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Publié le • Modifié le

Exposition: quand mode et religion se retrouvent

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La robe de soirée de Valentino (g), l'ensemble sculptural de Viktor and Rolf et la robe brodée de Dolce & Gabbana (d) sont exposées au Metropolitan. The Metropolitan Museum of Art

Le Metropolitan Museum of Art de New York inaugure lundi 7 mai une exposition sur les relations entre la mode et le catholicisme. Très attendu, l’événement soulève encore une fois le débat sur l’usage de l’iconographie religieuse dans la création de vêtements, au moment où le Modest Fashion ne cesse de gagner de l’ampleur.


Les yeux du monde de la mode seront tournés lundi 7 mai vers New York où le Metropolitan ouvre en grande pompe l’exposition annuelle du Costume Institut, son musée de la mode. Les stars de l’industrie se retrouvent dans la ville pour l’inauguration, couronnée comme à chaque fois par une soirée – le MET Ball – précédée d’une montée des marches digne du Festival de Cannes.

Mais cette année, l’exubérance des parures sur le tapis rouge va disputer l’attention avec une autre opulence : celle d’une quarantaine de pièces, venues directement de la Chapelle Sixtine, et dont les broderies et les détails pourraient faire pâlir les défilés de la haute couture. Robes papales, bijoux et autres trésors ecclésiastiques, ces chefs-d’œuvre, dont certains n’ont jamais quitté le Vatican, font partie de l’exposition « Heavenly Bodies : Fashion and the Catholic Imagination » (Les corps célestes : la mode et l’imagination catholique), qui ouvre ses portes au public le 10 mai, après le MET Ball, et reste à l’affiche jusqu’au 8 octobre.

Au-delà des objets venus du Vatican, l’événement met en exergue, grâce à plus de 150 ensembles, principalement des vêtements pour femmes, le dialogue entre la mode et les pratiques dévotionnelles du catholicisme. « La mode et la religion ont longtemps été entrelacées. Elles s’inspirent et s’informent mutuellement », explique Andrew Bolton, conservateur en charge de l’exposition au Costume Institut du MET. « Bien que cette relation ait été complexe et parfois contestée, elle a produit certaines des créations les plus inventives et novatrices de l'histoire de la mode. »

Entre adoration et ironie

Certains créateurs ont bâti toute leur carrière autour des codes de l'Église catholique. C’est le cas du duo italien Dolce & Gabbana, dont l’influence de leur religiosité est une constante, à coups de broderies à outrance ou, de manière plus décalée, avec les sweat-shirts écrits « Fashion Devotion », comme ceux présentés en février 2018 sur les podiums. Le Britannique Alexander McQueen a lui aussi emprunté des codes religieux sur ses collections, tandis que le Français Jean-Paul Gaultier préfère l’ironie des vierges sensuelles sur certains défilés.

Sans oublier, de façon plus anecdotique, l’inoubliable scène du défilé ecclésiastique dans le film Roma de Federico Fellini, qui montre non seulement les passerelles entre ces deux mondes mais aussi que les Italiens peuvent avoir de l’humour quand il s’agit de mélanger mode et religion.

Dans les salles du MET, le public pourra apprécier certains de ces cas d’école. Comme la robe brodée, signée Galliano pour Dior en 2000, une sorte de vêtement papal au féminin, ou encore une robe de soirée avec une croix géante, crée par Gianni Versace en 1997.

La marque italienne est d’ailleurs l’un des mécènes de l’exposition new-yorkaise et très impliquée. Donatella, la sœur du créateur, a même accompagné jusqu’au Vatican Anna Wintour, la rédactrice en chef du magazine américain Vogue et l’une des administratrices du MET, afin d’avoir la bénédiction de l'Église catholique pour son événement. La « papesse de la mode » chez le pape François, cela ne s’invente pas.

Au-delà du catholicisme

Cependant, la relation entre mode et religion va bien au-delà du catholicisme, même si ce dialogue n’est pas toujours aussi cordial. Jean-Paul Gaultier a défrayé la chronique en 1993 avec sa collection Rabbi Chic, clairement inspirée des tenues traditionnelles des Juifs hassidiques. Même scandale en 1997, quand le couturier turc Hussein Chalayan détourne la burqa sur le podium, ou encore quand Chanel brode les versets du Coran sur une robe en 1994, provocant des violentes réactions. Sans oublier tout le débat sur le burkini en France, qui a fait couler beaucoup d’encre pour d’autres raisons.

« Indépendamment de la motivation, le port du hijab, ainsi que d'autres formes moins courantes de voile, est devenu pour les femmes l’une des décisions les plus policées du XXIe siècle », résume l’historienne Reina Lewis, professeur au London College of Fashion et auteur du livre Muslim Fashion : Contemporary Style Cultures. Cependant, malgré les polémiques, la jeune génération, née parfois dans des pays laïcs, est à la fois tournée vers à la religion et ouverte au capitalisme, explique la chercheuse, rappelant que, bien plus qu’un acte militant, c’est aussi une façon d’ancrer sa croyance dans la modernité.

Un marché florissant

Le grand magasin Macy's a adhéré à la mode avec la collection Verona. Macy's/Emily Hawkins

Mais les temps changent et le potentiel du marché du Modest Fashion a aidé à oublier les critiques et les éventuelles accusations d’appropriation culturelle. Cette appellation, qui regroupe non seulement les tenues portées par des femmes musulmanes, mais aussi toute forme de vêtement dit « pudique », suivant les préceptes religieux, cible autant les clientes pratiquantes de l’islam que du judaïsme, ou encore les mormons aux Etats Unis et les évangéliques en Amérique latine. Du côté de ces ferventes chrétiennes, seul le Brésil compte plus de 55 millions de fidèles. Tandis qu’entre les musulmanes, on estime que les consommateurs ont dépensé en vêtements plus de 250 milliards de dollars en 2016. Selon la dernière étude du forum Global Islamic Economy, ce chiffre peut dépasser les 370 milliards en 2022.

Les marques de mode ont compris l’ampleur de ce marché, peu importe les gammes de prix. En 2015, Tommy Hilfiger mais aussi Mango lançaient leur collection pour le ramadan, tandis que l’enseigne H&M mettait en scène une femme voilée sur l’une de ses campagnes publicitaires. Un an plus tard, la pourtant très catholique Dolce Gabbana lançait une collection de hijabs et d’abayas très couture. Le dernier exemple en date : le grand magasin américain Macy’s vient de lancer Verona, une collection aux prix très accessibles, qui se présente comme une façon pour les femmes musulmanes « d’exprimer leur identité personnelle et embrasser la mode qui les rend confiantes à l'intérieur et à l'extérieur ».

Et pour ne pas se faire doubler par les grandes marques, les acteurs locaux commencent eux aussi à s’organiser. Riyad vient de faire sa première Fashion Week, tandis que Dubaï a accueilli fin mars l’édition inaugurale de sa Prêt-A-Cover, une semaine de promotion de la Modest Fashion organisée par l’Islamic Fashion and Design Council (IFDC).

À ce rythme, peut-être la prochaine exposition du Metropolitan Museum de New York sera une ode au Modest Fashion.

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