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Afrique du Sud Société

Publié le • Modifié le

Le Cap, la ville la plus «gay-friendly» d’Afrique

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En Afrique du Sud, le mariage gay est autorisé depuis 2006, de même que les adoptions par des couples homosexuels. RAJESH JANTILAL / AFP

La seconde ville d’Afrique du Sud figure parmi les destinations mondiales de vacances les plus prisées du monde gay avec San Francisco, Miami, Amsterdam, Ios en Grèce, Ibiza en Espagne ou Puerto Vallarta au Mexique. C’est aussi l’une des rares, sinon la seule ville « gay-friendly » d’Afrique. L’homosexualité peut s’y vivre ouvertement, pour les étrangers comme les habitants de la ville.


Avec ses rues en pente raide, ses plages de sable fin, son esprit festif et une nature majestueuse, Le Cap a de quoi faire penser à San Francisco et la Californie. Et pour cause : c’est aussi la ville la plus LGBT-friendly d’Afrique, comme en attestent les guides de voyage, de Lonely Planet à la ville du Cap elle-même, en passant par le site spécialisé Gay Cape Town 4 U.

Plus de cent lieux de sorties tels que le Manhattan Bar ou Make It Sexy Sisters (Miss) s’affichent ouvertement LGBT (lesbien, gay, bisexuel et transgenres). Les couples homosexuels, qu’ils soient étrangers ou locaux, peuvent se promener en ville main dans la main. Et même faire de la randonnée en suivant les groupes du Cape Town Gay Hiking Club, ou trouver à se loger dans des hôtels qui affichent leur caractère gay, comme The Purple House, Colette ou De Waterkant House.

En ce début juillet, deux jeunes Noirs font les soldes dans le grand magasin Edgars, dans le centre-ville, sans se préoccuper du regard des autres. « Notre Constitution est la plus avancée du monde sur la protection des droits LGBT, qui y figurent noir sur blanc », répond Mpumi, 24 ans, quand on l’aborde pour lui poser la question de la stigmatisation dans les espaces publics. « Nous ne nous sommes pas battus en Afrique du Sud pendant plusieurs générations contre l’oppression raciste pour en subir une autre, quelle qu’elle soit ».

En pointe sur la cause des homosexuels, Le Cap s’était notamment illustré en 2011 dans la presse internationale avec son « imam rose », Muhsin Hendricks, un métis du Cap qui a clamé haut et fort que « c’est OK d’être musulman et gay ». A la tête d’une fondation dénommée The Inner Circle, il aide les musulmans gays à faire leur coming out. En tant qu’imam, il a été remercié par sa communauté et traité de « sataniste », mais cet homme qui a étudié la théologie au Pakistan se considère toujours comme un membre du clergé et officie à la mosquée de Wynberg.

Le mariage homosexuel autorisé

Sur le papier, les droits des homosexuels doivent être respectés, alors que la plupart des pays africains pénalisent l’homosexualité, au contraire, la déclarant volontiers incompatible avec leur culture. C’est ce qu’avait notamment affirmé le président Macky Sall lors de la visite de Barack Obama au Sénégal en 2013, se montrant réticent lorsque le président américain avait plaidé pour la tolérance à l’égard des homosexuels.

En Afrique du Sud, le mariage gay est autorisé depuis 2006, de même que les adoptions par des couples homosexuels. Des mariages traditionnels ont été célébrés entre deux hommes ou deux femmes dans les différentes communautés noires (Zouloue et Xhosa notamment). Trois mille unions entre mêmes sexes sont célébrées chaque année, selon les statistiques nationales.

Le guide Lonely Planet a d’ailleurs consacré la ville du Cap comme l’une des 10 destinations les plus branchées du monde pour célébrer un mariage gay, possible même pour des partenaires étrangers de passage.

« Moffie », une insulte et un étendard

Comme en témoigne un résident gay de la ville sur le Gay Travel Forum du site Trip Advisor, « Le Cap est l’une des villes les plus ouvertes aux homosexuels qui soit. Green Point fait partie du “ghetto gay” avec des pubs, des restaurants et des saunas, mais la ville accueille partout les gays, qui sont nombreux à ne pas faire partie d’une clique gay. C’est très banal de voir deux types ou deux filles se tenir par la main sur la côte Atlantique du Cap. Bien sûr, c’est une autre histoire dans les townships noirs où certains sont très traditionnels dans leurs modes de pensée et où des lesbiennes se sont fait agresser ».

Tout n’est pas si rose en effet dans une ville frappée, comme les autres en Afrique du Sud, par des « viols correctifs » et des meurtres de lesbiennes. Une jeune femme noire de 23 ans, Noxolo Mabona, a été poignardée lors d’une fête du nouvel an en janvier 2018, dans une banlieue du Cap, par un homme noir ayant fait au préalable des commentaires haineux sur sa sexualité.

Les violences et la stigmatisation restent également vives dans les anciens townships noirs et métis du Cap, ainsi que dans les quartiers populaires. Le terme d’argot « moffie », qui désigne les homosexuels en afrikaans, reste une insulte courante. Et ce, même si les drag-queens du Cap l’ont retourné pour en faire un étendard, en se proclamant « moffies » avec fierté.

Un autre fait divers avait frappé les esprits des Capetoniens. Un touriste britannique d’origine indienne, Shrien Dewani, avait été accusé en 2010 de s’être rendu au Cap pour y organiser le meurtre de sa femme, en demandant au premier chauffeur de taxi venu de lui rendre ce service lors d’un faux détournement de voiture. Il a ensuite été acquitté par la justice sud-africaine, sur la base de la faiblesse des témoignages qui l’ont mis en cause. Entre-temps, la presse britannique avait fait ses choux gras de son homosexualité cachée, y voyant le mobile du meurtre.

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