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Territoires Palestiniens Gaza Israël ONU Benyamin Netanyahu Egypte

Publié le • Modifié le

La bande de Gaza est-elle à nouveau au bord de la guerre?

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Le samedi 14 juillet a été marqué par la plus importante confrontation entre l’armée israélienne et les groupes armés palestiniens depuis la fin du dernier conflit en août 2014. REUTERS/Suhaib Salem

Samedi dernier, la confrontation entre groupes armés palestiniens de la bande de Gaza et armée israélienne a été la plus importante depuis la fin du dernier conflit ayant opposé les deux parties en août 2014. L’armée israélienne dit avoir bombardé 40 cibles dans la bande de Gaza et compté près de 200 roquettes et obus de mortier tirés vers le territoire israélien depuis l’enclave palestinienne. Depuis samedi, un calme précaire est revenu autour de l’enclave palestinienne mais la tension reste très vive.


De notre correspondant à Jérusalem,

« Hier, nous étions au bord de la guerre. » Les mots sont ceux de l’émissaire des Nations unies pour le processus de paix au Proche-Orient, dimanche dernier, lors d’une visite à Gaza.

La veille avait été marquée par la plus importante confrontation entre l’armée israélienne et les groupes armés palestiniens depuis la fin du dernier conflit en août 2014. « Il a fallu les efforts de chacun pour faire en sorte que nous nous éloignions de cette confrontation. Une confrontation que personne ne veut, dont personne n’a besoin et une confrontation dont tout le monde sortira perdant », a poursuivi le diplomate.

« Coup sévère »

Entre la nuit de vendredi à samedi et la suivante, ce sont près de 200 roquettes et obus de mortier qui ont été tirés depuis la bande de Gaza, selon l’armée israélienne qui, elle, a bombardé 40 cibles dans l’enclave palestinienne : une intensité de frappes qui a permis, selon Benyamin Netanyahu, de « porter le coup le plus sévère au Hamas depuis la fin de l’opération Bordure protectrice », la guerre de 2014.

Entre la nuit de vendredi à samedi et la suivante, ce sont près de 200 roquettes et obus de mortier qui ont été tirés depuis la bande de Gaza selon l’armée israélienne qui, elle, a bombardé 40 cibles dans l’enclave palestinienne. REUTERS/Suhaib Salem

« J’espère qu’ils ont compris le message. Si ce n’est pas le cas, ils le comprendront plus tard », a déclaré le chef du gouvernement israélien en ouverture du Conseil des ministres dimanche, démentant les annonces faites par les groupes armés palestiniens qu’un accord pour une cessation des hostilités avait été conclu : « J’entends dire qu’Israël a accepté un cessez-le-feu qui permettrait la poursuite du terrorisme par les cerfs-volants et ballons incendiaires. Ce n’est pas vrai. Nous ne sommes pas prêts à accepter quelque attaque contre nous que ce soit et nous répondrons de manière appropriée. »

A l’origine de ce regain de tension : la Marche du retour entamée le 30 mars. Ce mouvement de protestation vise à réclamer le droit pour les réfugiés palestiniens ayant fui leur domicile à la création d’Israël en 1948 de regagner les terres dont ils revendiquent la propriété mais surtout la fin du blocus imposé à la bande de Gaza.

Le bilan des manifestations hebdomadaires est lourd : plus de 100 morts et 6 000 blessés. Mais ce qui risque de plonger les deux parties dans un conflit de plus est l’apparition d’une nouvelle tactique palestinienne au cours de cette marche : l’envoi vers le territoire israélien de cerfs-volants, ballons et même préservatifs gonflés à l’hélium, auxquels sont attachés des cocktails Molotov.

Des manifestants palestiniens à Gaza enflamment un cerf-volant à la frontière avant de l'envoyer du côté israélien, le 11 mai 2018. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

Blocus renforcé

Pour les Palestiniens, cette tactique est l’arme du pauvre face aux tanks et avions de chasse israéliens. Mais côté israélien, 1 000 hectares d’espaces naturels ont ainsi été brûlés et des feux ont menacé des communautés.

Pour les Israéliens, il s’agit d’une nouvelle forme de « terrorisme » que les autorités n’arrivent pas à endiguer. Leur première réponse a été, comme lorsque des roquettes sont tirées, de bombarder des positions du Hamas dans la bande de Gaza : Israël considère le mouvement islamiste responsable de ce qui passe dans l’enclave.

Désormais, le gouvernement a décidé de fermer l’unique point de passage commercial, réduisant les importations de biens dans l’enclave à la seule nourriture et aux médicaments. Les livraisons d’essence et de gaz sont interdites, tout comme celles de matières premières indispensables aux entreprises du territoire.

Passage de Kerem Shalom, principal point de passage des marchandises entrant dans Gaza, dans la ville de Rafah, au sud de la bande de Gaza, le 17 juillet 2018 SAID KHATIB / AFP

Et face à la persistance du phénomène, les dirigeants israéliens menacent d’une opération militaire de grande ampleur. Des exercices militaires, largement diffusés dans les médias, ont eu lieu cette semaine : une façon de faire passer le message au Hamas que l’armée israélienne est prête à s’engager dans un conflit.

Mais pour Daoud Shehab, le porte-parole du Jihad islamique, un allié du Hamas au pouvoir à Gaza, « la véritable solution ne peut passer que par une levée pure et simple du siège », terme utilisé par les Gazaouis pour évoquer le blocus israélo-égyptien sur leur territoire.

Montrer les muscles ne fera pas plier les factions palestiniennes, assure-t-il : « Personne ne peut aujourd’hui aller devant les Palestiniens et demander la fin de la Marche du retour, la fin des ballons et des cerfs-volants. Il serait perçu comme un traitre. »

Intérêt stratégique

Les autorités égyptiennes servent de médiateur entre les deux parties et leur intervention samedi a contribué à faire taire les tirs de roquettes et les bombardements. Mais les discussions en vue d’apaiser durablement les tensions ne semblent guère avancer.

Pourtant, gouvernement israélien et Hamas disent vouloir éviter la guerre : ce n’est pas dans leur intérêt stratégique actuellement. Le premier est plus inquiet d’une éventuelle avancée de l’Iran près des frontières israéliennes en Syrie. Quant au second, il est affaibli : son principal allié, le Qatar, est lui-même sous le coup d’un blocus.

L’Egypte a détruit les tunnels qui permettaient l’acheminement de biens dans la bande de Gaza. L’Autorité palestinienne a drastiquement réduit ses transferts de fonds vers ce territoire de deux millions d’habitants pour contraindre le mouvement islamiste à céder le pouvoir. Et la situation dans l’enclave ne cesse de se détériorer.

Mais ce ne sont pas les intérêts stratégiques qui dictent actuellement les décisions de part et d’autres. Côté gazaoui, la Marche du retour avait permis au mouvement islamiste de « réussir à établir un certain équilibre », estime Ofer Zalzberg, analyste à International Crisis Group. Elle a mis sur le devant de la scène le sort de la bande de Gaza tout en évitant le conflit.

Désormais, les cerfs-volants incendiaires changent la donne : « Les dirigeants voient maintenant que la situation est allée très loin et qu’il est plus difficile de maintenir ce point d’équilibre », relève l’analyste.

Pour lui, le Hamas a fait un choix dicté par des considérations de politique intérieure : « La raison pour laquelle ils ont tout de même choisi cette stratégie, c’est qu’elle a enlevé, du point de vue de l’opinion publique gazaouie, le poids de la responsabilité de la crise. Et le chef du Hamas disait que si la prochaine guerre est inévitable, il vaut mieux arriver-là avec l’opinion publique derrière eux. Je pense qu’on en est là. »

Netanyahu critiqué

Selon la presse israélienne, le Hamas aurait garanti aux Egyptiens qui assurent une médiation sa disponibilité à mettre fin aux cerfs-volants incendiaires, mais uniquement en échange de concessions israéliennes sur le blocus.

De telles mesures ne sont pas envisageables pour Benyamin Netanyahu tant qu’elles le feront apparaître comme ayant cédé à la menace. Car côté israélien aussi, le facteur opinion publique joue un rôle primordial. Jusqu’à cette semaine, Benyamin Netanyahu ne s’était pas rendu dans les zones incendiées, n’avait pas fait de déplacement dans les localités proches de la bande de Gaza.

Benjamin Netanyahu, le 24 juin 2018. Gali Tibbon/Pool via Reuters

Et sa gestion de la situation a été critiquée, tant par l’opposition qui l’accusait de se désintéresser du sort de ces Israéliens que par des membres de sa coalition qui lui reprochaient sa passivité face au Hamas. Pour Ofer Zalzberg, ces critiques internes sont probablement le facteur le plus important pour le chef du gouvernement : « Netanyahu veut éviter la guerre mais plus que tout, il veut éviter d’être critiqué par la droite : ça l’affaiblirait auprès de l’opinion publique israélienne. »

L’image de fermeté est essentielle pour un Premier ministre affaibli par des enquêtes judiciaires le visant, mais qui demeure le responsable politique le plus populaire du pays : pas question de se faire dépasser sur sa droite, pas question de donner l’impression de céder face à une organisation qualifiée de terroriste.

Benyamin Netanyahu envisagerait un certain allègement du blocus, mais de telles décisions auraient un coût politique trop élevé dans le contexte actuel. « Son calcul maintenant est qu’une autre guerre redonnerait une légitimité pour certaines mesures. Il pense qu’il ne peut se permettre de les mettre en place qu’après une guerre, pas avant », estime Ofer Zalzberg.

Instabilité

« Le conflit devient plus probable », juge l’analyste. « Il est toujours évitable, mais les dirigeants des deux côtés ne sont pas prêts à payer le prix politique nécessaire. »

Et l’absence de pays modérateur sur la scène internationale renforce cette instabilité : les Etats-Unis de Donald Trump affichent un soutien sans faille à Israël, ce qui, aux yeux des Palestiniens, les empêchent de jouer le rôle d’arbitre. Quant à l’Egypte, plus neutre, elle ne veut pas récupérer la responsabilité de la bande de Gaza.

Chronologie et chiffres clés