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Publié le • Modifié le

[Portrait] Belkhir Belhaddad, député, fils d’Afrique et prodige de la République

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Optimiste sur l’avenir de la France, le député Belhaddad, lui-même sportif, se lâche et prend la pose de victoire de l’athlète Usain Bolt. RFI/Tony Robin

Chef d’entreprise, Belkhir Belhaddad est devenu en juin 2017 député de Moselle (LREM) après avoir battu notamment l’ex-ministre Aurélie Filippetti (PS). Un destin extraordinaire pour cet Algérien de naissance, arrivé en France à l’âge de sept ans dans les pas d’un père venu chercher un avenir meilleur pour sa famille dans la grise Lorraine sidérurgique. Avant un automne parlementaire qui s’annonce animé, rencontre avec un élu qui entend faire bouger les mentalités et faire évoluer la nature des relations franco-africaines.


Dans le magazine Society en août, le Premier ministre Edouard Philippe assure que « malgré un système inégalitaire en France, le récit de la méritocratie républicaine fonctionne toujours ». Notamment au Parlement, où on peut « trouver des exemples impressionnants d’ascension sociale où l’école a joué un rôle décisif ». Sans aucun doute, Belkhir Belhaddad est l’un de ces parlementaires à qui le locataire de Matignon fait référence.

Originaire de la région algérienne des Aurès, dans l'est du pays, le nouveau député de Moselle (LREM) n’est pas francophone mais berbérophone quand il arrive en France à l’âge de sept ans. « J’ai redoublé deux fois à l’école primaire, raconte l’élu. Les débuts ont vraiment été difficiles ». Quarante ans après, il est diplômé en management international, chef d’entreprise et député.

Belkhir Belhaddad reçoit dans les locaux de sa permanence de Metz. Chemisette blanche, pantalon bleu clair, ligne parfaite et teint hâlé, le presque quinquagénaire est en forme à l’heure d’effectuer sa première rentrée parlementaire. Deux petites tables dans la pièce en guise de bureau pour l’élu et son fidèle bras droit devenu son assistant parlementaire, Smain Zellouf. Aucun luxe ni superflu. Des cartons qui jonchent encore le sol, signe d’une installation toute récente. Un café proposé, et Belkhir Belhaddad se lance dans le récit de sa vie, « une suite d’aventures ».

Sans ambages, pendant presque une heure, le nouveau député joue la transparence, loin de la langue de bois souvent d’usage dans les hautes sphères politiques. « Il y a de nombreux nouveaux parlementaires sans beaucoup de vécu politique, explique-t-il. Il me paraît primordial que les citoyens connaissent nos valeurs, nos histoires, d’où on vient ».

L’histoire française de Belkhir Belhaddad commence le 12 octobre 1976. « Je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui », dit-il. Une date inscrite au fer rouge dans sa mémoire. Une date fondatrice aussi, qui marquera ses engagements futurs. C’est ce jour-là qu’il rejoint en France, avec son frère, sa sœur et sa maman, son père Mebarek, venu travailler dans la sidérurgie lorraine six ans auparavant.

« Du port de Marseille, jusqu’à Metz puis Hagondange, je me rappelle de tout, détaille le député. Moi qui avais l’habitude de vivre au sol dans les grandes étendues algériennes, il a fallu monter au sommet d’une tour d’immeubles dont on ne voyait pas le bout à cause du brouillard. C’était une journée très froide. Une arrivée un peu brutale pour l’enfant que j’étais ».

« Aventure humaine » à l'Assemblée

Son parcours loin des sentiers balisés, il le revendique. Pour lui, c’est indéniablement une force, un plus, par rapport à des élus dont la politique est la profession depuis des années ou des décennies. « On dit souvent des élus qu’ils sont dans leur tour d’ivoire, déconnectés, explique-t-il. Je pense que la richesse de mon parcours, en tant qu’acteur associatif, en tant que citoyen, en tant que chef d’entreprise, au contact permanent des Français, me permet d’avoir un regard plus objectif sur leurs attentes, même si je ne prétends en aucun cas détenir la vérité ».

Être parlementaire, pour lui, est une nouvelle « aventure humaine », car « ce changement de méthodes politiques et de personnalités ouvre des horizons pas encore défrichés ». C’est en cela qu’il a « trouvé la démarche du président Macron particulièrement intéressante et innovante ».

Pendant que le député Belhaddad répond à nos questions, Smain Zellouf, assis à quelques mètres, travaille sur la pile de dossiers qui occuperont les élus lors de cette rentrée politique chargée. Les deux amis se sont connus au milieu des années 2000.

D’origine germano-algérienne, Smain Zellouf avait créé un an avant leur rencontre une association à Woippy, en Moselle, le Lien El Amel (« espoir », en arabe), pour rompre l’isolement des personnes âgées. Il sollicite alors Belkhir Belhaddad, à l’époque salarié comme chef de projet informatique dans un grand groupe, pour qu’il fasse jouer son réseau afin de récolter des fonds.

« Notre engagement associatif est concomitant à notre projet politique qui est de dynamiser la société, explique Smain Zellouf. C’est là où les intentions du président Macron nous parlent. Il veut faire évoluer les mentalités pour que la France s’adapte aux changements actuels mondiaux. Mais qu’on soit bien d’accord, changer, ça ne veut pas dire tout casser, mais accompagner la société de manière intelligente pour qu’elle donne le meilleur d’elle-même ».

L’assistant parlementaire Smain Zellouf prend la pose dans la permanence du député Belkhir Belhaddad, le 26 août 2017. RFI/Tony Robin

Les deux complices poursuivent ensuite leur route commune en politique. Ils rejoignent le Parti socialiste (PS), où ils travaillent notamment à la campagne de Dominique Gros, élu maire de Metz en 2008 et réélu en 2014. Un édile qui fera de Belkhir Belhaddad son adjoint en charge des sports pendant neuf ans, une fonction que le nouveau député a quittée en juin après son élection à l’Assemblée nationale.

Dépasser le passé colonial

Belkhir Belhaddad et Smain Zellouf continuent en revanche aujourd’hui tous les deux d’assumer leur engagement au sein de l’association « Cap Avenir Diversités » qu’ils ont créée en 2012, une association destinée à promouvoir des projets de jeunes entrepreneurs issus de la diversité, « que ce soit la diversité ethnique, sociale, ou géographique », précise Smain Zellouf.

En 2012 toujours, Belkhir Belhadadd quitte son emploi pour fonder GEM Energy Services, un service de consulting pour « aider les entreprises et les collectivités locales à appréhender le grand enjeu du développement durable ». Une entreprise dont il s’attèle actuellement à transmettre la gérance pour se consacrer à son rôle de député.

Fin 2016, alors qu’il est engagé dans les élections internes du PS pour désigner les candidats à la députation, il rend sa carte du parti, avant de se présenter sous l’étiquette En marche ! aux législatives. Un chemin emprunté par plusieurs autres ex-socialistes devenus députés LREM. Opportuniste, Belkhir Belhaddad ?

« J’ai claqué la porte du PS car ses pratiques, ses valeurs, ne correspondaient plus à mon projet, explique-t-il. Être député pour moi n’est pas une fin en soi, mais seulement un outil pour continuer à mener mes combats contre l’injustice, contre la discrimination et pour servir la communauté nationale dans son ensemble ».

Pendant son mandat, le député mosellan entend bien faire bouger les choses, notamment en ce qui concerne les relations franco-africaines. « Sans faire table rase du passé, il faut avoir une vision moderne du monde et envisager les relations franco-africaines comme des relations de partenaires à partenaires et non plus comme des relations d’ex-colonisateur à ex-colonies », estime-t-il.

Au sein de l’Assemblée nationale, il fait notamment partie des groupes d’amitié France-Algérie mais aussi France-Israël. Un prolongement de la période où, en tant qu’adjoint aux sports de la mairie de Metz, il s’était rendu en Israël, dans les Territoires palestiniens, y compris à Gaza, afin d’aller expliquer sur place son projet de faire courir ensemble au marathon de Metz des athlètes israéliens et palestiniens.

« On est peut-être un peu naïf quand on parle de transformer les choses en profondeur, concède Smain Zellouf. Mais on a des idées et beaucoup de force de travail ». Naïfs ou visionnaires, le temps dira quel qualificatif convient le mieux à Emmanuel Macron et ses relais au Parlement.

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