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Irak EI

Publié le • Modifié le

Bataille de Mossoul: la résistance acharnée des jihadistes et l'enfer des civils

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Un habitant de la partie ouest de Mossoul discute avec des membres des forces irakiennes alors qu'ils fouillent sa maison à la recherche de combattants du groupe Etat islamique, le 27 février 2017. REUTERS/Goran Tomasevic

La bataille continue dans la partie ouest de Mossoul, dernier grand bastion en Irak du groupe Etat islamique. Les forces irakiennes se sont emparées lundi d'un pont sur le fleuve Tigre, qui coupe la ville en deux, dans le but d'opérer la jonction avec les troupes positionnées à l'est de la ville. Mais la résistance des jihadistes est acharnée. Et au milieu du chaos, la situation des habitants de la rive ouest est alarmante.


Avec des snipers, des voitures piégées et des obus de mortier, le groupe Etat islamique fait tout pour freiner l'avancée des troupes irakiennes. Et pour ça ils bénéficient aussi d'une arme quasiment invisible et terriblement efficace: le drone. De petits engins télécommandés capables de lâcher des charges explosives juste au-dessus de leurs cibles.

Dans les premiers jours de la bataille, les forces spéciales irakiennes ont subi jusqu'à 70 attaques par jour qui ont fait des dizaines de morts et blessés. Mais bonne nouvelle pour ces soldats: lundi, les Américains de la coalition leur ont fourni un brouilleur longue distance capable de bloquer le signal qui permet aux drones de voler. Mais le plus dur reste à venir, rapporte notre correspondant à Erbil, Wilson Fache.

L'armée avance désormais vers la vieille ville de Mossoul. Avec ses rues étroites et sinueuses ou les véhicules blindés ne pourront pas se mouvoir, la bataille risque de s'enliser. La question n'est pas tellement de savoir si les forces irakiennes arriveront à prendre Mossoul – ce qui semble certain – mais plutôt quand. Les généraux les plus optimistes parient sur un mois.

La progression des forces irakiennes s'annonce compliquée, notamment parce que cette partie de la ville est « le dernier bastion majeur de l’Etat islamique dans le nord de l’Irak », rappelle Arthur Quesnay, spécialiste de la région et docteur en sciences politiques à l’Université Paris 1. « Il y a d’autres poches, mais la partie ouest de Mossoul est la plus peuplée et donc le principal centre stratégique de l’Etat islamique. »

Des civils à la merci des combats

Or, dans cette zone de combat, se sont plus de 800 000 personnes qui seraient prises entre deux feux, selon le Norwegian refugee council. Un habitant de Mossoul-Est témoigne de l'enfer que vivent les membres de sa famille toujours bloqués sur l'autre rive. « Nous entendons les tirs et les bombardements qui ciblent la rive ouest de Mossoul. Là-bas il y a plein de civils. Tous mes cousins et leur famille sont bloqués dans la partie ouest de Mossoul. »

Manque de soins, manque de nourriture, la situation est alarmante. « Parfois nous arrivons à discuter au téléphone. Ils nous disent qu’ils vont bien mais en fait ils meurent de faim. Vous ne pouvez même pas imaginer leurs conditions de vie. Ils souhaitent juste en finir avec tout cela. Que toute cette situation soit derrière eux. »

« Là-bas, ils nous disent que les jihadistes de Daech ont retiré les portes de plusieurs maisons, et ont fait des trous dans les murs pour qu’ils puissent facilement se déplacer de maison en maison. Ils nous disent également que Daech a incendié plusieurs habitations et les jihadistes se fichent pas mal que la maison soit habitée ou non. Ils te disent toi quitte ta maison et ils y mettent le feu. Avec toutes les colonnes de fumée qui se dégagent à cause des incendies, ils tentent de brouiller la vision de l’aviation. »

Consignes de l'armée irakienne

Les combats s'annoncent donc longs, difficiles et terribles pour les habitants de Mossoul-Ouest, qui ont reçu de la part de l'armée irakienne les consignes de rester chez eux et d' « attendre que l’armée arrive, rentre dans les maisons, contrôle les habitants et ensuite les aider à évacuer », explique le chercheur Arthur Quesnay. Avec deux objectifs, d'abord « éviter que les fuites en masse de la population profitent à l’EI pour semer la panique et surtout abattre les civils ».

Mais aussi parce que « l’EI est très bien infiltré dans la population, rappelle ce spécialiste de la région. Par exemple, les combattants, quand ils se déplacent dans l’ouest de Mossoul, se déplacent souvent sans armes. Ils laissent des caches d’armes dans différentes maisons et vont ensuite les récupérer. Le fait de se déplacer sans armes parmi les civils leur permet de se confondre avec la population et donc d’être moins ciblés par la coalition. Cela faisant, les civils ont extrêmement peur de l’Etat islamique. »
 

Chronologie et chiffres clés