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Faune Biodiversité

Publié le • Modifié le

Espèces animales: la 6e extinction gagne du terrain

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Le lion a quasiment disparu en Afrique subsaharienne et en Inde. REUTERS/Goran Tomasevic/File Photo

Depuis plusieurs années, l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’UICN, annonçait la disparition de deux espèces animales par an, mais ce chiffre ne rend pas compte de la réalité. L’étude des laboratoires associés de l’université nationale autonome de Mexico et de l’université de Stanford aux Etats-Unis, publiée le 10 juillet dans les annales de l’Académie américaine des sciences, démontre que la 6e extinction de masse (la 6e disparition massive des espèces vivantes qu’a connue la Terre) concerne aujourd’hui un tiers des vertébrés.


La nouveauté de l’étude, menée par Gerardo Ceballos, Paul Erlich et Rodolpho Dirzo, réside dans le fait que la disparition totale d’une espèce vivante n’est pas l’unique signe de sa perte : la disparition d’une population sur un territoire donné signe le déclin qui mène à l’extinction.

Les scientifiques ont examiné l’évolution des populations de 27 600 espèces dont ils avaient déjà des données sur leurs aires de répartition depuis 1900. Il s’agit de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens terrestres des cinq continents. Ils ont pu ainsi étudier l’évolution des populations animales entre 1900 et 2015, sur la base du rapport de l’UICN de 2016.

Des résultats alarmants

Jusqu’à présent, on considérait que 200 espèces avaient disparu au cours des 100 dernières années, mais d’une part, la réalité est bien plus élevée, avec une accélération pendant les deux dernières décennies, et d’autre part, l’étude des fossiles montre que dans l’histoire de la Terre, la disparition de 200 espèces a pris 10 000 ans au lieu des 100 dont nous parlons ici.

Les vertébrés connus sont particulièrement touchés : 32% d’entre eux diminuent, tant en termes de nombre que d’aires de répartition.

Sur les 177 espèces de mammifères étudiées, toutes ont perdu au moins 30% de l’espace qu’elles occupaient précédemment et plus de 40% des espèces subissent un déclin sérieux du nombre d’individus.

La géographie de la disparition

Si les espèces de vertébrés sont en diminution sur toute la planète, l’Amérique est moins touchée que les autres continents. La diminution la plus notable est concentrée dans les régions tropicales, là où les mammifères sont les plus nombreux.

Le lion, qui occupait historiquement l’intégralité du continent africain, le sud de l’Europe, le Moyen-Orient et le nord de l’Inde a quasiment disparu en Afrique subsaharienne et en Inde. La population de girafes qui s’élevait environ à 115 000 individus en 1985 en compte aujourd’hui 97 000.

En 2016, il restait seulement 7 000 guépards et moins de 5 000 orangs-outangs sur les îles de Bornéo et Sumatra.

Mais au-delà des espèces emblématiques, des dizaines de populations de petits animaux disparaissent.

Enrayer l’extinction d’espèces pour sauver l’humanité

On constate que les espèces qui semblaient en bonne santé il y a 10 ou 20 ans sont maintenant en danger. Les causes en sont la perte d’habitat (déforestation, assèchement des zones humides…), la surexploitation, la pollution, le réchauffement du climat, et l’homme en est responsable.

Mais l’extinction d’espèces pourrait accélérer dans l’avenir. En effet, un écosystème - l’ensemble des organismes vivants, dont l’homme, qui peuplent un territoire donné - ne peut vivre que si chaque organisme continue à y jouer son rôle.

La disparition d’un maillon peut donc entraîner la disparition des autres et les chercheurs prédisent de graves conséquences sur l’humanité si rien n’est fait pour enrayer cette extinction dans les 20 à 30 ans à venir : les espèces n’auront plus assez de ressources, notamment pour migrer, en réponse au réchauffement planétaire, et les écosystèmes ne pourront plus rendre les services qu’ils nous ont rendus jusqu’à présent, par exemple en termes de nourriture (chasse) ou de pharmacopée (cueillette des plantes).

Pour les auteurs, qui ont intitulé leur article : « La perte et le déclin des populations de vertébrés qui marquent la 6e extinction de masse conduisent à l’annihilation biologique  », il y a donc urgence.

Publication de l’étude : Biological annihilation via the ongoing sixth mass extinction signaled by vertebrate population losses and declines