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Publié le • Modifié le

Musique: les Blk Jks, un rock noir d’Afrique du Sud

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Le chanteur et le batteur du groupe «post-rock», qui a sorti en juin son nouvel album, «The boys doin' it», avec un hommage à Hugh Masekela. © Blk Jks

Les Blk Jks (prononcer « Black Jacks »), un groupe de rock noir formé en 2000 à Johannesburg, repoussent les limites mentales et raciales de la nouvelle Afrique du Sud. Ils s’approprient un genre musical considéré comme « blanc » dans leur pays, mais le passent à la moulinette de la « conscience noire » de Steve Biko.


Le nom de ce groupe de rock de Johannesburg transpire l’autodérision. Les Blk Jks évoquent à la fois les « jacks », prises de guitare électrique, « le valet noir » du jeu de carte anglais, et bien sûr leur couleur de peau, ce qui n’a toujours rien d’anodin en Afrique du Sud, 27 ans après la fin officielle de l’apartheid. Les lois iniques du régime raciste ont été abolies en 1991, un an après la libération de Nelson Mandela, alors qu’ils étaient encore enfants.

Ce groupe de rock « alternatif » ne fait ni du « rock zoulou » ni de « l’afrogothique », comme l’écrit parfois la presse sud-africaine. Et encore moins une fusion entre « métal » et « world ». En fait, leur son est unique. « Quand ils s’y mettent, ils font de la musique comme personne », écrivait déjà en 2009 à leur sujet le magazine de référence Rolling Stone, qui avait salué leur premier album, After Robots (jeu de mots entre « après les robots » et « après les feux rouges »).

Entre Jimi Hendrix et Fela

Lindani Buthelezi, Mpumi Mcata, Molefi Makanise et Tshepang Romaba, quatre garçons dans le vent, chantent en anglais, en sésotho ou en isiXhosa. Conscients et décomplexés, ils font penser à la fois à Jimi Hendrix et à Fela. Tous ont grandi dans les deux plus grands townships noirs de Johannesburg : Soweto et l’East Rand. Ils citent parmi leurs influences Salif Keita et les deux grands pianistes de jazz sud-africain, Mbeki Mseleku et Dollar Brand, sans oublier la musique qui retentit lors des enterrements en Afrique du Sud. « Des gens qui font de la polyphonie et des harmonies sans même le savoir », disent-ils.

Plus connus depuis leur premier titre international « Lakeside » (2007) par les mélomanes de Londres, New York et Paris qu’en Afrique du Sud, les Blk Jks surprennent toujours un peu chez eux. Ils s’approprient en effet un genre considéré comme de la musique de Blancs. Mais au pays de Brenda Fassie, Hugh Masekela et toute une nouvelle génération de stars du kwaito (dance music) et de gospel, ils rappellent avec une énergie magnétique que le rock est noir, jusqu’à la racine. Leurs morceaux partent parfois dans de longs solos de batterie, mémorables pour ceux qui les ont vus sur scène.

Le groupe à Brooklyn (NY) en juillet 2009

« C’est l’histoire d’un esprit qui ne dort pas et essaie de faire passer un message, explique Mpumi Mcata, guitariste et chanteur. On essaie de le traduire musicalement ». Leur premier album est sorti en 2009 chez Secretly Canadian, un label de rock indépendant américain. Ont suivi deux titres, Mystery et  Zol ! en 2009 et 2010. Voilà trois ans que leur second opus, concocté en Afrique du Sud, est attendu avec impatience. En attendant, ils font les festivals en Europe et en Afrique, et essaient de rétablir l’équilibre avec une scène qu’ils jugent trop « commerciale » en Afrique du Sud.

Les esprits libres de « l’afroconscience »

« Quand nous avons commencé, le rock était toujours perçu comme un truc de Blancs, la musique de l’ennemi, raconte Mpumi Mcata. Mais très vite, les gens se sont rendus compte que ce qu’on faisait était beaucoup plus en phase avec ce qui se passe en Afrique du Sud aujourd’hui que n’importe quelle musique qui passe à la radio ».

Le groupe porte clairement, comme nombre de poètes, slammeurs et plasticiens de leur génération, l’héritage de Steve Biko. Le leader du Mouvement de la conscience noire (BCM), médecin et activiste mort en prison en 1977 à l’âge de 31 ans, prônait une émancipation psychologique des Noirs, pour qu’ils cessent de se sentir inférieurs. Connu pour son slogan de lutte « Black man, you’re on your own » (« Homme noir, tu es tout seul »), il avait notamment résumé en ces termes sa pensée : « L’arme la plus efficace aux mains de l’oppresseur est l’esprit de l’opprimé ».

Les Blk Jks ne se mettent donc aucune limite et se réclament d’une « afroconscience » bien sud-africaine, différente de la quête identitaire de l’afrocentrisme américain. Le groupe tient à faire des tournées en Afrique, même mal payées, même dans les universités, pour faire passer le message de leur « esprit qui ne dort pas », du Mali au Kenya.

Chronologie et chiffres clés