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Royaume-Uni Brexit Union européenne Irlande

Publié le • Modifié le

Accord du Vendredi saint: 20 ans après, la paix reste fragile en Irlande du Nord

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Dans une rue de Belfast, en Irlande du Nord, le 30 décembre 2013. AFP / PETER MUHLY

L’Irlande du Nord célèbre cette année les vingt ans des accords de paix signés le 10 avril 1998 qui ont mis fin à trois décennies de « troubles » entre séparatistes catholiques et loyalistes protestants. Si les violences appartiennent désormais au passé, les divisions politiques se creusent, aggravées par le Brexit.


Il y a vingt ans, une poignée de main historique entre Bertie Ahern et Tony Blair, respectivement Premiers ministres d’Irlande et du Royaume-Uni, scellait la paix. Le 10 avril 1998, le « Good Friday Agreement », ou « accord du Vendredi saint » était signé. Il mettait ainsi fin à un conflit qui avait fait plus de 3 500 morts en trente ans.

Deux décennies plus tard, les acteurs des négociations entrent à nouveau en scène. Cheveux blanchis, Bertie Ahern, Tony Blair, l’ancien chef du parti nationaliste Sinn Féin Gerry Adams et l’ancien président américain Bill Clinton, parrain des négociations, se retrouvent à Belfast pour célébrer les vingt ans de ces accords de paix. Une célébration qui serait passée inaperçue si le Brexit ne s’était pas invité sur la scène politique.

Alors que l’Irlande du Nord a voté à 55,8% pour rester dans l’Union européenne (UE), le Brexit négocié par Londres remet en cause l’équilibre de la paix. De plus, au sein de la société nord-irlandaise, les clivages ont recoupé ceux déjà existants. Les unionistes loyalistes, majoritairement protestants et fidèles à la couronne britannique, ont voté pour le Brexit. Les nationalistes républicains, pour la plupart catholiques, se sont prononcés contre.

L’épineuse question de la frontière

L’accord de 1998 prévoyait la suppression de la frontière militarisée qui séparait l’île en deux. Par la suite, la libre circulation entre le Nord et le reste de l'île a fortement contribué à la paix entre les deux camps. Or, la sortie du Royaume-Uni de l’UE et le choix de Theresa May de se retirer du marché unique européen et de l’union douanière implique le rétablissement de contrôles douaniers à la frontière entre les deux Irlande, devenue frontière extérieure de l’UE.

Tous les architectes du Good Friday Agreement s’accordent à dire que le rétablissement d’une frontière physique serait catastrophique. « Ce serait un désastre pour l'accord de paix, les relations anglo-irlandaises et le peuple nord-irlandais », estime Tony Blair. Un avis partagé par l'ancien Premier ministre irlandais Bertie Ahern.

Face à cette crainte, un accord a été trouvé en décembre dernier. « Il n'y aura pas de frontière en dur » entre les deux moitiés de l'Irlande, a assuré la Première ministre britannique Theresa May, mais les moyens d'y arriver demeurent flous.

La paix nécessite un travail en continu, il ne faut jamais la voir comme acquise (…) L'accord du Vendredi saint devrait survivre au Brexit, mais c'est une complication.
Tony Blair, ancien Premier ministre britannique et signataire de l’accord de 1998.

Crise politique

L’accord dit du Vendredi saint prévoyait le partage du pouvoir régional à Belfast entre les protestants, dont la plupart veulent rester dans le Royaume-Uni (unionistes), et les catholiques, qui s’identifient à la République d’Irlande (républicains). Mais ce principe s’est heurté à la réalité à plusieurs reprises.

Dernièrement, en 2017, le gouvernement qui associait républicains du Sinn Féin et unionistes du Parti unioniste démocrate (DUP) a implosé. Au cœur des tensions : la question de la légalisation du mariage homosexuel, voulue par les nationalistes du Sinn Féin, ou encore la sauvegarde du gaélique. Depuis plus de quinze mois, il n'y a plus de gouvernement régional à Belfast.

Par ailleurs, malgré la paix, nationalistes et unionistes vivent encore majoritairement séparées. A Belfast, on compte encore des centaines de murs qui séparent les deux communautés. Pour espérer une réconciliation, il faut un « leadership fort », note l'ancien sénateur américain George Mitchell, qui a présidé les négociations ayant amené à l'accord du Vendredi saint.

Les deux leaders des principaux partis, Arlene Foster pour le DUP, et Mary Lou McDonald du Sinn Féin étaient présentes pour les célébrations du 10 avril. « D'ici, je vois Arlene et Mary Lou assises au même rang, a plaisanté Bill Clinton à la tribune, il ne reste plus qu'à trouver comment les faire s'asseoir côte à côte ».

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