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Publié le • Modifié le

Le black bloc, une technique de lutte, ni mouvement ni phénomène

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Une partie du «black bloc» rassemblé à Paris, le 1er mai 2018, en tête du cortège rassemblé pour la fête du travail. REUTERS/Philippe Wojazer

Plus de 14 500 personnes venues hors cortège syndical se sont installées en tête de la traditionnelle manifestation de la fête du travail ce mardi 1er mai 2018 à Paris. Parmi elles, «  1200 Black Blocs » (recensés par la préfecture de police) ont participé à diverses dégradations, comme le saccage d’un McDonald’s, qui ont débouché sur des interventions policières et 109 gardes à vue. Mais c’est quoi, au juste, un black bloc ?


Assimilés aux casseurs, souvent évoqués quand une manifestation est le théâtre de violences en Europe, « les Black Blocs » fascinent et intriguent. Pourtant, ils n’existent pas. Ou, plutôt, il est faux d’en parler comme d’un mouvement uni, ou même comme d’une mouvance politique. Le black bloc est avant tout une technique de rassemblement, dont les codes sont pensés en fonction de leur efficacité supposée ou réelle.

Les blacks blocs réunissent des personnes toutes habillées de noir, autant par commodité qu’en référence à l’anarchisme et à la piraterie, qui se considèrent en lutte contre les autorités et le capitalisme. En fonction du contexte, les individus rassemblés ainsi « vont être plus ou moins violents », concentrant toujours leurs actions sur des cibles « politiquement symboliques, que ce soit la police ou des symboles du capitalisme », constate Olivier Cahn, maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise. Ce qui les différencie de simples casseurs, puisqu’il s’agit d’une « action politique » et non d’un geste « irraisonné ».

A l’inverse, « on parle de black bloc dès que des activistes s’en prennent aux forces de police, or ce n’est pas forcément le cas », souligne le chercheur, qui estime que la manifestation du 1er mai 2018 à Paris constitue « probablement » le premier « vrai black bloc » depuis le sommet de l’Otan à Strasbourg en 2009, à l’occasion duquel un black bloc d’environ 2 000 personnes et 9 000 policiers se sont affrontés.

Constitué de proches divers de l’extrême-gauche, entre autres de « révolutionnaires très politisés, mais aussi d’antifascistes, pas forcément révolutionnaires, de certains supporters de football » ou encore d’anarchistes, les black blocs comme ceux du 1er mai refusent l’idée d’un chef et sont agités de courants parfois opposés. Qu’ils se revendiquent ou non d’un mouvement politique ou d’un groupe précis, ceux qui y prennent part se rassemblent ponctuellement pour des actions précises. Ce qui explique pourquoi les black blocs « réapparaissent en fonction des besoins et des situations ». Le reste de l’année, les militants « continuent leur action par ailleurs ».

Une tactique qui a près de 40 ans

Les black blocs en tant que tels apparaissent en Allemagne, à Berlin-Ouest, en 1980. Menacés d’expulsion, des squatteurs et des étudiants occupant leur université décident de se défendre masqués et vêtus de noir, pour rendre plus difficile leur identification par les forces de l’ordre. La police allemande désigne cette nouvelle façon d’agir par le nom schwarzer Block, c’est-à-dire « groupe noir ».

Le black bloc (sans majuscules) est né et ne tarde pas à se diffuser dans les groupes liés aux anarchistes, aux antifascistes ou au mouvement punk. La tactique s’internationalise, elle est notamment employée aux Etats-Unis dès le début des années 1990, lors de mobilisations antimilitaristes – contre la première guerre du Golfe – et antiracistes. Avant, fin novembre 1999, de s’afficher enfin à la Une de nombre de médias internationaux lors des manifestations à Seattle, aux Etats-Unis, contre la tenue d’un sommet de l’Organisation mondiale du commerce. Des activistes masqués, habillés de noir, y attaquent divers symboles du capitalisme, comme des banques, des magasins et, déjà, un McDonald’s. Quelques jours après les dégradations, le « collectif Acme » diffuse l’un des rares communiqués signé de participants à un black bloc (en anglais), afin d’en expliquer la portée. Loin de toute violence gratuite, ils revendiquent l’attaque « ciblée et stratégique de diverses cibles corporatistes », la résistance à l’action des forces de l’ordre et un mode d’action organisé, pensé pour provoquer des dégâts matériels et faire réagir l’opinion publique.

Depuis, de Gênes en 2001 – lors d’émeutes contre le sommet du G8 –  au 1er mai 2018, stratégie et tenue du black bloc sont restées très similaires. Les organisateurs de blacks blocs s’insèrent « dans une manifestation organisée par d’autres, s’y intègrent et, à un moment, se rassemblent pour donner l’image d’une manifestation radicale », imitant ainsi certaines techniques des autonomes des années 1970, raconte Olivier Cahn.

« Montrer l’existence d’une véritable colère sociale ».

Le but, dans tous les cas, est le même : « créer l’évènement ». Face à des médias qu’ils jugent intéressés uniquement par « le spectaculaire », les adeptes du black bloc entendent occuper l’espace et surtout « montrer l’existence d’une véritable colère sociale ».

Ce qui ne signifie pas pour autant un désintérêt envers la contestation initiale. Les signataires du « manifeste du carré noir » – paru lors de la grève étudiante québécoise de 2012 –  affirment au contraire : « Nous sommes étudiant-e-s. Nous sommes travailleuses et travailleurs. Nous sommes chômeur-e-s. Nous sommes en colère. Nous ne récupérons pas une grève. Nous sommes dans le mouvement depuis le début. […] Nous n'infiltrons pas les manifestations, nous aidons à les organiser, nous les rendons vivantes ».

Francis Dupuis-Déri, chercheur québécois, rapporte d’ailleurs dans un article publié en 2003 que « pour nombre de participants aux black blocs, la décision d’avoir recours à la force s’inscrit dans une réflexion politique qui s’inspire d’expériences passées ». D’après ce spécialiste du sujet, « l’action directe violente est perçue [dans les black blocs] comme un moyen efficace et simple de critiquer le capitalisme et l’État libéral ».

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