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Liban Arabie saoudite Saad Hariri

Publié le • Modifié le

Démission de Saad Hariri: au Liban, la rue demande des comptes à l’Arabie saoudite

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«On est tous avec toi» peut-on lire sur ces affiches de Saad Harari, Premier ministre démissionnaire, samedi 11 novembre à Beyrouth. REUTERS/Mohamed Azakir

L’incertitude continue de planer sur la situation du Premier ministre libanais Saad Hariri, une semaine après sa démission surprise à partir de Riyad, où il s'était rendu d’une manière impromptue. L’inquiétude a gagné les grandes capitales, qui ont exprimé leur attachement à la stabilité du Liban.


avec notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh

La Maison Blanche a appelé tous les pays à respecter la souveraineté et l’indépendance du Liban, et a rappelé que « Saad Hariri est un partenaire solide » des Etats-Unis. Le président français, qui s’est entretenu au téléphone avec son homologue libanais, a « réitéré son appel à ce que les dirigeants politiques libanais soient libres de leurs mouvements ». Mardi, Emmanuel Macron reçoit le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil.

Beyrouth réclame son retour

Après avoir pratiqué une diplomatie silencieuse, le Liban a haussé le ton samedi, par la bouche de son président Michel Aoun, qui a laissé entendre que le Premier ministre n’était pas libre de ses mouvements. Prenant la parole devant des délégations, le chef de l’Etat a déclaré que « le Liban n'accepte pas que son Premier ministre soit dans une situation en désaccord avec les traités internationaux et les règles normales des relations entre Etats ».

Un communiqué publié par la présidence indique que Michel Aoun a informé « les responsables locaux et étrangers que le mystère, qui dure depuis une semaine et qui entoure la situation du Premier ministre, fait que toute position et déclaration émises par Saad Hariri ne reflète pas la réalité ». Selon le président Aoun, les prises de position du chef du gouvernement sont « le résultat d'une situation mystérieuse et suspecte qu'il vit dans le royaume saoudien ».

Les quelques heures qui ont séparé l’arrivée de Saad Hariri à Riyad, vendredi 3 novembre, et l’annonce de sa démission, le lendemain, ont été racontées en détail par l'agence de presse Reuters. Le Premier ministre serait désormais en résidence surveillée.

Les Libanais s'impatientent

Les sunnites du Liban restent sous le choc. Partagés entre colère et incompréhension, les principaux représentants politiques et religieux de la communauté resserrent les rangs derrière leur chef. L’establishment sunnite réclame sans relâche le retour du Premier ministre et réaffirme son attachement à son leadership. Les représentants politiques et religieux sunnites n’auraient jamais imaginé que leur chef subirait un tel affront de la part de leur allié historique. L’incompréhension a gagné la rue, partagée entre sa loyauté envers M. Hariri et son attachement à l'allié régional saoudien. C’est une situation sans précédent dans l’histoire du Liban moderne.

Des premiers signes de tension commencent à poindre dans les rues libanaises, malgré les appels au calme et à la retenue des autorités. Samedi soir, un portrait du prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman, soupçonné d‘avoir orchestré la démission de Saad Hariri, a été incendié dans la grande ville sunnite de Tripoli, dans le nord du Liban.

«  Nous ne sommes pas un troupeau »

A Beyrouth, quelques dizaines de partisans de petits partis pro-saoudiens ont manifesté contre l’ingérence de l’Iran et le Hezbollah. La police les a empêchés de se diriger vers le ministère des Affaires étrangères. Ces partis ont appelé à un autre rassemblement ce dimanche sur la route du palais présidentiel, en dépit des mises en garde des autorités.

De son côté, le Courant du futur, mouvement de Saad Hariri, évite de s’en prendre publiquement à Ryiad. Au contraire, samedi soir, le bloc parlementaire a publié un communiqué rejetant toute atteinte contre le royaume et critiquant « les ingérences de l’Iran dans les affaires arabes ».

Riyad souhaiterait remplacer Saad Hariri par son frère aîné Baha. La réponse cinglante est venue du ministre sunnite de l’Intérieur  : « Nous ne sommes pas un troupeau dont la propriété change d’une personne à l’autre », a lancé Nouhad Machnouk, membre d’une grande famille beyrouthine.

Dans une critique inédite de l’Arabie saoudite, le ministre a déclaré par ailleurs que le système politique libanais fonctionne selon le principe des élections et non pas de l’allégeance. Les quelques voix qui soutiennent ouvertement l’Arabie saoudite restent inaudibles face à la solidarité des sunnites avec leur chef.

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