scientifiques se sont à présent penchés sur les nanoparticules, jusqu’ici ignorées. Ils ont comparé la composition des ganglions lymphatiques des personnes tatouées décédées aux pigments présents dans leurs tatouages.

Pour cela, ils ont utilisé des rayons X ultrapuissants et un accélérateur de particules, le synchrotron européen, situé à Grenoble en France.

Des résultats colorés

L’étude montre que les nanoparticules de plusieurs éléments, plus ou moins toxiques, sont présentes dans les ganglions lymphatiques. Les chercheurs y ont notamment retrouvé les pigments organiques vert et bleu, mais aussi du titane, issu du dioxyde de titane.

Le dioxyde de titane est fréquemment utilisé comme agent blanchissant, notamment dans les chewing-gums et les crèmes solaires, or il a été démontré récemment que les nanoparticules de dioxyde de titane, toxiques, classées « potentiellement cancérigène pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer, traversent les parois des cellules.

Des effets à long terme inconnus

Le problème est que si l’on ne connaît pas encore tous les effets à long terme des nanoparticules sur l’organisme, la toxicité de certaines d’entre elles ne fait aucun doute. Pour les chercheurs, la prochaine étape sera donc de faire le lien entre les effets indésirables et les propriétés chimiques des encres.