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Salon de l’Agriculture: le gouvernement au front dans un climat d’incertitude

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Emmanuel Macron avait tenté de déminer le terrain dès sa séance de vœux, le mois dernier. REUTERS/Thierry Zoccolan/Pool

Le 55e Salon de l’Agriculture, qui ouvre ses portes ce samedi 24 février à Paris, va faire l’objet d’une attention toute particulière de la part du gouvernement. Emmanuel Macron devrait y passer une bonne partie de la journée. Et, d’ici à la fermeture le 4 mars, il ne devrait pas y avoir un seul jour sans qu’un ministre de premier plan soit présent dans les allées.


Rendez-vous incontournable des amoureux du terroir, le salon de l’Agriculture, dont la 55e édition ouvre ses portes ce samedi Porte de Versailles à Paris, est aussi devenu, au fil du temps, un passage obligé pour les présidents de la République, non seulement pour venir y « taper le cul des vaches » selon l’expression chiraquienne consacrée, mais surtout pour prendre le pouls d’une France certes de plus en plus citadine, mais encore viscéralement attachée à ses racines paysannes. C’est aussi l’occasion de venir à la rencontre d’un secteur qui reste un fleuron national mais traverse, depuis des années, des crises à répétition.

Ce samedi, Emmanuel Macron ne va pas déroger à la règle, lui qui a déjà vécu son baptême du feu l’an dernier dans son costume de candidat à l’élection présidentielle, une visite lors de laquelle il avait reçu un œuf sur la tête, un incident qu’il avait eu l’intelligence de minimiser en déclarant après-coup que cela faisait « partie du folklore ».

Dire que lui et son gouvernement sont attendus au tournant durant ce salon serait un euphémisme, alors que des milliers d’agriculteurs contestataires se sont manifestés mercredi aux six coins de l’Hexagone à l’appel de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et des Jeunes Agriculteurs (JA) pour exprimer leurs craintes et leur mécontentement dans le cadre d’une « Journée de l’incohérence ».

Les sujets qui fâchent

Emmanuel Macron au salon de l'agriculture le 01/03/17. RFI/ Pierre René-Worms

Il faut dire que les sujets qui fâchent ne manquent pas : relations avec la grande distribution, sortie du glyphosate, traités de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (Ceta) ainsi qu’avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), modification de la carte des « zones défavorisées » et, pour finir, le « plan loup » annoncé mardi dernier à la grande colère des pro et des anti-loups.

Déjà pris en grippe par les fonctionnaires, les retraités et les cheminots, des catégories que des réformes récentes ou à venir prennent à rebrousse-poil, le président Macron ne peut pas se permettre le luxe de se mettre en plus à dos les agriculteurs. C’est la raison pour laquelle, il a prévu de passer toute la journée de samedi au salon, quitte à battre le « record » détenu par son prédécesseur François Hollande qui y avait passé 10 heures en 2013. Le chef de l’État a même fait savoir qu’il était prêt à rester après la fermeture si nécessaire.

Pour déminer le terrain, il avait déjà annoncé vouloir faire de l’agriculture « un combat prioritaire » lors de ses vœux au monde rural prononcés le 25 janvier à Saint-Genès-Champanelle, un discours durant lequel il avait affirmé vouloir faire en sorte que les agriculteurs soient « payés le juste prix » et au cours duquel il avait évoqué un « tournant historique » avec des « orientations stratégiques et des réorganisations majeures à faire », suite aux conclusions tirées des États généraux de l’alimentation.

Ces débats, qui se sont tenus de juillet à décembre 2017, ont défini quelques axes majeurs comme la restriction des promotions chez les acteurs de la grande distribution, un plan pour l’agriculture biologique et la limitation des pesticides ainsi que des actions contre la maltraitance animale et le gaspillage alimentaire.

Désireux de bien montrer qu’il est à l’écoute, Emmanuel Macron a reçu, jeudi, 700 jeunes agriculteurs à l’Elysée, en amont de sa visite de samedi, visite qui doit déboucher sur « un certain nombre de mesures concrètes ». Au Parc des expositions, il devrait en effet détailler quelles directions prendra la répartition des 5 milliards d’euros promis pour réformer l’agroalimentaire.

Perçue par beaucoup comme « un coup de com' », la réception de l'Elysée est loin d'avoir convaincu tous les jeunes agriculteurs présents. Le chef de l'Etat a néanmoins fait quelques promesses assurant qu'il n'y aurait « jamais de bœuf aux hormones en France », qu'il instaurerait des « verrous réglementaires » contre les acheteurs de terres cultivables étrangers et qu'un nouveau dispositif de prêts garantis serait mis en place pour les jeunes agriculteurs à hauteur d'1 milliard, dans le cadre du plan de 5 milliards évoqué plus haut.

Occuper le terrain

La star 2018 du salon se nomme Haute, une magnifique vache de race Aubrac âgée de 6 ans. salon-agriculture.com

Il n’en reste pas moins que le climat dans les campagnes est à la morosité. Même si l’agriculture française reste la première productrice et la deuxième exportatrice en Europe, le nombre d’exploitations ne cesse de diminuer (environ 20 000 sont menacées de disparition). Le taux de suicide chez les agriculteurs est supérieur d’au moins 20% au reste de la population et leur revenu moyen est de 1 250 euros par mois d’après la Mutualité sociale agricole, pour des semaines de travail de 60 heures et plus. L’annonce de la nouvelle carte des zones défavorisées donnant droit à des aides européennes, dont le tracé ne sera dévoilé qu’au printemps, mais qui devrait toucher environ 1 400 communes au 1er janvier 2019, est l’un des plus vifs motifs d’inquiétude pour le monde rural.

Premier de cordée Porte de Versailles, le président Macron ne sera pas le seul à venir mouiller la chemise au salon. Le Premier ministre, Édouard Philippe, a prévu de venir à trois reprises mardi, mercredi et jeudi prochain, pour passer du temps sur des sujets concrets. D’autres poids lourds du gouvernement sont attendus au Parc des Expositions, en premier lieu le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert qui aura fort à faire et trouvera à qui parler sur la question des zones défavorisées et sur celle des négociations UE-Mercosur, ainsi que Nicolas Hulot qui viendra proposer des solutions pour réussir la Transition écologique et solidaire du ministère dont il a la charge. Également annoncés Porte de Versailles, le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer et la ministre du Travail Muriel Pénicaud, signe de la volonté du gouvernement d’occuper le terrain jusqu’au 4 mars, date de clôture du salon.

Chronologie et chiffres clés