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Publié le • Modifié le

Un crâne de primate prouve que l’espèce humaine vient d’Afrique

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Le crâne nettoyé du jeune primate Nyanzapithecus alesi. Une découverte majeure pour la connaissance de nos origines. FRED SPOOR / THE LEAKEY FOUNDATION / AFP

La revue scientifique américaine Nature vient de faire une découverte fondamentale, celle d’une nouvelle espèce de primate, le Nyanzapithecus Alesi, qui pourrait être l’ancêtre de l’espèce humaine. Elle a vécu il y a 13 millions d’années, près du lac Turkuna au Kenya. Et apporte une nouvelle preuve que le berceau de l’humanité se trouve en Afrique.


Par Antoine Rolland

Un nom imprononçable qui illustre le grand espoir que mettent les scientifiques dans cette découverte. Nyanzapithecus Alesi, comme Ales, qui veut dire « ancêtre » en turkana, la langue parlée dans la région de Napudet où a été découvert le crâne du primate en 2014, au nord du Kenya.

Cette nouvelle espèce pourrait être l’ancêtre commun entre les hommes et les chimpanzés, avant que leur ADN ne diverge. « Il y a des indices concordants », se réjouit Yves Coppens, le chercheur à l’origine de la découverte de l’australopithèque Lucy dans les années 70. Son origine, l’Afrique. Son âge, environ 13 millions d’années. Et puis sa bouille, toute plate. »

Ainsi le Nyanzapithecus Alesi « ressemblait à un gibbon sur certains aspects mais pas sur d'autres », selon Isaiah Nengo, premier auteur de l'étude parue mercredi dans Nature et chercheur de l'Institut du Bassin du Turkana et de l'Université de Stony Brook (Etats-Unis). « Sa découverte montre que ce groupe était proche de l'origine des grands singes actuels et des humains et que cette origine se trouvait en Afrique », ajoute le chercheur.

Combler un manque

L'espèce humaine, qui fait partie de la famille des hominoïdes, également appelés grands singes, est le descendant d’une espèce de primate qui vivait en Afrique pendant le Miocène (entre 23 et 5 millions d’années avant J.-C). C’est pour cette raison que son génome ne diffère que de 2% de celui des chimpanzés.

« Suite à un changement climatique, certains membres de cette espèce se sont retrouvé dans un environnement composé d'arbres : ils sont devenus des chimpanzés, explique Yves Coppens. D'autres sont allés dans des plaines plus clairsemées, il a fallu se mettre debout. L'homme est arrivé. »

Ce que les paléontologues cherchent à savoir maintenant, c’est le profil de ce dernier ancêtre commun, et la date de sa disparition. Il pourrait s’agir d’Alesi, selon Paul Tafforeau, paléoanthropologue à l'ESRF, le synchrotron européen de Grenoble, dans le sud de la France, où le fossile a été scanné en trois dimensions.

Ce qui confirmerait que l’être humain est né en Afrique. « Ce qui fait tout l'intérêt de ce spécimen, c'est qu'on est à une période charnière de la diversification des grands singes, juste avant la colonisation de l'Europe et l'Asie par certaines espèces à partir de l'Afrique », relève Paul Tafforeau.

« On se doutait que l'origine du groupe était en Afrique mais ce fossile permet de montrer que l'évolution principale du groupe est bien restée sur ce continent », poursuit ce chercheur, co-auteur de l'étude.

Un crâne quasi intact

L’autre raison pour laquelle la découverte est exceptionnelle, c’est son parfait état. Les paléontologues disposent d'un crâne entier, extrêmement bien conservé. Il s'agit du fossile de grand singe le plus complet pour le Miocène, découvert à ce jour. Légèrement déformé, il ne lui manque que ses dents de lait qui ont été cassées.

D'habitude les chercheurs doivent se contenter au mieux de dents ou de bouts isolés de crâne. « Je n'aurais jamais pensé que cela se produirait de mon vivant », écrit Brenda Benefit, de l'Université du Nouveau Mexique (Etats-Unis), dans un commentaire publié dans Nature.

« Sa séquence dentaire est la même que celle des gibbons actuels », note Paul Tafforeau. Mais son oreille interne est très différente de celle de ces derniers, très agiles pour se déplacer dans les arbres. L'oreille interne d'Alesi ressemble davantage à celle d'un chimpanzé. Désormais, les scientifiques de Grenoble vont étudier sa vision.

La quête humaine de nos origines

Pour Yves Coppens, ce type de découvertes est essentielle. « Tout le monde cherche son origine, s’enthousiasme le chercheur. Parlez à un immigré, au bout d’un quart d’heure, il vous racontera son pays natal. »

Connaitre nos origines pour maitriser la grande Histoire du temps. Mais aussi d’anticiper l’avenir : « nous savons désormais que c’est par un changement climatique que nous sommes apparus. En avoir conscience peut être essentiel pour la maîtrise de notre destinée. »

Chronologie et chiffres clés