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Agriculture et Pêche consommation France

Publié le • Modifié le

Agriculture urbaine: des légumes bio dans un ancien bunker

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Raphaël Maret dans une opération de traitement des micro-pousses. Tony Robin/RFI

Réhabiliter des friches urbaines pour en faire des espaces de production d’agriculture biologique, c’est le pari que se sont lancés des jeunes Strasbourgeois il y a trois ans. Cultivés dans un ancien bunker allemand, les produits sont ensuite vendus en circuit court, sans intermédiaires. Une initiative fructueuse puisque les deux instigateurs du projet travaillent déjà sur la reproduction du modèle dans un espace beaucoup plus grand, à Paris.


Raphaël Maret, l’un des responsables actuels de la ferme urbaine strasbourgeoise, propose de goûter les micro-pousses bio de sa production après la visite du « Bunker comestible ». Leurs saveurs de radis, roquette ou moutarde éclatent en bouche. Les couleurs rose, jaune, rouge des plantes en pleine croissance régalent les yeux. Les sens en éveil, on en oublie la dureté originelle des lieux, un bunker utilisé comme poudrière alors que Strasbourg avait basculé du côté de l’Empire allemand après la guerre perdue par la France en 1870.

Dans les 250 mètres carrés de cet espace situé derrière la gare de Strasbourg, Anne-Laure Labrune et Raphaël Maret proposent champignons et endives ainsi qu'une large gamme de micro-pousses et de plantes aromatiques. « Le premier objectif était de réhabiliter des sites urbains désaffectés pour en refaire des lieux de vie, d’échange, explique Raphaël. Ensuite, d’en faire des sites de production d’agriculture biologique afin que les habitants des villes consomment des produits de bonne qualité ».

Des produits qui poussent sur un substrat composé d’un peu de terre, de paille, de chaux et de son de blé. Si des néons reproduisent la lumière du soleil, les végétaux cultivés ont été choisis en fonction de leur peu de besoin en lumière. Aucun pesticide n’est utilisé. Aucun organisme génétiquement modifié non plus dans ce bunker certifié par le label agriculture biologique.

Le « Bunker comestible » fournit actuellement une dizaine de restaurants à Strasbourg. Les particuliers peuvent commander leurs paniers par mails et téléphones, venir acheter sur place ou passer par le site de consommation collaborative La Ruche qui dit Oui ! « Faire du maraîchage en ville permet d’éliminer les intermédiaires, reprend Raphaël Maret. Ainsi, avec la vente en circuit court, les consommateurs savent d’où viennent leurs légumes ».

Vers Paris, Bordeaux et Grenoble

Des plants de tomates et de laitues sont actuellement testés sur leurs capacités à pousser à l’intérieur du bunker. L’étanchéité des lieux donne des conditions quasiment égales toute l’année, à dix-neuf degrés et avec un taux d’humidité compris entre soixante et soixante-dix pour cent. Un système de ventilation renouvèle l’air en permanence.

Pas d’aléas climatiques, ni de problèmes de prédateurs, ce qui permet une production presque constante. « Même si cet hiver sera un gros test, explique Raphaël, car c’est le premier que nos végétaux devront affronter après une phase expérimentale qui a duré deux ans. On ne sait pas s’il va falloir chauffer et à quel point il faudra le faire ».

Anne-Laure Labrune et Raphaël Maret, les deux responsables du bunker comestible strasbourgeois, posent à l’entrée. Tony Robin/RFI

La réussite du projet doit tout à l’audace des deux instigateurs, l’ingénieur en génie climatique Jean-Noël Gertz et l’ingénieur agronome Théo Champagnat. Leur ténacité a finalement eu raison de l’équipe du maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), qui a fini par leur céder le bunker désaffecté.

Respectivement âgés de 28 et 27 ans, ils ont eux-mêmes réhabilité l’ancien magasin à poudre construit par l’Empire allemand en 1878 avec du matériel de récupération, quelques économies personnelles et les bourses reçues grâce à des prix gagnés dans des concours d’innovation. Anne-Laure Labrune et Raphaël Maret, diplômés en géologie, ont appris le maraîchage sur le terrain au côté de Jean-Noël et de Théo.

Le projet innovateur du « Bunker comestible » est déjà largement rentable puisqu’un troisième salarié va bientôt être engagé à Strasbourg pour accompagner Anne-Laure et Raphaël dans leurs tâches quotidiennes. Dix autres personnes, dont les créateurs Jean-Noel Gertz et Théo Champagnat, travaillent actuellement sur la reproduction du modèle à Paris, dans un ancien parking souterrain désaffecté de 3 000 mètres carrés. Et d’autres projets sont également en phase d’étude à Bordeaux et à Grenoble.

Chronologie et chiffres clés