Depuis la ville d'Alexandrie,
Alexandre Buccianti
J’ai rencontré Georges Moustaki en 1990. C’était son premier retour à Alexandrie après un exil d’une quarantaine d’années. Un moment émouvant pour lui comme pour ceux qui l’avaient connu dans son enfance et qui l’appelaient « Jo ».
Une fois la nostalgie dépassée, Jo s’est intéressé au présent de l’Egypte, et c’est ainsi que le troubadour et le journaliste se sont liés. Deux métèques qui parlaient l'italien. Jo m’avait confié qu’il avait appris cette langue, mais aussi le grec, car il avait été pratiquement élevé par la voisine napolitaine.
C’était à l’époque de l’Alexandrie cosmopolite, quand les Grecs et les Italiens se comptaient par dizaines de milliers. L’époque aussi de l’Alexandrie francophone, avec ses journaux et ses librairies dont la célèbre Cité du livre tenue par Moustaki père.
Alexandrie où se produisaient Charles Trenet et Edith Piaf... Georges Moustaki est aujourd’hui pleuré à Alexandrie par une élite francophone et âgée. Un vieil Alexandrin qui avait connu Jo m’a dit, ému : «
Nous venons de perdre le dernier phare d’Alexandrie
».
• A lire également, sur le site de RFI Musique : « Disparition de Georges Moustaki », et notamment notre biographie/discographie du chanteur-compositeur.