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Etats-Unis Histoire

Publié le • Modifié le

Il y a cinquante ans, la mort de Robert, «Bobby», «l’autre Kennedy»

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Robert Kennedy le 2 juin 1964 à New York. AFP

Le 5 juin 1968, cinq ans après John Fitzgerald Kennedy, Robert Kennedy est assassiné alors même qu’il vient de remporter la primaire démocrate pour la Californie. Peu connu en France, le cadet de « JFK » a pourtant considérablement contribué à façonner la politique de son frère et continue d’inspirer la gauche américaine aujourd’hui encore.


Il est un peu plus de minuit ce 5 juin 1968 dans l’hôtel Ambassador de Los Angeles quand Robert « Bobby » Kennedy achève son discours. L’ancien procureur général des Etats-Unis, engagé depuis quelques mois dans la bataille pour la Maison Blanche, vient de revendiquer la victoire des primaires démocrates dans l’Etat de Californie. Lyndon Johnson, l’ex-vice-président de son frère « Jack », John Fitzgerald Kennedy, a annoncé qu’il ne se représenterait pas pour un deuxième mandat. Son poulain, le vice-président Hubert Humphrey, peine à s’imposer face au frère Kennedy. Alors que Robert se dirige vers la salle de presse pour rencontrer les journalistes, son assistante et son garde du corps l’invitent à passer par les cuisines pour s’y rendre. Robert Kennedy y serre la main d’un jeune garçon de table, Juan Romero. C’est alors qu’un Palestinien de 24 ans, Sirhan Bishara Sirhan, sort son arme et lui tire dessus à plusieurs reprises.

« Est-ce que tout le monde va bien ? » demande Robert Kennedy, à terre, à Juan Romero qui s’empresse de le rassurer avant que le sénateur de New York ne perde connaissance. Deux photographes du magazine Life et du quotidien Los Angeles Times immortalisent ce moment. Il deviendra l’image phare d'un assassinat qui défraye la chronique. Transféré successivement dans deux hôpitaux différents, Robert Kennedy subit une opération de plus de trois heures mais son état reste critique. Vingt-six heures plus tard, le 6 juin 1968, l'homme politique décède finalement, à 42 ans, pratiquement deux mois jour pour jour après une autre icône américaine, Martin Luther King. Cinq ans après son frère, président tombé sous les balles de Lee Harvey Oswald à Dallas le 22 novembre 1963, un autre Kennedy vient de mourir tragiquement.

Le petit dernier d'une famille nombreuse

Au départ cependant, rien ne prédestinait Robert « Bobby » Kennedy, septième d’une fratrie de sept enfants dont il est le troisième garçon, à connaître un destin exceptionnel. A Boston, où il naît en 1925, les Kennedy sont une puissante et respectée famille de la bourgeoisie catholique d’origine irlandaise. Cette famille nombreuse et les inévitables rivalités qui en découlent influenceront puissamment le caractère du petit Robert. Comme il le dira plus tard : « A midi, si je voulais manger, je devais jouer des coudes ». Son père, Joseph Patrick Kennedy est un personnage autoritaire et controversé, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Grande-Bretagne, soupçonné de s’être enrichi pendant la crise de 1929 et fasciné par le nazisme naissant en Allemagne. Mais ce patriarche n’a d’yeux que pour le frère aîné, Joseph Junior, qu’il destine à devenir le premier président catholique des Etats-Unis.

La mort de ce dernier lors d’une mission aérienne pendant la Seconde Guerre mondiale le pousse à reporter ses ambitions sur ses autres fils, dont John, le futur « JFK », que tout le monde dans la famille appelle « Jack ». Il décrit parfois son troisième fils Robert comme « l’avorton » de la famille et lui témoigne peu d’affection, voire de l’indifférence. Dans son enfance, le plus petit de la fratrie est souvent moqué par ses frères et ses sœurs précisément pour sa petite taille. Il entretient cependant une relation fusionnelle avec sa mère, Rose Fitzgerald, qui lui transmettra une foi catholique empreinte de justice sociale à l'influence profonde sur sa pensée.

Passionné de droit, diplômé de la prestigieuse université Harvard, Robert, avocat de profession, s’intéresse d’abord peu à la politique. Le hasard le met cependant sur la route de Joseph McMarthy, sénateur américain de triste mémoire, qui a donné son nom à la terrible chasse aux sorcières qu’il mène contre les communistes dans les milieux du cinéma entre 1951 et 1954. Or, Joseph McCarthy est fou amoureux de l’une des filles de la famille, Eunice Kennedy, et se rend fréquemment à la maison familiale de Hyannis Port. Il va alors prendre sous son aile le jeune Robert Kennedy qui effectue une mission à ses côtés. « Robert Kennedy éprouve beaucoup d’admiration pour l’homme McCarthy mais dénonce ses méthodes comme par exemple les accusations fabriquées de toutes pièces », raconte Frédéric Lecomte-Dieu, spécialiste français de la dynastie Kennedy et auteur notamment de Robert Kennedy, l’élan brisé (Timée Editions, 2008). « Il finit par démissionner. Mais c’est un homme loyal. Il se rendra d’ailleurs aux funérailles de McCarthy en 1957 ».

Soutien de son frère

Comme il fallait s’y attendre, Robert Kennedy s’engage en politique d’abord par affinité familiale. Dès 1946, il est le questeur de campagne de son frère John, puis à nouveau en 1952 quand celui-ci se présente comme sénateur dans l’Etat du Massachusetts. La petite histoire veut que son adversaire, Henry Cabbott Lodge, ait appelé Joseph Kennedy en lui conseillant de dire à ses fils d’abandonner, certain qu’il était de sa victoire. « Sa défaite représente une revanche pour la bourgeoisie catholique irlandaise de Boston contre les WASP, ces "Blancs anglo-saxons protestants" ("White Anglo-Saxons Protestant") qui contrôlaient jusqu’ici la politique et l’économie du pays », analyse Frédéric Lecomte-Dieu.

En 1960, en tant que directeur de campagne de son frère, Robert Kennedy joue un rôle déterminant dans son accession à la Maison-Blanche. Il prend le parti de faire la lumière sur la santé du futur président, qui souffre de la maladie d’Addison, une infection auto-immune qui le fera souffrir de violentes douleurs dans le dos jusqu’à sa mort. Il prend aussi la décision d’éloigner son père des affaires quand sont révélés ses liens passés avec le crime organisé. Sa conscience politique naît à cette époque et aura des conséquences sur son action future comme procureur général, c’est-à-dire l’équivalent de ministre de la Justice de son frère. Il est par exemple d’abord indifférent voire méfiant face à la question des droits civiques. L’Amérique entame alors à peine le mouvement de déségrégation après l’abolition des lois Jim Crow qui tenaient les Afro-Américains à l’écart de la vie politique. Les Kennedy eux-mêmes ont à leur disposition des domestiques noirs dont certains sont passés à la postérité, comme George Thomas.

Mais quand Coretta King, l’épouse de Martin Luther King, appelle à l’aide le candidat Nixon pour qu’il fasse sortir son époux de prison, elle se voit opposer un refus. Elle fait alors appel à John Kennedy qui obtient sa libération. En apprenant la nouvelle, le propre père de Martin Luther King annonce que désormais, il votera Démocrate. Un tremblement de terre : jusqu’ici, les Afro-Américains votaient plutôt Républicain par fidélité à Abraham Lincoln, qui avait aboli l’esclavage, et les Kennedy sont soucieux de conserver le vote Démocrate dans les Etats du Sud. Mais Robert Kennedy lui, est furieux, persuadé que cet acte signe la fin des chances de John d’accéder à la présidence.

« L’aboutissement du tournant engagé par le Parti démocrate sous Franklin Roosevelt »

La suite des évènements lui donne tort. Une fois élu triomphalement, John Kennedy lui propose de devenir son ministre de la Justice. D’abord réticent, Robert Kennedy, qui voudrait revenir au droit et redevenir avocat, accepte sur insistance de son père. Les frères Kennedy dirigent de fait le pays en tandem pendant les trois ans que dure le mandat de John. A la tête de la Justice, Robert Kennedy poursuit une politique ambitieuse, notamment sur le plan des droits civiques. Il prend ainsi fait et cause pour James Meredith, premier étudiant noir à entrer à l’université du Mississippi en 1962 : le gouvernement de JFK n’hésite pas à envoyer l’armée réprimer les émeutes de protestation. Robert Kennedy se fait aussi l’avocat des Chicanos, les travailleurs mexicains menés par le charismatique leader César Chavez. Il est aussi le premier Blanc à s’intéresser à la cause des Indiens d’Amérique, qui le rebaptisent « Cheval fougueux » en hommage.

« Robert Kennedy a poussé jusqu’au bout l’engagement de l’Amérique démocrate envers les femmes, les Noirs et les migrants. Il représente l’aboutissement du tournant engagé par le Parti démocrate sous Franklin Roosevelt », estime Jean-Pierre Mignard, enseignant à Sciences Po Paris et auteur de Robert F. Kennedy, la foi démocratique (Stock, 2016). « Historiquement conservateur, au travers des deux New Deals, ce parti avait engagé des politiques keynésiennes de lutte contre le chômage, notamment à destination des Afro-Américains qui passent alors au camp démocrate. John et Robert Kennedy, qui arrivent après Franklin Roosevelt, le père du New Deal, symbolisent cet engagement pour l’égalité. »

Sur le plan international, Robert conseille son frère et l’aide notamment à définir la position américaine sur la construction du mur de Berlin, en 1961. La même année, après l’échec du débarquement de la baie des Cochons destiné à renverser Fidel Castro à Cuba, il refuse le poste de directeur de la CIA. Comme conseiller de son frère, il joue un rôle considérable dans l’aboutissement d’une résolution pacifique dans la crise des missiles de Cuba, qui ravive pendant un temps la crainte d’un conflit nucléaire, potentiellement très destructeur, entre les deux grands adversaires de la guerre froide, les Américains et les Soviétiques. « Le dirigeant de l’URSS de l’époque Nikita Khrouchtchev lui-même a reconnu le rôle de Robert Kennedy dans la résolution de la crise », rappelle Jean-Pierre Mignard. « Avec son frère, Robert Kennedy avait acquis la conviction que l’on était arrivé au bout de la stratégie de dissuasion nucléaire et que Khrouchtchev ne voulait pas la guerre. »

Figure cathartique de l’Amérique

Sa grand-mère maternelle disait de lui : « Je ne voudrais pas l’avoir comme adversaire ». « RFK », comme on l’appelle est « un homme combattif, roué » selon Jean-Pierre Mignard. Il reste surtout dans les mémoires pour son action contre le crime organisé. A l’époque, la mafia n’est pas perçue comme une menace. John Edgar Hoover, le patron du FBI, voit dans le communisme un danger bien plus grand. Robert Kennedy mène une véritable guerre contre la mafia américaine, et notamment Jimmy Hoffa, le charismatique représentant du syndicat des camionneurs, finalement condamné à quinze ans de prison en 1967.

« L’affrontement entre Robert Kennedy et Jimmy Hoffa, entre le fils de l’un des Américains les plus riches et un homme qui s’est construit tout seul, est fortement médiatisé et fascine les foules », note Frédéric Lecomte-Dieu, pour qui cette politique est aussi la cause de la perte des frères Kennedy. « En septembre 1961, Robert Kennedy signe son arrêt de mort en imposant des contrôles fiscaux aux chefs de la mafia », poursuit le biographe. « A la même époque, la CIA utilisait des membres de la mafia pour préparer des opérations extérieures, comme l’assassinat de Patrice Lumumba en RDC ou des frères Diem au Vietnam. Or, ces mêmes membres de la mafia sont ciblés par la politique de Robert Kennedy, ce que lui-même ne savait pas dans un premier temps, contrairement à JFK qui ne pouvait l’ignorer ».

Robert Kennedy a hérité du caractère de son père et de la religiosité de sa mère. Celui qui priait souvent épouse en 1950 une héritière, Ethel Skakel, dont la famille a fait fortune dans la construction et avec qui il aura pas moins de 11 enfants. Ethel, qui se destinait à devenir religieuse, aurait dit au sujet de son futur époux qu’elle avait « trouvé son curé ». Elle est encore vivante à ce jour et réside dans le manoir de Hickory Hill, que Joseph et Jackie Kennedy lui avaient cédé après la mort en bas âge de leur fille Anabella.

Un romantique, lecteur de Sophocle

A l’inverse de son frère John, perçu comme souriant et énergique mais qui pouvait se montrer snob, Robert est un romantique, amateur de littérature française, mais aussi de Sophocle ou du poète britannique Alfred Tennyson. Ses écrivains préférés sont Albert Camus et Romain Gary et il lui arrivait parfois de paraphraser le dramaturge anglais George Bernard Shaw : « Il y a ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se disent "Pourquoi ?". Moi, je regarde le monde tel qu’il pourrait être et je me dis : "Pourquoi pas ?" ». « S’il est très cultivé, il peut aussi se montrer très dur car il doit en permanence prouver qu’il est un Kennedy. Le lendemain de la mort de son frère le voit ainsi se baigner dans une eau à 8°, en plein mois de novembre. Il a invité tous les procureurs américains et veut ainsi montrer sa virilité », raconte Frédéric Lecomte-Dieu.

Le 22 novembre 1963, John Fitzgerald Kennedy est assassiné alors qu’il saluait la foule venue voir son cortège circuler dans les rues de Dallas. Son meurtre devant les caméras, l’assassinat de son meurtrier et l’hypermédiatisation qui s’en suit autour de la question des véritables commanditaires choque et fascine à la fois le monde entier. La mort de son frère affecte très profondément Robert, qui sombre dans la dépression, se rapproche de la veuve de John, Jackie, avec qui il entame même une liaison. S’il accepte les conclusions de l’enquête officielle sur la mort de JFK, Robert se livre à sa propre contre-enquête dont il remet une copie à Jackie Kennedy.

Pour Robert Kennedy, cela ne fait aucun doute : la balle qui a touché son frère lui était destinée. Par leur politique, les deux frères se sont attiré l’inimitié de la mafia, citée plus tard comme un des possibles commanditaires de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, estime Frédéric Lecomte-Dieu qui raconte cette anecdote : « En avril 1963, Carlos Marcelo, un chef mafieux américain que Robert Kennedy avait fait expulser vers le Guatemala, aurait dit "un chien continue à mordre si on coupe sa queue, pas si on lui coupe la tête", une possible allusion aux frères Kennedy et au danger qu’ils représentaient pour ses affaires ».

Reprendre le flambeau du frère disparu

Neuf mois à peine après la mort de son frère, Robert Kennedy se relance pourtant en politique avec l’ambition de poursuivre sur la voie de JFK. Il concourt pour le poste de sénateur pour l’Etat de New York, qu’il remporte en 1964, avec déjà la primaire et la présidentielle de 1968 en tête. Comme sénateur de New York, Robert Kennedy met en place un partenariat public-privé unique dans le quartier désœuvré de Bedford-Stuyvesant, attirant notamment des entreprises dont IBM, afin de mettre en place une dynamique créatrice d’emplois et de rénovation urbaine. Une révolution pour ce véritable ghetto. « Robert Kennedy représente une figure cathartique de l’Amérique », analyse Jean-Pierre Mignard, « sa construction politique est plus charpentée que celle de son frère et sa foi chrétienne joue un rôle majeur dans son engagement pour les pauvres ».

Réputé conservateur, l’écrivain Norman Mailer qui l’interviewe en 1965 décrira la fascination qu’exerce sur lui cet homme pourtant issu d’un autre bord politique. En 1966, Robert Kennedy n’hésite pas, alors qu’il est en Afrique du Sud, à y dénoncer le régime d’apartheid qui y sévit. Depuis lors, « Kennedy » est devenu un nom courant dans la nation arc-en-ciel. Lorsque Nelson Mandela se rend aux Etats-Unis en 1990, peu de temps après avoir été libéré de sa geôle de Robben Island où il a purgé une peine de 27 ans de prison, il tient à aller rendre hommage à Robert Kennedy sur sa tombe dans le cimetière militaire d’Arlington, où sont enterrées les personnalités américaines.

« Plus que des mesures ou qu’un programme précis, Robert Kennedy était porteur d’un état d’esprit », explique Guillaume Gonin, auteur d’une biographie de Robert Kennedy publiée chez Fayard en 2017. « Il croyait à l’action alignée sur des valeurs. Il trouvait ensuite des moyens pour obtenir des résultats concrets et changer la vie des gens. Ce qu’il fit comme sénateur de New York et comme ministre de la Justice. Son action sera d’ailleurs tellement reconnue que George W. Bush a renommé en 2006 le bâtiment principal du ministère de la Justice le Robert F. Kennedy Building. En cela, certains journalistes de l’époque voyaient en lui une sorte de Pierre Mendès-France américain ».

« On va tuer un autre Kennedy »

En 1968, deux mois à peine avant son propre assassinat, Robert Kennedy prononce l’éloge funèbre de Martin Luther King et fait affréter un avion pour ramener son corps à sa famille. « Martin Luther King », déclare-t-il lors d’un discours improvisé, « a dédié sa vie à l’amour et à la justice de ses compagnons humains et il est mort en raison de cet effort ». Il fait le choix de se rendre dans un quartier ghettoïsé d’Indianapolis pour annoncer la mort du docteur King en direct à la télévision. Il est le seul leader blanc à le faire avec l’ancien maire de New York, John Lindsay, qui se rend lui dans le quartier de Harlem. Indianapolis sera par la suite une des seules villes à être épargnée par les émeutes raciales qui suivront.

La même année, Lyndon Johnson, l’ancien vice-président de son frère qui avait poursuivi sa politique, annonce qu’il ne se représentera pas à la Maison Blanche. Robert Kennedy saisit sa chance et se présente contre Hubert Humphrey, qui a les faveurs de l’ancien président, mais aussi contre les sénateurs Eugene McCarthy et George McGovern. « C’est sans doute la guerre du Vietnam qui l’a motivé à se présenter », estime Jean-Pierre Mignard, « comme son frère, il a longtemps été myope sur ce conflit avant de se permettre de le critiquer, notamment avec le général de Gaulle, ce que le président Lyndon Johnson ne lui a d’ailleurs pas pardonné ».

Son entrée en campagne bouleverse le jeu entre les autres candidats démocrates, son frère Ted est persuadé qu’il va gagner. Pourtant, la veille de sa mort, Robert confie au réalisateur américain John Frankenheimer (qui a notamment signé The Mandchurian Candidate en 1962) et à l’écrivain français Romain Gary : « On va tuer un autre Kennedy ». « Au fond, il s’est sacrifié, il était persuadé qu’il devait mourir parce qu’il se sentait coupable de la mort de son frère », d'après Frédéric Lecomte-Dieu.

Son meurtre génère quantité de théories du complot, notamment en raison de nombreuses incohérences, de flous et de mystères. Selon Frédéric Lecomte-Dieu, il est acquis aujourd’hui qu’il existait au moins deux, voire plusieurs tireurs. Douze balles ont été tirées ce soir-là alors qu’un barillet ne peut en contenir que six. Pourtant, selon le rapport officiel, seules quatre balles ont été tirées. Une mystérieuse femme avec une robe à pois est aperçue par des témoins à plusieurs reprises sur les lieux du crime en compagnie d’autres personnes, comme s’ils étaient en repérage.

Selon le rapport d’autopsie, la balle qui aurait été fatale à Robert Kennedy l’aurait atteint par-derrière. Or, Sirhan B.Sirhan se trouvait face au sénateur. L’assassin est décrit comme un marginal un peu paumé, qui avait mystérieusement disparu quelque temps avant les faits. Condamné dans un premier temps à la peine de mort en 1969, puis à la perpétuité en 1972, il a affirmé n’avoir aucun souvenir du meurtre. Pour sa défense, son avocat a prétendu qu’il était sous contrôle mental, agissant sous l’effet de l’hypnose au moment des faits. Désormais âgé de 74 ans, Sirhan B. Sirhan vit toujours dans la prison de Pleasant Valley, en Californie, entre San Francisco et Los Angeles.

Une marque dans l'histoire du parti Démocrate

Cependant, Jean-Pierre Mignard ne croit pas, lui, à un assassinat politique. Certes, Robert Kennedy se posait en défenseur d’Israël, ce qui a été présenté comme le motif de son assassinat par un Palestinien, mais le petit frère de JFK, « ce personnage solaire, était forcément exposé ». « Robert Kennedy a mieux décrit que tout le monde le phénomène qui a conduit à son assassinat : les Etats-Unis sont pour lui un pays qui s’est construit dans la violence. La frustration née de la surconsommation de l’image dans la société américaine de l’époque amène certains à un anonymat définitif », comme son assassin.

« Certains estiment que Sirhan aurait été manipulé par la CIA », abonde Guillaume Gonin. « C’est une hypothèse séduisante, si j’ose dire. Car elle expliquerait certaines bizarreries : l’état second dans lequel se trouvait Sirhan Sirhan au moment de son arrestation ; les notes manuscrites trouvées dans sa poche ; les différentes personnes aperçues sur la scène du crime qui se seraient volatilisées. Mais, à ce jour, je n’ai en ma possession aucun élément, autre que la déduction et mes questions, qui me permettrait d’affirmer que c’est ce qu’il s’est passé. Surtout que la tentation est grande de vouloir donner du sens à une mort aussi brutale. De ne pas accepter l’aspect aléatoire d’un tel assassinat, qui a littéralement changé la face du monde. Il faut aussi éviter de tomber dans ce piège ».

Peu connu en France, Robert Kennedy jouit d’une aura considérable auprès des démocrates américains, que sa pensée influence encore considérablement. Il est notamment un théoricien du « démocratisme » : l’engagement pour les valeurs universelles, le patriotisme, le marché - Robert Kennedy est anticommuniste - et surtout l’alliance entre les classes moyennes américaines, les minorités et les pauvres. Des leaders démocrates tels que Bernie Sanders ou Barack Obama le citent régulièrement, bien plus que son frère. Pour Jean-Pierre Mignard, Robert Kennedy représente de fait « l’anti-Nixon et même…l’anti-Trump ».

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