rfi

À l'écoute
  • Direct Monde
  • Direct Afrique
  • Dernier journal Monde
  • Dernier journal Afrique
  • Dernier journal en Français facile
  • Dernier journal Amériques - Haïti

Pakistan Réseaux sociaux

Publié le • Modifié le

Pakistan: chape de plomb sur les réseaux sociaux

media
Des proches de blogueurs disparus ont tenu une conférence de presse à Islamabad, le 18 janvier 2017. REUTERS/Caren Firouz

Depuis le début de l’année, les voix qui s’élèvent sur internet - contre l’armée, le gouvernement, ou les groupes religieux radicaux - sont ciblées et accusées de blasphème. Un phénomène inquiétant qui touche à l’un des rares domaines de liberté de parole au Pakistan.


De notre correspondant à Islamabad,

Faire taire les voix progressistes en commençant par les décrédibiliser puis en usant de pressions. Une pratique courante au Pakistan qui avait pourtant épargné internet.
Mais la Toile vient d’être rattrapée par l’enlèvement quasi simultané de cinq blogueurs libéraux début janvier.

Ces kidnappings coordonnés portent les traces, selon de nombreux observateurs, des services de renseignement de l’armée. Rapidement, les disparus ont été la cible d’une campagne haineuse sur les réseaux sociaux. A l’image de Pakistan Defence, un compte Facebook aux sept millions et demi d’abonnés, sorte de caisse de résonnance de la très puissante armée pakistanaise, qui a laissé passer des commentaires affirmant que ces blogueurs auraient insulté l’islam, amenant rapidement des accusations de blasphème, crime passible de la peine de mort.

Ces accusations de blasphème ont libéré des flots de paroles haineuses contre certains groupes Facebook ou certaines personnalités des réseaux sociaux. La lame de fond qui s’abat actuellement sur la Toile prend différentes formes. Comptes Facebook ou Twitter piratés, incitations anonymes à retirer un post sous prétexte qu’il insulte l’islam, appels téléphoniques aux administrateurs de groupes Facebook de plus de 10 000 membres pour les inciter à être prudents.

Jeudi 26 janvier, les autorités, en vertu de la loi contre les appels à la haine, ont tout de même agi. Non pas sur les réseaux sociaux mais à la télévision. L’autorité de supervision des médias a suspendu un animateur de renom qui, ces dernières semaines, a égrainé des accusations de blasphèmes contre des personnes actives sur les réseaux sociaux, en les nommant, faisant insidieusement de l’appel au meurtre.

Censure et autocensure

Rebondissement dans cette affaire, la chaîne, consciente du soutien de ses téléspectateurs, a maintenu son présentateur à l’antenne hier soir, risquant une annulation de sa licence de diffusion.

Quoi qu'il en soit, ces pratiques poussent les internautes à l’autocensure face aux menaces qui pèsent sur les voix dissidentes. Aujourd’hui, de nombreux militants des droits de l’homme ou opposants à l’islam radical réfléchissent à deux fois avant de poster leurs préoccupations du jour. Le lent musèlement d’internet s’inscrit dans un long processus qui a déjà touché ces dernières années les médias traditionnels.

Cette censure prend racine dans une loi sur la cybercriminalité adoptée l’an dernier. Elle permet aux services de l’Etat de bloquer tout contenu choquant, d’accéder aux données privées des utilisateurs et de punir les contrevenants. Cette loi repose sur la définition de la liberté garantie par la constitution, assortie d’une interdiction des « atteintes à l’islam, à l’ordre public ou moral, et à la sécurité du pays ».

Chronologie et chiffres clés