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Luiz Inacio Lula da Silva Brésil Justice Corruption

Publié le • Modifié le

Lula en prison, où va le Brésil?

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Des partisans de l'ancien président brésilien Lula le 6 avril 2018 à Belo Horizonte. DOUGLAS MAGNO / AFP

Tout le Brésil a retenu son souffle lorsque Lula a refusé de se rendre à la police fédérale. L'ancien président est désormais derrière les barreaux, condamné à douze ans de réclusion pour corruption passive et blanchiment d’argent et le pays vient d’entrer dans une zone d’incertitudes et de fortes turbulences. L’élection présidentielle d’octobre prochain est bouleversée. Lula était le candidat favori des sondages. Mais son incarcération crée aussi un précédent, un message fort sur la fin de l’impunité, alors qu’un très grand nombre de parlementaires sont poursuivis par la justice. Ils peuvent désormais légitimement craindre d’être les suivants sur la liste.


Condamné en deuxième instance pour avoir bénéficié d’un appartement en échange de faveurs politiques, le fondateur du Parti des travailleurs (PT) a jusqu’au 23 avril prochain pour déposer un recours devant la Cour suprême et tenter d’obtenir sa remise en liberté.

Un ultime espoir pour Luiz Ignacio « Lula » da Silva, icône déchue de la gauche brésilienne, alors qu’il doit également se défendre contre plusieurs autres accusations : corruption passive, blanchiment d’argent, organisation criminelle, trafic d’influence et obstruction à la justice. L’ancien président risque donc de passer de longues années en prison. S’il devait être condamné pour l’ensemble de ces chefs d’accusation, sa peine pourrait s’allonger jusqu'à atteindre 118 ans de prison.

La direction du PT dénonce un « procès politique », et assure que Lula reste en lice pour l’élection présidentielle d’octobre prochain. Sa candidature sera déposée en août et la justice électorale aura jusqu’à septembre pour trancher. Le Parti des travailleurs n’a pas encore de successeur adoubé pour assurer un rôle déterminant dans la campagne électorale à venir.

« Jurisprudence morale »

Les parlementaires du PT ont symboliquement décidé d’ajouter le nom de « Lula » au leur sur leurs papiers d’identité, en mémoire de l’ancien métallurgiste emprisonné. La présidente du PT s’appelle désormais Gleisi « Lula » Hoffmann. L’ombre de l’ancien président déchu s’étend, mais pour l’instant, rien ne montre que son parti soit capable d’avancer sans lui à sa tête.

Face aux militants de gauche déstabilisés, la droite brésilienne est partagée entre opportunisme et inquiétude. L’absence de Lula lors de la présidentielle pourrait être une chance pour le Mouvement démocratique brésilien (PMDB) du président Michel Temer, et le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) de Aécio Neves, candidat malheureux face à Dilma Rousseff lors de l’élection présidentielle de 2014. Mais ils sont tous deux la cible de plusieurs enquêtes pour corruption.

L’incarcération de Lula, très médiatique, a ouvert un précédent, une « jurisprudence morale » chez les magistrats et les politiques. La classe politique brésilienne est largement corrompue : le scandale révélé par l’opération « Lava Jato » a montré que l’ensemble des partis politiques avaient bénéficié des détournements de fonds organisés au sein des géants pétrolier Petrobras et du BTP Odebrecht.

Boulevard pour l'extrême droite

L’incarcération de Lula fait donc trembler le monde politique à Brasilia. Plus de 40% des députés et sénateurs, protégés par leur mandat, ont actuellement des ennuis avec la justice, selon Congresso em foco, un site d’analyse parlementaire.

La bataille anticorruption, lancée par l’emblématique juge Sergio Morro et son enquête tentaculaire qui dure depuis plus de trois ans, pourrait réserver de nombreuses surprises. Mais les Brésiliens attendent à présent que la justice focalise également son attention sur les autres partis et leurs ténors, aujourd’hui au pouvoir, le PMDB et le PSDB. Les enquêtes vont-elles continuer ? Seront-ils mis, eux aussi, en prison s’ils sont condamnés ?

Avec la chute de Lula et le discrédit grandissant de ces partis traditionnels - la popularité du président Temer stagne en dessous des 5% - l’extrême droite est en embuscade. Elle est incarnée aujourd’hui par le député Jair Bolsonaro, machiste, homophobe, défenseur de la dictature militaire, mais dont la popularité ne cesse de grandir. Il s’insurge contre la « perte des valeurs familiales », la violence et la criminalité qui explosent dans les grandes villes.

Economie en berne

Avant l’incarcération de Lula, les sondages donnaient Jair Bolsonaro en deuxième position (18%) lors du premier tour de la présidentielle, face à Lula, qui emportait 36% des suffrages. Le député néo-libéral, favorable à la peine de mort et au port d’arme, avait axé son discours sur « l’anti-Lula ». Jair Bolsonaro se retrouve seul en tête, mais sans son adversaire « favori », qui nourrissait sa dénonciation de la corruption du Parti des travailleurs.

La situation économique du Brésil reste critique. Malgré une légère reprise après deux ans de profonde crise, l’extrême pauvreté continue d’augmenter. Elle touchait 13,3 millions de Brésiliens en 2016. Ils sont désormais 14,8 millions en 2017. Le chômage a atteint des records alors que les milliards d’euros détournés par la corruption ont durablement entaché la réputation des partis politiques traditionnels.

Tiraillé, déboussolé, le Brésil se cherche aujourd’hui de nouvelles valeurs, de nouveaux leaders. Mais la crise économique et morale qu’il traverse depuis trois ans a exaspéré les électeurs. La perte de légitimité de la classe politique, de gauche comme de droite, est immense. A quelques mois de la présidentielle, l’incertitude sur l’avenir politique du Brésil n’a jamais été aussi grande.

Chronologie et chiffres clés