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Publié le • Modifié le

[Portrait] Karim Sy, au nom du numérique et de l’Afrique

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Karim Sy. Ussi'n Yala pour Inspire Afrika Magazine

Fondateur de Jokkolabs, premier espace de travail collaboratif en Afrique de l’ouest et incubateur de start-up à fort impact social, Karim Sy est membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique installé par Emmanuel Macron à l’Elysée. Très tourné vers le numérique, l’activisme de ce serial-entrepreneur Franco-Malien a permis aux start-up africaines de rayonner lors du grand salon numérique international VivaTech.


On pouvait apercevoir la silhouette de Karim Sy aux côtés des présidents rwandais Paul Kagamé et français Emmanuel Macron lors du grand salon international dédié au numérique Vivatech qui s’est tenu à Porte-de-Versailles à Paris du 24 au 26 mai 2018. Pour cette troisième édition de l’événement créé en 2016 par le président de Publicis, Maurice Levy, l’innovation africaine était à l’honneur.

La présence du fondateur de Jokkolabs n’avait donc pas de quoi surprendre. En plus d’être un entrepreneur chevronné dans le numérique, ce geek de 46 ans, tête dégarnie, barbe bouc, aux origines multiples - il est Franco-malien, a des racines sénégalaises et est de mère libanaise - est aussi membre bénévole du Conseil présidentiel pour l’Afrique de l’Elysée fondé en août 2017 par le président Français. Composé de dix membres de la diaspora africaine, sa mission est d’apporter un éclairage sur les enjeux des relations diplomatiques entre la France et l’Afrique.

Une position privilégiée qui permet à Karim Sy de susurrer des conseils sur le développement du numérique en Afrique aux oreilles d’Emmanuel Macron. « Emmanuel Macron est un président qui a une grande capacité d’écoute. Et c’est agréable. Quand il prend des engagements, il faut que cela suive. Et aujourd’hui on commence par voir les résultats » affirme non sans fierté Karim Sy, rencontré dans un restaurant non loin de la place des Ternes, dans le 17e arrondissement de Paris.

Les résultats ? C’est tout d’abord l’opportunité donnée à la centaine de start-up du Rwanda, du Maroc, du Nigéria et de différents autres coins de l’Afrique de venir montrer leur savoir-faire. « Il faut dire qu’on a aidé à mobiliser. Parce que ce n’était pas gagné d’avance. Vivatech n’était pas sûr de trouver un grand nombre de start-up. On a aidé à faire comprendre l’intérêt pour l’Afrique de participer » explique Karim Sy.

Mais aussi et surtout, l’engagement officiel de la France pour développer et mieux structurer les écosystèmes numériques. Le président a notamment annoncé un fonds de 65 millions d’euros pour financer et accompagner les start-up africaines dans leur développement. Ordonné par l’association Digital Africa qui regroupe l’Agence française du développement, la Banque publique d'investissement et plusieurs acteurs du numérique en Afrique, le fonds permettra à plusieurs start-up en quête de financement d’amorçage de bénéficier de prêts d’honneur à hauteur de 100 000 euros maximum. Et ce n’est que le début.

« Lors du discours de Ouagadougou, Emmanuel Macron avait annoncé un milliard d’euros pour soutenir les populations, les jeunes à la base. Pour Digital Africa, nous sommes sur une méthode agile. Nous allons tester, ajuster et réaménager au fur et à mesure », explique l’entrepreneur qui n’oublie pas de rappeler que ces actions sont une conséquence des activités du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA). « Le CPA a cette volonté d’être dans deux dynamiques. Celle de recréer et de réinventer les liens entre la France et l’Afrique. Mais aussi de permettre aux Français de voir différemment l’Afrique comme un continent d’opportunité qui bouge. »

Reconnaissance

Si Karim Sy en est arrivé à conseiller le président français au sein du CPA aux côtés de neuf autres membres issus de domaines différents comme l’ancien diplomate béninois Jules-Armand Aniambossou ou la Tunisienne Sarah Touni, entrepreneure dans le développement durable, c’est bien à cause de son énorme parcours et de ses ambitions pour l’Afrique. « Quelque part, c’est une reconnaissance, si le président Macron a jugé utile de me consulter pour qu’on puisse lui apporter des éclairages sur sa politique africaine », explique ce diplômé de l’Ecole polytechnique de Montréal qui s’est passionné de l’informatique depuis tout petit. « Je devais être en 4ème. Et un jour mon frère est venu avec un Sinclair ZX 81. Cela m’a fait délirer. J’ai commencé à faire de petits programmes de jeux vidéo » se souvient ce fils de fonctionnaires internationaux, né en France.

Pourtant c’est l’hydraulique qui va l’amener à remettre les pieds sur le continent de retour du Canada en 1994. « Avec un entrepreneur à succès, on avait conçu des pompes à eau. C’était une innovation. Je me voyais révolutionner l’accès à l’eau potable en Afrique. Parce qu’à l’époque quand, tu parlais d’informatique, on te montrait des télécentres téléphoniques » raconte-t-il.

Internet vient en Afrique à la fin des années 1990. « Au Sénégal, les premières bandes passantes sont venues en 1999. J’y trouve une opportunité pour racheter la marque Oracle. Mais j’avais déjà créé Opensys, l’un des premiers intégrateurs de services au Sénégal. On s’est spécialisé dans l’automatisation des process notamment pour la gestion du crédit dans les banques » raconte Karim Sy, qui est par ailleurs membre du patronat et a été vice-président de la Stratégie de croissance accélérée, un programme de l'Etat sénégalais de lutte contre la pauvreté.

Jokkolabs pour l'entrepreneuriat social

Mais c’est surtout la création en 2010 à Dakar de Jokkolabs, le premier espace de co-working et laboratoire numérique d’Afrique subsaharienne qui le met sous le feu des projecteurs. Il confie d’ailleurs que c’est ce qui lui vaut sa nomination au CPA. « Jokkolabs, c’est un peu la quintessence de toutes mes réflexions sur le continent. Dès 2000, on avait bien vu que le numérique était en train de changer la planète. C’est un changement de paradigme net qui s’opère. On voit bien que cela crée des fenêtres d’opportunités incroyables pour l’Afrique », explique-t-il.

Le concept Jokkolabs a depuis essaimé dans une dizaine de pays dont le Bénin, le Burkina-Faso, Le Maroc et aussi la France. Et plus de 600 start-up ont été déjà accompagnées par le hub numérique qui s’autofinance. Jokkolabs promeut surtout une vision plus sociale de l'entrepreneuriat pour relever les nouveaux défis existentiels de la planète, à contrario de l’accumulation de richesses que défendent les sociétés libérales. « Notre base line à Jokkolabs, c’est social change hub. Aujourd’hui, il faut une nouvelle forme d’entrepreneur qui soit conscient de l’environnement dans lequel il vit, qui tienne compte de la communauté qui vit autour de lui. C’est un peu la logique ubuntu. »

Jokkolabs se définit aussi comme un écosystème, un temple de l’innovation ouverte pour une prospérité partagée. C’est avec cette même vision que Karim Sy a accepté de rejoindre le Conseil présidentiel pour l’Afrique. « Nous sommes dans une communauté de destin face aux grands enjeux mondiaux. Il s’agit de se poser les questions tous ensemble et de partager nos expériences pour inventer le monde de demain. »

Et pour l’Afrique, les défis sont énormes. Comment nourrir deux milliards de personnes d’ici 2050 ? Comment garantir l’accès à l’eau potable ou à l’énergie alors que les ressources s’amenuisent? Comment lutter contre le dérèglement climatique ? Des questions auxquelles le numérique peut apporter une réponse.

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