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Jérusalem

Publié le • Modifié le

Quatre Palestiniens tués au cours d'une nouvelle journée d'affrontements

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La décision de Donald Trump de faire de Jérusalem la capitale d'Israël provoque la colère des Palestiniens depuis plusieurs jours. REUTERS/Goran Tomasevic

De nouveaux affrontements ont eu lieu ce vendredi 15 décembre dans les Territoires palestiniens. Après la prière hebdomadaire, des manifestants se sont dirigés vers les points de contrôle de l'armée israélienne. Et des heurts ont éclaté en plusieurs endroits : l'armée israélienne a recensé 6 000 personnes ayant pris part à ces violences, dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. Des accrochages ont notamment eu lieu à Bethléem, autour de Jérusalem, et à Gaza, et ont causé la mort de quatre personnes.


C'est en pleine rue, au pied du mur de séparation, que quelques dizaines de Palestiniens de Bethléem ont prié ce vendredi, rapporte notre envoyé spécial à Bethléem, Guilhem Delteil. Face aux soldats israéliens plutôt qu'à la mosquée. « Jérusalem est la capitale de la Palestine mais les Palestiniens n'y ont pas accès », justifie ce jeune homme.

Le geste de protestation a rapidement tourné à l'affrontement. Quelques minutes après la fin de la prière, des jeunes - le visage souvent dissimulé par un keffieh - ont lancé des projectiles sur les forces israéliennes. Les soldats ont alors répondu par des tirs de grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes. Sous la pression de l'armée, les Palestiniens reculent : le calme revient mais les heurts reprennent quelques minutes plus tard. Un face-à-face qui a duré plusieurs heures.

« La violence, c'est la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme la capitale d'Israël », se défend cet homme resté quelques mètres en retrait des affrontements.

Quatre morts dans les Territoires

Depuis la déclaration de Donald Trump, la tension n'est pas redescendue. Et Adnan Ramadan, habitant de Bethléem, prédit qu'elle restera vive encore longtemps. « La volonté du peuple palestinien est forte. Ils sont déterminés à défendre Jérusalem. Mais ils veulent aussi mettre fin à tout ce qu'ils ont accepté depuis 25 ans et la signature des accords d'Oslo. C'est un moment où ils disent : "le non-sens, ça suffit. Ca suffit de faire des cadeaux à l'occupant". »

Ce vendredi, deux Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza et un au nord-est de Jérusalem. Des dizaines d'autres ont été blessés par balles réelles.

A Jérusalem, les manifestations ont aussi débuté après la grande prière. Aux cris du slogan « Jérusalem est arabe », des centaines de Palestiniens s’avancent dans la vieille ville de Jérusalem après la grande prière du vendredi, témoigne notre correspondante sur place, Marine Vlahovic. Ils sont vite bloqués par les forces de sécurité israéliennes déployées en nombre dans les ruelles. Et certains manifestants n’hésitent pas à invectiver les soldats : « Partez, partez d’ici  », harangue cette femme.

Malgré l’attitude pacifiste de la foule, s’ensuivent des bousculades, des empoignades et des arrestations. Un usage de la force disportionné, selon cet habitant de Jérusalem-Est : « Qu’est ce que c’est que cette réaction ? Nous avons le droit d’exprimer notre désaccord avec ce qu’il se passe, c’est notre droit. Les Israéliens se comportent comme des mafieux, oui, des mafieux. C’est comme ça qu’ils agissent contre les gens, des civils. De Gaza à Bethléem, Tulkarem ou encore Naplouse, il y a des problèmes partout, parce la réaction est très ferme. Et ça va continuer, ça ne va pas s’arrêter. »

Dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, la tension est montée d’un cran lorsque l’armée israélienne a fait usage de tirs à balles réelles. Pierres à la main, des grappes de manifestants poussent des bennes à ordures. Des boucliers de fortune pour se protéger des tirs de l’armée israélienne. Ici, au check-point de Beit El au nord de Ramallah, un Palestinien a été abattu par les soldats après qu’il a poignardé l’un d’entre eux. Les balles continuent de siffler mais ils sont encore des centaines de jeunes et moins jeunes à participer aux affrontements. « Ca c’est le son des balles qui peuvent tuer tout le monde ici. Mais c’est ma terre, c’est mon pays, on vit ici, et on mourra ici », dit un homme.

Dix jours après la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Donald Trump, et même si la rue palestinienne peine à se mobiliser, la colère est encore bien présente .

« Nous devons défendre Oslo »

Pour beaucoup de protestataires, la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme la capitale d'Israël est symptomatique d'un processus de paix qui n'aboutit à rien. Mais pour Mohamed al-Jaffari, membre du Fatah, le parti présidentiel de Mahmoud Abbas, ce raisonnement est dangereux.

« Je ne pense pas que ce soit la fin d'Oslo. Nous devons continuer les négociations et défendre les accords d'Oslo. Car si nous sortons de ce processus, ce serait comme si on faisait un cadeau à Israël en leur donnant la légitimité de venir et d'attaquer l'Autorité palestinienne et toutes ses réussites. »

Le responsable politique reprend le discours des dirigeants palestiniens. Pour lui, cette décision de Donald Trump marque la fin de la médiation des Etats-Unis mais un autre parrain du processus de paix émergera, assure-t-il.

En attendant, sur le terrain, aucun geste n'est fait pour faire retomber les tensions, meurtrières aujourd'hui encore.