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Destruction des armes chimiques en Syrie: «Le processus est lancé, il se passe relativement bien»

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Le cargo danois qui devra transporter des armes chimiques syriennes. REUTERS/Lars Magne Hovtun/Norwegian Armed Forces/Handout via Reu

Une réunion à huis clos du conseil exécutif de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) en Syrie s'est tenue mercredi 8 janvier. Un premier chargement des agents toxiques retirés de deux sites a été évacué et embarqué sur un navire commercial. Une étape concrète après l’accord qui avait été passé entre Russes et Américains en septembre dernier pour démanteler cet arsenal du régime de Damas. Olivier Lepick est chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste de ce type d’armement non conventionnel. Il répond aux questions de RFI.


RFI : Quelle est la procédure de ce démantèlement ? En quoi consiste précisément cette évacuation ?

Olivier Lepick : A l’origine, la Convention d’interdiction des armes chimiques prévoit que le détenteur de ce type d’arme doit le détruire lui-même et sur son territoire. En l’occurrence, la Syrie n’a ni les moyens financiers, ni les techniques. Par ailleurs, la communauté internationale, sous la pression américaine, souhaite très rapidement sortir ces armements du territoire syrien. Donc ce qui a été décidé, c’est que l’arsenal chimique syrien soit acheminé par des camions russes vers le port de Lattaquié et ensuite chargé sur des navires, en l’occurrence un cargo danois et un cargo norvégien, qui amèneront ces agents chimiques quelque temps, probablement dans un port italien. Aujourd’hui, le cargo danois est retourné en haute mer en attendant qu’une nouvelle cargaison arrive dans le port de Lattaquié. Et à terme, ces armes seront transférées probablement dans un port italien vers un navire américain qui s’appelle le Cape Ray et qui a été équipé pour recevoir deux centrales d’hydrolysation qui vont permettre, probablement également en haute mer, de détruire ces agents chimiques militaires, de manière propre et sécurisée. Bien que cette procédure soit très nouvelle et très novatrice, elle devrait donc permettre de détruire l’arsenal chimique syrien dont la destruction au final a été sous-traitée aux Etats-Unis par l’OIAC.

Des procédures nouvelles mais est-ce inédit pour autant ?

Le procédé en lui-même n’est pas inédit. L’hydrolyse est un des deux modes connus et expérimentés pour détruire des agents chimiques militaires. Ce qui est totalement nouveau, c’est le fait de le faire en haute mer. L’OIAC et les Etats-Unis ont sollicité un certain nombre d’Etats, dont l’Albanie, pour recevoir sur leur territoire l’arsenal chimique syrien et pour assurer sa destruction. Ces Etats ont refusé sous la pression des opinions publiques. On comprend évidemment pourquoi. Donc face à cette volonté de détruire rapidement l’arsenal chimique syrien, les Etats-Unis ont proposé cette solution très novatrice qui pose des problèmes, ne serait-ce que de sécurité pour les opérateurs sur ce navire, mais également des problèmes logistiques et industriels. L’hydrolyse a la caractéristique de produire un très grand nombre de litres d’effluents. C’est-à-dire quand vous introduisez au début du procédé un litre d’agent chimique militaire, vous avez dix, quinze, vingt litres à la sortie puisqu’on mélange cet agent avec d’autres agents chimiques. Donc il va falloir traiter ces effluents, probablement entre 5 et 8 millions de litres, qui vont être stockés d’abord sur le bateau américain et ensuite détruits par des société privées à terre. L’OIAC a déjà émis des appels d’offres auxquels des sociétés ont répondu. Ça pose des problèmes mais ce n’est pas insurmontable.

Le patron de cette organisation internationale a salué « l’élan du pouvoir syrien ». Est-ce que, vous aussi, vous parleriez en ces termes de cette réelle volonté de Damas ?

Si on revient à ce qu’on aurait pu imaginer il y a quelques mois, on peut dire que la coopération du régime a été tout à fait satisfaisante. Le régime n’avait pas le choix. Et à ce titre, on peut dire que la coopération avec l’OIAC, la nature des déclarations syriennes, leurs exhaustivités et leurs transparences, ne laissent pas aujourd’hui beaucoup de doutes ou d’insatisfactions de la part de l’organisation. C’est cette démarche qui n’était pas évidente au moment où le processus a été lancé parce que la Syrie s’est quand même fait tordre le bras pour se débarrasser de son arsenal chimique par la communauté internationale. C’est un peu cette absence de problèmes majeurs qu’a voulu célébrer le directeur général de l’OIAC.

Malgré tout, comment être vraiment certain que c’est bien l’ensemble du stock d’armes chimiques qui est immobilisé ?

Ce dont on est certain, c’est qu’une très grande partie de ce stock est aujourd’hui identifié, mis sous scellées et sous contrôle de la communauté internationale. Mais on n’a absolument aucune certitude qu’ici ou là quelques centaines de kilos d’agents chimiques militaires aient pu être dissimulés à la sagacité des inspecteurs internationaux. Mais ce qui est rassurant dans cette affaire, c’est que l’autre certitude, c’est que quoi qu’il arrive, la Syrie ne pourra pas reprendre la production d'un arsenal chimique militaire avant de très nombreuses années car ses capacités de production, de stockage ont été démantelées, et ça de façon certaine.

Avec cette échéance pour fin juin pour la destruction, c’est crédible ?

Il y a quelques mois, ce n’était absolument pas crédible parce que nous étions dans la configuration du Traité qui, donc, spécifiait que c’est la Syrie qui devait opérer cette destruction. Moi-même je disais à l’époque que je n’y croyais absolument pas. J’avais évoqué plusieurs années. A partir du moment où les données ont changé et qu’il s’agit maintenant d’une sous-traitance de la destruction de l’arsenal chimique syrien aux Etats-Unis, le scénario devient plus crédible même si, on l’a vu, l’échéance du 31 décembre n’a pas été respectée pour les agents de catégorie 1, les plus dangereux. Mais ce n’est pas très important. Quand bien même nous dépasserions de cinq, six mois, ou sept mois l’échéance, l’important c’est qu’on constate que le processus est lancé, il se passe relativement bien et c’est une satisfaction pour l’OIAC, puis pour la communauté internationale dans son ensemble.

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