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Cannes 2018 Cinéma Burundi

Publié le • Modifié le

Cannes 2018: Khadja Nin, une chanteuse burundaise dans le jury

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La chanteuse burundaise Khadja Nin lors de la cérémonie d'ouverture du 71e festival de Cannes le 8 mai 2018. REUTERS/Stephane Mahe

Qui est Khadja Nin, membre cette année du jury majoritairement féminin du festival de Cannes ? La chanteuse burundaise, qui s’est fait connaître dans les années 1990 avec deux albums, Ya Pili (1994) et Sambolera (1996), a abandonné la scène. Elle plaide sans relâche pour la sortie de son pays de la nouvelle crise politique qui le frappe depuis 2015.


Voilà plusieurs années que Khadja Nin, établie à Monaco avec son mari, l’ancien champion belge de Formule 1 Jacky Ixck, a fait une « parenthèse dans la musique ». Elle a quitté la scène et ne produit plus d’albums, mais se réserve la possibilité de revenir – « c’est toujours possible en musique », dit-elle.

On la retrouve cette année là où on ne l’attend pas, en tant que membre du jury majoritairement féminin du Festival de Cannes (du 8 au 19 mai), sous la présidence de Cate Blanchett, aux côtés des actrices Léa Seydoux et Kristen Stewart, entre autres.

Un jury féminin et militant

« Je ne sais pas pourquoi ni comment j’ai été choisie, confie-t-elle à RFI, mais j’ai dit oui tout de suite ! J’ai remarqué que dans ce jury, chacun est engagé dans autre chose que sa propre personne ». Quel effet cela lui fait-il de visionner des films pour leur décerner des prix ? Elle répond avec humilité : « C’est une super séance de rattrapage pour moi, et le travail de sélection a déjà largement été fait puisqu’il est question de se fier à son ressenti, à ses émotions pour 20 films qui figurent dans la sélection officielle ».

Un défi qui l’enthousiasme, d’autant plus que la cause féminine dépasse le mouvement #MeToo porté par Cate Blanchett, avec une manifestation attendue pendant le festival. Un groupe d’actrices noires mené par Aïssa Maïga et comprenant entre autres Sabine Pakora fait lui aussi des vagues, avec un ouvrage collectif dont le titre résonne comme un slogan : « Noire n’est pas mon métier ».

L’initiative, que Khadja Nin suit de près, lui fait à la fois plaisir « et mal ». « Je suis contente  de soutenir mes sœurs qui témoignent de leur vie dans les castings au quotidien. Les choses qu’on leur dit, axées sur le racisme, on ne devrait plus les entendre dans la France de 2018 ».

« Ka Jeanine », la petite Jeanine

Née en 1959 au Burundi, cadette d’une fratrie de huit enfants, cette fille d’un ancien ministre du règne de Mwambutsa IV s’est orientée très tôt vers la musique. A 7 ans, sa voix remarquable lui vaut d’être l’une des chanteuses phares de la chorale de Bujumbura, la capitale du Burundi. Jeanine Ntiruhwana de son vrai nom choisit plus tard, au moment de former son groupe en 1973,  le surnom de son enfance comme nom d’artiste. « Ka Jeanine » signifie « la petite Jeanine », et devient Khadja Nin. Elle quitte son pays en 1975 pour le Zaïre voisin et rejoint la Belgique en 1980.

Cinq ans plus tard, elle décroche un contrat avec le label BMG. Son deuxième album, Ya Pili, asseoit sa notoriété, et le succès vient avec l’album Sambolera (1996). L’un de ses titres les plus populaires, intitulé Sina Mali, Sina Deni, est une reprise de  la chanson Free de Stevie Wonder. Son troisième et dernier album, Ya… est remarqué pour sa chanson Mama, dont Jeanne Moreau réalise le clip.

Remarquée pour sa prestation en 2000 à New York aux côtés de Sting et Cheb Mami, elle ne se produit plus sur scène et se consacre à 100%, dit-elle à la cause de son pays, le Burundi. Elle défend, comme nombre de ses compatriotes, le respect de l’Accord de paix d’Arusha négocié en 2002 sous la médiation de Nelson Mandela, et le respect de la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels successifs. Une limitation dont a fait fi le président sortant Pierre Nkurunziza, qui a brigué un troisième mandat en juillet 2015, quitte à replonger son pays dans une grave crise.

Au chevet du Burundi

« Vous pouvez nous tuer, mais vous ne pourrez jamais nous tuer tous », a-t-elle déclaré en marge d’un sommet de l’Union africaine (UA) en 2015, auquel elle s’était rendue pour faire du plaidoyer en faveur de la démocratie dans son pays.

En février 2016, elle a pris sa plume pour écrire une lettre ouverte à ses « frères et sœurs africains » sur le Burundi. Evoquant une mission de médiation de chefs d’Etat africains, elle écrivait : « Il y a urgence, une génération meurt sous nos yeux, sacrifiée par l’égarement d’un seul homme. Ils n’auront pas droit à un nouvel échec. Cette mission de la dernière chance est porteuse des espoirs de tous les peuples africains, fatigués de ne pas voir émerger des leaders forts et responsables, capables de les protéger et de soigner eux-mêmes les maux de l’Afrique »

Elle ne manque pas une réunion de la société civile burundaise alertant sur la situation dramatique des droits de l’homme au Burundi. « Nos frères ont compris que la page de la guerre civile est tournée, et ils ne sont plus prêts à s’entretuer », disait-elle encore le 2 février dernier, lors d’une réunion organisée par SOS Racisme à la Bellevilloise, à Paris.

Aujourd’hui, elle tient à le souligner : « Avec le projet de révision de la Constitution, la violence augmente encore. Des viols de masse sont commis, encouragés par des chants de la milice Imbonerakure, inféodée au pouvoir. Le viol se répercute sur plusieurs générations et détruit le tissu social ». Sa voix va porter à Cannes cette année sur des questions de cinéma, sans cesser de s’élever pour la paix dans son pays. 

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