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[Chronique] Nigeria: les histoires d'amour finissent mal... en général

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Une femme applique une crème blanchissante sur son visage. SIMON MAINA / AFP

A Lagos, les canons de beauté occidentale deviennent fréquemment une obsession. Un danger pour la santé comme pour les finances.


Tout commence ainsi : une superbe femme noire portant un tee-shirt blanc immaculé sourit béatement. Elle saisit un tube de crème. Celui-ci est blanc et contient de la crème blanche. Dès qu'elle se répand sur la peau noire, celle-ci devient brusquement blanche. La jeune femme s'en couvre le corps et devient progressivement toute blanche. Il s'agit d'Omowunmi Akinnifesi, une ex-miss Nigeria.

Fière de son nouveau teint d'ivoire, elle se rend dans une cité imaginaire où les murs des maisons sont d'une blancheur immaculée. Elle retrouve sa fille, elle-même devenue blanche. Son mari est là également. Il est devenu tout aussi blanc. Il utilise sans doute la même crème. Il est blanc à la façon de Michael Jackson à la fin de son existence. La jeune femme explique qu'en devenant « plus claire », elle a le sentiment de devenir « plus jeune ».

La diffusion de cette publicité d'une marque de cosmétique dans le pays le plus peuplé d'Afrique a provoqué la colère sur les réseaux sociaux. Elle a aussi été diffusée au Cameroun, au Sénégal et au Ghana. « C'est pour cela qu'un business noir doit émerger et prendre en compte nos besoins, réagit William Adoasi, un chef d'entreprise africain basé à Londres sur Twitter. [Cette marque] ne peut pas arrêter de promouvoir la cause du blanchissement de la peau. Consternant. »

L'attrait des « yellow women »

« Au Nigeria, cette publicité met mal à l'aise, mais en même temps, si [cette société] produit ce genre de crème, c'est parce qu'il y a une demande pour cela », considère Chioma, une étudiante lagotienne qui se blanchit la peau parce que « cela plaît » à son petit ami. Elle ajoute : « Je connais les dangers pour la santé, mais je considère que c'est le prix à payer pour être séduisante et pour ne pas me retrouver seule ».

« Les femmes utilisent des crèmes éclaircissantes parce que les hommes sont fascinés par les femmes au teint clair. Ils courent après ce qu'ils appellent les yellow women », estime Ijeomah, une jeune actrice de Nollywood. « Pour moi, une femme n'est belle que lorsqu'elle est de teint clair. Je ne pourrais jamais sortir avec une femme noire. Elles ne m'attirent pas, tout simplement », explique Steve, un haut gradé de l'armée.

« L'image de la femme idéale a beaucoup changé avec internet et les réseaux sociaux. Le modèle de la femme occidentale est plus présent que jamais dans les esprits, affirme Abiola, enseignante à Lagos. Désormais, tout le monde veut ressembler à Kim Kardashian. Elle est devenue une telle star que chacune rêve de la rencontrer et de l'imiter. »

Cette notoriété, la star de la téléréalité en a d’ailleurs bien profité. En février 2013, elle est venue passer quelques minutes à l'Eko hôtel, établissement réputé de Victoria Island, le quartier des affaires de Lagos. Un samedi soir au cours duquel la reine de la téléréalité a dit « Hello Lagos ! » : une prestation rémunérée 500 000 dollars. Arrivée le jour même, Kim Kardashian est repartie le lendemain matin. Sa connaissance de la géopolitique nigériane n'a sans doute guère progressé, mais son compte en banque s'en est trouvé conforté dans ses certitudes à propos des bienfaits de la « téléréalité sans frontière ».

Fausses Kim Kardashian et vrai milliardaire

Ce nouveau « hold-up » réussi par « super Kim » a donné des idées à deux sœurs canadiennes. À grands coups de chirurgie esthétique, elles se sont forgé des physiques à la Kim Kardashian. Afin de rentabiliser leur investissement, elles ont vendu en 2016 leurs faveurs à de riches Nigérians. Seule ou en équipe. Très douées pour la publicité, elles étaient suivies par plus de 50 000 personnes sur Instagram. Elles ne manquaient jamais de faire la promotion sur les réseaux sociaux de leurs attributs et de s'afficher dans les hauts lieux lagotiens fréquentés par la jet set nigériane.

Ce que leurs clients ignoraient, c'est que Joyti et Kiran enregistraient et filmaient les « amours tarifés ». Elles avaient même monté un site internet afin de faire le buzz avec leurs secrets d'alcôve. Puis elles menaçaient leurs clients de mettre leurs prouesses en ligne s'ils ne savaient pas se montrer assez généreux et reconnaissants. Une « technique marketing » qui les a conduites dans les geôles nigérianes. Elles avaient eu le tort de s'attaquer à Femi Otedola, un magnat lagotien dont la fortune est estimée à près de deux milliards de dollars.

Femi Otedola est peu impressionnable et dispose, entre autres, d'un solide carnet chez les hauts gradés de la police. Les deux « bimbos » pensaient le terrifier en menaçant de révéler ses relations extraconjugales, mais il n'en a rien été. Plutôt que de mettre son compte en banque à contribution, il a rapidement fait coffrer les « sœurs sourire ».

Les deux jeunes femmes avaient fait chanter plus de 400 « clients », a-t-on appris lors de leur procès. A leur sortie de prison, les fausses Kim Kardashian ont été invitées à quitter le Nigeria manu militari. Comme quoi, à Lagos ou ailleurs, avec ou sans crème blanchissante et chirurgie esthétique, les histoires d'amour finissent mal en général.

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