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Turquie Réseaux sociaux Internet Justice Droits de l’homme Recep Tayyip Erdogan

Publié le • Modifié le

Réseaux sociaux: de plus en plus d’internautes turcs inquiétés pour leurs écrits

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Le président Tayyip Erdogan entame un nouveau mandat avec des pouvoirs accrus. (Photo prise à Ankara, le 25 juin 2018). Kayhan Ozer/Presidential Palace

En Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan entame ce lundi 9 juillet un second mandat doté de pouvoirs renforcés. Les réseaux sociaux sont de plus en plus surveillés, et les opposants qui s’y expriment sont de plus en plus menacés. 


De notre correspondante à Istanbul,

Dans un pays où un simple tweet peut mener en prison, de plus en plus d’internautes sont inquiétés à cause de leurs écrits en ligne. Et tout cela est très bien documenté par le ministère turc de l’Intérieur, qui publie chaque mois le nombre d’enquêtes ouvertes contre des utilisateurs de réseaux sociaux. Plus qu’un souci de transparence, c’est une façon d’intimider ceux qui seraient tentés de s’exprimer un peu trop librement sur Facebook, Twitter et ailleurs.

Le mois dernier, pas loin de 1 500 internautes ont été inquiétés à cause de leurs partages en ligne. C’est un peu moins qu’en mai, où ils étaient plus de 1600, mais la tendance sur les derniers mois – voire les dernières années, puisque cette surveillance n’est pas nouvelle – va dans le sens d’un contrôle et d’une répression accrus des réseaux sociaux.

Des dénonciations qui mènent bien souvent en prison

C'est souvent à la suite d’une dénonciation qu’une procédure est lancée. La plupart du temps, les personnes inquiétées risquent la prison, car les charges portées contre elles sont très lourdes : cela va de « propagande pour une organisation illégale », un grand classique, à « insulte au président », en passant par « incitation à la haine » ou même « atteinte à l’intégrité de l’Etat ».

Absolument n’importe qui peut être poursuivi : le quidam aux 100 abonnés sur Instagram, le journaliste célèbre et ses milliers de followers sur Twitter, un député d’opposition ou même un citoyen étranger. La semaine dernière, par exemple, deux citoyens britanniques ont été interpellés dans un aéroport du sud du pays. Les policiers auraient trouvé leur comportement suspect et, contrôlant leurs réseaux sociaux, seraient tombés sur des messages soutenant les séparatistes kurdes du PKK. Ils ont été incarcérés pour propagande terroriste.

La «propagande terroriste», une notion aux contours larges

Sezgin Tanrikulu, élu du principal parti d’opposition, doit lui aussi rendre des comptes devant la justice pour une photo présentée comme une preuve de torture lors d’une opération de police, publiée avec ce commentaire : « Cette photo ne sera jamais oubliée ». Il est également poursuivi pour « propagande terroriste ». Même sort pour Sebla Küçük, une jeune traductrice qui sera jugée en novembre pour avoir partagé sur son compte Twitter des traductions de dépêches de l’agence de presse Reuters au moment de l’offensive turque contre l’enclave kurde syrienne d’Afrin. Elle risque sept ans et demi de prison.

Des affaires très diverses, donc, qui tournent parfois au tragicomique. Comme le cas de la blogueuse Pınar Karagöz, plus connue sous le nom de Pucca. Fin juin, la police a perquisitionné son domicile après un message sur Twitter où la jeune femme écrivait : « Je suis au service de Batı ». « Batı » signifiant « ouest, Occident » en turc, elle a été dénoncée par un internaute qui voyait sans doute en elle une espionne ou une traître. Sauf que, comme la blogueuse l’a expliqué ensuite sur Twitter, Batı est aussi le prénom de son fils. Une procédure judiciaire la visant est toujours en cours.

Chronologie et chiffres clés