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Les Berbères du monde entier célèbrent Yennayer, le Nouvel An amazigh

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Célébration du Nouvel An amazigh au Maroc. Fadel Senna/AFP

Les Berbères ou Imazighen du monde entier célèbrent à partir du vendredi 12 janvier et pour plusieurs jours le Nouvel an amazigh. Cette fête séculaire reste encore très populaire en ce début de XXIe siècle.


Assegas Amegazz 2968 ! Bonne année 2968 ! La communauté amazighe célèbre Yennayer, le Nouvel An berbère. Yennayer, de « Yiwen », « premier » et de « Ayer », la Lune, est une fête populaire ancestrale célébrée chaque 12 janvier du calendrier grégorien. Les Berbères n'ont jamais cessé d'utiliser, pour les travaux agricoles, ce calendrier agraire qui se réfère aux saisons et à la position des astres.

Le calendrier amazigh débute avec l’arrivée au pouvoir en Égypte du Berbère Chechanq 1er, ou Sheshonq Ier, qui s'impose comme pharaon à la mort de son beau-père Psousennès II de Tanis. Il fonde la XXIIe dynastie qui occupera le pouvoir jusqu'au VIIe siècle avant Jésus-Christ. Pendant son règne, il réunifie l’Égypte, puis envahit la Palestine pour s’emparer, à Jérusalem, de l’or et des trésors du temple de Salomon. Des événements dont on trouve trace dans les textes bibliques.

Yennayer est un jour aussi important que l'Aïd el-Kebir, la fin du ramadan, ou le Mawlid, qui commémore la naissance du prophète Mahomet. « Il faut fêter Yennayer dans l’abondance pour que l’année à venir soit une année agricole prospère, explique Cherif Benbouriche, président de l’Association de culture berbère (ACB). On se souhaite une belle année autour d’un plat traditionnel, différent selon les régions, le Seksou avissar [couscous kabyle aux févettes et au poulet] en Kabylie. Le Cherchem au Maroc, un plat à base de blé, de pois chiches et de fèves. Dans l’Ouest algérien, à Béni Snouss près de Tlemcen, est organisé le carnaval de l’Ayred [le lion] ».

Lors de cet événement, les jeunes portent des costumes, des masques d’animaux et défilent dans les rues au rythme des chants et des youyous pour réclamer des friandises. C’est d’ailleurs tout près de Béni Snouss, dans le village de El-Khemis, que Chechanq 1er aurait infligé une cuisante défaite au pharaon Ramsès III.

Des baklavas à base d'amandes. Getty Images

Pour Farida, installée en France depuis plus de 40 ans, Yennayer est aussi l'occasion de cuisiner entre amies, de chanter, de danser, de retrouver l’ambiance des après-midis entre femmes de son enfance. Originaire de Béjaia en Kabylie, elle célèbre le réveillon du 31 décembre, mais se fait un devoir de fêter Yennayer et une joie de le préparer.

« Ce jour-là, nous mettons nos plus belles robes kabyles ainsi que nos bijoux. On prépare des galettes, des svenjs [beignets], de la tchoutchouka [des œufs avec des poivrons, des tomates et des oignons]. Je commence à cuisiner une semaine avant ! J’invite mes amies et mes voisines pour préparer les gâteaux : des baklavas, des cornes de gazelle… comme il faut en faire des quantités importantes, on fait ça à plusieurs, c’est plus joyeux. On met de la musique, on danse, on s’échange des recettes ».

« Et le jour de Yennayer, il n’y a pas de régime, il n’y a pas de ça chez moi» , poursuit-elle avec ce léger accent algérois. Si tu viens, tu manges ». C’est un manque de respect envers la maîtresse de maison si ses hôtes ne goûtent pas à tous les plats.

Il est de coutume de procéder à un grand nettoyage des maisons pour chasser les malheurs et les mauvais esprits de l’année passée. On se marie pendant cette période, symbole de fécondité. On coupe les cheveux des garçons âgés d’un an, promesse d’une belle et abondante chevelure. Les rites et traditions varient d’un village à l'autre, se transmettent de générations en générations, et souvent les jeunes vivant dans un pays étranger les perpétuent sans vraiment en connaître les origines.

Les Imazighen (hommes libres) ou Berbères. RFI

Jour férié en Algérie pour la première fois

Lors de ses vœux, le 27 décembre 2017, le président algérien Abdelaziz Bouteflikla a décrété Yennayer jour férié et chômé à partir du 12 janvier 2018. « Cette mesure comme toutes celles déjà prises au profit de notre identité nationale dans sa triple composante islamique, arabe et amazighe, confortera l’unité et la stabilité nationales, alors que des défis multiples internes et régionaux nous interpellent », a souligné le chef d'Etat.

C'est une « décision importante pour tous les Berbères, c’est un acquis supplémentaire. Il y avait déjà eu la reconnaissance constitutionnelle de la langue et de l’identité berbère », explique Azouz Belaïd, professeur de tamazight, à l’Association de culture berbère.

S’ils se réjouissent de cette nouvelle, les responsables de l'Association de culture berbère ne sont pas dupes. Ils sont convaincus que par cette annonce le gouvernement a voulu mettre fin à plusieurs semaines de manifestations de lycéens et étudiants contre le récent rejet d'un amendement parlementaire qui visait à généraliser l'enseignement à l'école du tamazight. La langue berbère avait été promue langue officielle, au côté de l'arabe, lors de la révision constitutionnelle de 2016.

Cette officialisation par l’Algérie ouvre la voie à d’autres pays. « Nous étudions la demande des associations amazighes marocaines », a annoncé le porte-parole du gouvernement marocain.

Yennayer est fêté par les Imazighen, « les hommes libres » du monde entier, et s'est « imposé comme principe identitaire et fédérateur », explique Cherif Benbouriche, président de l'Association de culture berbère (ACB).

Depuis 2015, le Nouvel An amazigh est inscrit au patrimoine immatériel universel de l'Unesco, en tant que tradition ancestrale, aux côtés du tifinagh, l'alphabet berbère, et du couscous.

Chronologie et chiffres clés