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Le Canada veut se faire attribuer le pôle Nord

Le pôle Nord. Gettyimages/Sue Flood

Le pôle Nord, pour tous les petits Canadiens, c’est là où habite le Père Noël. Cela peut faire sourire, mais la légende prend ces dernières années des accents de vérité. Le pôle Nord se révèle en effet un eldorado de glace bourré de pétrole et de gaz que le Canada n’a pas l’intention de se faire souffler par les autres prétendants limitrophes que sont la Russie et le Danemark.


Pour le Canada, pas question de laissser échapper l'occasion. Dès le 6 décembre, il a déposé un dossier préliminaire justifiant ses revendications sur le pôle Nord devant la Commission des Nations unies sur le droit de la mer. Pour faire reconnaître sa souveraineté sur le pôle Nord, Ottawa n’a pas mégoté. Depuis 2006 en effet, un avion et un hélicoptère spécialement équipés, un sous-marin piloté à distance et un brise-glace balaient la zone disputée pour réaliser des relevés et en établir la cartographie. Une opération qui n’est pas encore complétée à ce jour.

Une souveraineté disputée

D’un point de vue juridique, la souveraineté des nations côtières s’exerce sur 200 milles marins à partir de ce plancher dit la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Dans cette Zone économique exclusive (ZEE), le pays exerce son droit souverain sur l’exploitation et l’usage des ressources. Mais aujourd’hui, pour les Canadiens il s’agit de démontrer qu’au-delà de cette zone, le plancher océanique est bien la prolongation de sa plaque continentale.

Pour y parvenir, le Canada s’appuie sur la dorsale de Lomonossov, une chaîne montagneuse sous-marine de 1 800 km passant à la verticale du pôle, soutenant qu’elle est une extension des terres canadiennes. Problème : c’est à partir du même argument que la Russie et le Danemark affirment que le pôle Nord leur appartient. Les deux pays ont déposé leur demande respectivement en 2002 et fin novembre 2013. Celle de la Russie a été rejetée, mais en 2007, elle a surpris tout le monde en envoyant un  sous-marin de poche planter un drapeau russe pile à l’aplomb du pôle, sur le plancher océanique. Une opération de communication réussie, mais qui ne vaut rien d’un point de vue légal. Moscou a donc renouvelé sa demande auprès de l’ONU en 2009. Et puis histoire de bien exprimer sa vigilance, la Russie a augmenté sa présence militaire dans l'Arctique dès l'annonce de la revendication canadienne.

La guerre froide

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Wikimedia/ Sémhur

En une décennie, Ottawa a dépensé quelque 200 millions de dollars pour faire valoir ses prétentions. Pour le Premier ministre, Stephen Harper qui a fait très récemment de cette conquête une question cruciale, l’argent investi ne pèse pas lourd face aux bénéfices escomptés. La zone convoitée recèlerait en effet, selon l’Agence américaine de l’énergie (EIA), 22% des réserves mondiales d’hydrocarbures non découvertes. Jusque-là, ces richesses n’étaient que potentielles puisqu’enfermées dans une gangue de glace inaccessible. Mais depuis quelques années, le changement climatique fait que la glace du pôle libère de plus en plus d’espaces exploitables.

Pour des experts du droit maritime, ce serait une erreur de croire que les revendications du Canada, de la Russie et du Danemark sur le pôle Nord aient une chance d’obtenir une décision tranchante de la Commission des Nations unies sur le droit de la mer. Selon eux, chacun des demandeurs doit prévoir de longues années de négociations. Et elles ne seront pas closes par la victoire d’un des trois pays prétendants, mais plus sûrement par la conclusion d’un accord politique et diplomatique. Le plus vraisemblable, estime Joël Plouffe, spécialiste canadien de la géopolitique de l’Arctique, c’est que chacun des pays aura une part, mais qu’il y aura une partie au centre de l’océan Arctique qui restera zone commune.

De toute façon, l’urgence n’est pas de mise ; la seule vérification scientifique des informations fournies par le Canada pourrait prendre cinq ans. Et puis, l’exploitation commerciale des ressources naturelles de ces territoires toujours très difficiles n'est pas pour demain, affirment encore les spécialistes. Shell s’y est cassé les dents en 2012 en tentant un forage en mer de Beaufort. Mais la pétrolière qui a perdu des centaines de millions de dollars lors de ce coup d’essai a annoncé qu’elle renouvellerait sa tentative en 2014. Un répit qui est loin de rassurer les protecteurs de l’environnement qui voient d’un très mauvais œil la perspective d’un développement pétrolier en Arctique.

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