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France Arabie saoudite Défense Emmanuel Macron Mohammed ben Salman

Publié le • Modifié le

La France peut-elle se passer des ventes d'armes à l'Arabie saoudite?

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Le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian et son homologue saoudien, Adel Al Jubeir, le 13 décembre 2017 à l'occasion du sommet sur le G5 Sahel. Ludovic MARIN / AFP

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman entame le 8 avril 2018 une visite officielle de trois jours en France. Si certains attendent avec impatience l’annonce de nouveaux échanges commerciaux juteux, les plus critiques dénoncent de plus belle les ventes d’armes au royaume.


Au cours des dix dernières années, l’Arabie saoudite a été le deuxième plus gros client de l’industrie de l’armement française. Avec près de 12 milliards d’euros de contrats signés entre 2007 et 2016, Riyad se place juste derrière l’Inde parmi les fidèles de ce commerce bien particulier.

L’occasion pour Emmanuel Macron et celui que l’on surnomme « MBS », le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman, de renouer le contact après une première rencontre glaciale en novembre dernier. Le président français avait alors bataillé pour obtenir la libération du Premier ministre libanais, Saad Hariri.

Au-delà de cet épisode diplomatique, la relation entre la France et l’Arabie saoudite est durablement chahutée par la guerre au Yémen. La coalition menée par Riyad est régulièrement mise en cause dans ce conflit où elle est accusée de nombreuses violations du droit international humanitaire. Les bombardements et le blocus maritime causeraient d’immenses dommages parmi les populations, sans aucune discrimination.

Difficile, dans ce contexte, d’assumer à Paris les nombreux bijoux technologiques régulièrement livrés aux forces saoudiennes et à leurs alliés depuis de nombreuses années : de l’artillerie, des missiles, des navires militaires, des fusils snipers ou des véhicules blindés. Dans les milieux de l’industrie, on espère d’ailleurs que cette visite du prince héritier saoudien à Paris sera l’occasion de nouvelles annonces.

Illégal ?

La France n’est pas très claire sur sa position au sujet du Yémen. Ces dernières semaines, médias, ONG et même opposition parlementaire ont cherché à savoir où en était Paris. A l’automne 2016, le ministère des Affaires étrangères affirmait que les livraisons avaient été mises en pause. Depuis, de nombreux contrats ont encore été signés et aucune réponse claire n’a été fournie.

Le 16 mars dernier, l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) et Amnesty International France publiaient une étude juridique qui accusait clairement Paris : en livrant des armes à l’Arabie saoudite, la France et ses entreprises seraient complices de crimes de guerre.

« La conclusion de cette opinion juridique, explique Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer Armes et lutte contre l’impunité chez Amnesty, est de dire qu’il y a aujourd’hui un fort risque d’illégalité de la démarche française consistant à vendre des armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis, sur la base des engagements internationaux existants. La France violerait le Traité sur le commerce des armes (TCA) et la Position commune de l’Union européenne en matière d’exportation d’armement. »

Indispensable client

Le gouvernement français assure faire tout ce qu’il faut pour respecter ses engagements internationaux en faveur de la protection des populations. Chaque démarchage, chaque signature de contrat et chaque livraison font l’objet d’une autorisation unique accordée par la Commission interministérielle d’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG)... dans le plus grand secret.

La question reste posée : la France peut-elle se passer d’un client aussi important que l’Arabie saoudite ? « D’un point de vue politique, oui, répond Denis Jacqmin, chercheur au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP). Mais d’un point de vue économique, c’est moins sûr. »

En France, l’industrie de l’armement emploie 200 000 personnes et dépend pour moitié de l’export. Un argument qui l’emporte souvent, au regret de ce même spécialiste : « Il y a certainement moyen d’avoir un débat plus scientifique que d’opposer le chômage à la paix dans le monde. »

Comme beaucoup, il dénonce le manque de transparence de nombreux Etats sur leurs ventes d’armes. Surtout, il contextualise ces choix. Alors que l’Europe subit une intense crise migratoire, de nombreux pays membres continuent de vendre des armes à des clients régulièrement accusés d’être à l’origine de crimes majeurs contre les populations.

Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE), fait reposer ses espoirs sur les évolutions commerciales qui ont marqué l’année 2017 : « Jusqu’en 2016, 50% de nos exportations étaient destinées au Moyen-Orient. Mais la signature d’un mégacontrat de sous-marins pour l’Australie ou encore les avions Rafale pour l’Inde permettent de diversifier nos clients et 70 contrats ont également été signés par des petites entreprises avec des pays africains. »

Suffisamment pour se passer des milliards saoudiens ? « Il faut faire le bon choix : agréger des milliards sur un marché unique ou se diversifier », estime le chercheur.

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