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EI Syrie Irak Terrorisme al-Qaïda

Publié le • Modifié le

La stratégie du groupe EI: se replier vers le désert

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Un membre des forces armées syriennes sécurise une route près de la frontière avec l'Irak, le 10 mai 2017. STRINGER / AFP

Le groupe Etat islamique a été chassé, mercredi 4 octobre, de la province centrale de Hama, en Syrie et, le lendemain, de la ville irakienne de Hawija. Deux semaines plus tôt, il perdait la province de Raqqa, après avoir été écrasé à Mossoul et Tal Afar, en Irak. Partout, il est sur la défensive. Et pourtant, il conserve la capacité de lancer des attaques surprise meurtrières dans les deux pays.


Depuis la proclamation du « califat » par le groupe Etat islamique, qui s’étendait, à l’apogée de sa puissance, sur la moitié de la Syrie et le tiers de l’Irak, la communauté internationale du renseignement et les experts n’ont pas été capables de fournir un chiffre exact sur les effectifs réels de ses combattants ni un bilan précis de ses pertes.

En juillet 2014, des responsables militaires occidentaux parlaient de 7 000 à 15 000 combattants sous les ordres d’Abou Bakr al-Baghdadi. En janvier 2016, Jean-Yves Le Drian, à l’époque ministre français de la Défense, estimait sur France 24 à « 35 000 le nombre de combattants (de l’EI), dont 12 000 étrangers ».

Le ministre ajoutait que « 22 000 terroristes » avaient été tués depuis le début de la campagne aérienne de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis, à l’été 2014. Huit mois plus tard, en décembre 2016, un responsable du Pentagone cité par la presse internationale chiffrait à 50 000 le nombre de jihadistes tués par la coalition en un peu plus de deux ans. Le ministère de la Défense à Moscou a affirmé, de son côté, que les forces aérospatiales russes avaient tué, depuis septembre 2015, quelque 40 000 « terroristes ».

En mars 2017, le chef de la coalition internationale, le général américain Stephen Townsend, déclarait que 12 000 à 15 000 combattants du groupe EI se trouvaient en Irak et en Syrie. Depuis mars, le groupe jihadiste a perdu en Irak le contrôle de la province de Ninive et son chef-lieu Mossoul, la région de Tall Afar, et la majorité des villes, villages et vastes zones désertiques en Syrie. Dans ces batailles, des milliers de jihadistes ont été tués, blessés ou faits prisonniers. Et pourtant, le groupe EI continue de se battre. Il résiste avec acharnement aux offensives des armées syrienne et irakienne et de leurs alliés, et lance même des contre-offensives éclair, parvenant parfois à reprendre quelques positions ou à freiner l’avancée de ses ennemis.

Une armée mécanisée

« Le nombre de fronts sur lesquels était engagé Daech (acronyme de l’EI en arabe) et la nature des opérations militaires qu’il menait prouvent que ses effectifs ont été sous-estimés dans une large mesure », affirme un commandant du Hezbollah qui a combattu en Syrie. Cet officier expérimenté, qui s’exprime sous couvert d’anonymat, affirme que pour contrôler un territoire de la taille du « califat » du groupe EI, en guerre contre tous ses voisins y compris les autres groupes jihadistes, « il faut une armée de 100 000 hommes au moins. Nous pensons qu’en 2015, à l’apogée de sa puissance, l’organisation comptait ce nombre de soldats, dont le tiers étaient des étrangers ». « Avec trois fois plus d’effectifs, l’armée syrienne a eu beaucoup de difficulté à tenir autant de fronts », fait-il remarquer.

L’organisation EI a réussi à créer une véritable armée mécanisée, donc très mobile, grâce au gigantesque arsenal récupéré lors de la prise de Mossoul, de Ramadi et d’autres villes en Irak et en Syrie: près de 4 000 véhicules militaires dont des dizaines de chars et 2000 Humve américains; des dizaines de pièces d’artillerie et de lance-roquettes multitubes; des centaines de tonnes de munitions de divers calibres. L’organisation a même saisi des missiles Scud, qu’elle a exhibé en public à Raqqa, lors d’un défilé célébrant la prise de Mossoul, à l’été 2014.

Confronté à de vastes offensives en Irak et en Syrie, et à des campagnes aériennes menées par la coalition internationale, la Russie et l’aviation syrienne et irakienne, le groupe EI a perdu plus de 90% de ses territoires, y compris ses deux capitales autoproclamées: Mossoul en Irak, et Raqqa en Syrie.

Aujourd’hui, il ne contrôle plus en Syrie qu’un territoire à l’est de l’Euphrate allant de la ville d’al-Mayadeen à celle de Bou Kamal, à la frontière syro-irakienne. Ce bastion s’étend, du côté irakien, jusqu’aux villes de Qaïm et de Rawa. Sa superficie est estimée à 20 000 kilomètres carrés. Les jihadistes contrôlent également des poches dans le désert à l’est de la province centrale de Homs et dans la vallée du Yarmouk, près du Golan occupé par Israël, le quartier de Hajar al-Aswad, au sud de Damas et la région de Doumeir, au nord-est de la capitale syrienne.

Repli vers le désert

« Jusqu’à présent, l’EI n’envisage pas de cesser le combat, affirme à RFI l’ancien général de l’armée libanaise et expert des questions du Moyen-Orient, Elias Farhat. Au contraire, le groupe est décidé à se battre jusqu’au bout. »

Il ne s’agit pas d’un combat désespéré, mais d’une stratégie bien réfléchie, visant à affirmer la légitimité de l’organisation EI face à son principal rival, al-Qaïda. Sur un plan militaire, le but est d’infliger les plus lourdes pertes aux ennemis, avant de se retirer d’une ville ou d’un territoire vers les zones désertiques. « L’EI a stocké dans le désert, au fil des années, d’importantes quantités d’armes, de munitions et d’explosifs, ainsi que des vivres et de l’eau. Il s’est préparé pour une longue guerre d’usure », déclare Elias Farhat.

C’est vers le désert irakien que le chef de l’organisation, Abou Bakr al-Baghdadi, c’était replié, en 2010, après la défaite d’al-Qaïda dans les villes, face aux forces américaines et aux « Sahwat », ces milices tribales sunnites formées, entrainées et armées par les Américains. Dans ce sanctuaire, il a patiemment reconstruit une organisation décimée et vaincue, pour repartir à la conquête de l’Irak et de la Syrie, quatre années plus tard.

Cette stratégie du repli vers le désert semble être mise en œuvre aujourd’hui en Irak et en Syrie. « Après la perte d’une ville, ceux (les jihadistes) qui ne sont pas morts ou capturés se volatilisent dans la nature, ajoute le général Farhat. Ils sont dans le désert, où ils possèdent des bases et des caches d’armes. »

Dix-mille combattants en Syrie

Elias Farhat juge tout à fait plausible le chiffre de dix-mille combattants du groupe EI encore actifs en Syrie avancé par les services de renseignement russes en septembre. « En Irak, ils ne sont plus aussi nombreux, dit-il. Mais ils disposent toujours d’un système de commandement et de contrôle très performant, qui leur permet de procéder à d’importantes manœuvres militaires comme le transfert de troupes et de matériel. » Selon l’ancien général, ce « command & contrôle system » constitue un véritable casse-tête pour les Russes, qui ne parviennent pas à le neutraliser.

C’est parce qu’ils sont toujours capables de recevoir des ordres et de les exécuter que les jihadistes sont parvenus, fin septembre, à lancer des attaques surprise contre l’armée syrienne et ses alliés le long de l’autoroute Palmyre-Deir Ezzor, sur plusieurs dizaines de kilomètres. Ces offensives éclair ont fait près de 200 morts dans les rangs des troupes gouvernementales et de leurs alliés, dont une trentaine de combattants du Hezbollah libanais.

Cette stratégie de harcèlement a réussi à freiner l’avancée des troupes syriennes dans la province de Deir Ezzor, mais elle ne parviendra pas à inverser le cours de la guerre. « La bataille durera plus longtemps et fera davantage de victimes. Cependant, l’EI ne pourra pas modifier les rapports de force », conclut Elias Farhat.

Chronologie et chiffres clés