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Publié le • Modifié le

Les présidents peu connus: discrets, mais pas toujours impuissants

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De gauche à droite, les présidents grec (Prokopis Pavlopoulos), indien (Ram Nath Kovind), italien (Sergio Mattarella) et israélien (Reuven Rivlin) Wikicommons - REUTERS/Adnan Abidi

Il est des pays où le chef de l’Etat est plutôt discret, et son nom bien moins connu que celui du chef du gouvernement. En cause : le fonctionnement du système parlementaire, qui accorde plus d’importance au Premier ministre ou au président du Conseil qu’au président de la République ou de l’Etat. Sur le papier pourtant, ce dernier a toujours un rôle à jouer, ou presque. Petit tour d’horizon de ces pays où le premier des citoyens se trouve, au moins en apparence, relégué au second plan de la vie politique nationale.


En Inde, le président-Constitution

Le jeudi 20 juillet, l’Inde élisait un nouveau président, en la personne de Ram Nath Kovind.  Appartenant à la caste des intouchables, cet hindouiste est très peu connu des Indiens eux-mêmes. A l’étranger, son nom ne résonne pas comme celui du Premier ministre Narendra Modi. Il faut dire qu’en Inde, le rôle du président est avant tout honorifique, comme le remarquait notre journaliste Tirthankar Chanda dans un article consacré à Ram Nath Kovind au moment de son élection. Le chef de l’Etat indien signe les décrets et les lois que lui présente l’exécutif, et il est, sur le papier, chef des armées. Mais quand il s’agit de nommer des gouverneurs d’Etat ou le procureur général, il n’agit qu’en suivant les recommandations du gouvernement.

Le président indien doit toutefois pouvoir se faire arbitre en cas de litige ou de blocage politique. Par exemple, c’est lui qui choisit quels chefs de partis convoquer pour former un gouvernement en cas d’absence de majorité nette suite aux élections législatives – les prochaines auront lieu en 2019 en Inde. Surtout, en tant que garant de la Constitution, le président doit défendre et assurer le respect de la laïcité, inscrite dans la loi fondamentale indienne. Si le prédécesseur de Ram Nath Kovind n’hésitait pas à prendre la parole sur ce sujet, quitte à déranger le gouvernement, rien ne dit que le nouvel occupant du palais de la Raisina Hill en fasse de même. Ram Nath Kovind, hindouiste comme Narendra Modi, est parfois perçu comme l’obligé du Premier ministre indien, et son indépendance vis-à-vis de l’exécutif fait déjà débat dans le sous-continent.

En Italie, le président-arbitre

Comme son homologue indien, le président italien est élu par les deux chambres du Parlement, et par des représentants des différentes régions (des Etats, dans le cas indien). En 2015, l’indépendant Sergio Mattarella est devenu le premier citoyen d’Italie. L’arrivée de cet ancien juge, reconnu et respecté pour sa droiture morale, était un coup de maître du président du Conseil de l’époque Matteo Renzi, qui avait proposé son nom à l’élection.

Pour convaincre les parlementaires de voter pour Mattarella, Matteo Renzi leur avait rappelé l’épisode douloureux de la présidentielle de 2013, où après quatre tours de scrutin, aucun nom n’avait remporté la majorité absolue des suffrages. A l’époque, certains avaient profité du caractère secret du vote pour glisser dans l’urne le nom de l’entraîneur de la sélection de football italienne, ou encore celui de l’acteur de films pornographiques Rocco Sifredi. Le septennat du prédécesseur de Sergio Mattarella, Giorgio Napolitano, avait dû être exceptionnellement prolongé de deux ans.

Fin 2016, après l’échec de la réforme constitutionnelle voulue par le président du Conseil Matteo Renzi, celui-ci annonce sa volonté de démissionner. Preuve du rôle que peut avoir à jouer le président de la République italienne, Sergio Mattarrella demande alors au jeune social-démocrate d’attendre, au moins le temps que la loi de financement de 2017 soit votée. Matteo Renzi respecte cette décision, et quitte ses fonctions quelques jours plus tard, après que l’Italie s’est dotée d’un budget.

En Grèce, le président de la discorde

Si leurs homologues italiens avaient su s’accommoder, en 2013, de leur incapacité à choisir un président, les parlementaires grecs avaient quant à eux perdu leur poste pour les mêmes raisons. En décembre 2014, pour l’élection présidentielle, aucun nom ne remporte suffisamment de suffrages pendant trois tours de suite auprès des membres du Vouli. Résultat : l’Assemblée est dissoute, et des élections législatives ont lieu en janvier 2015. La gauche radicale de Syriza manque de peu d’y remporter la majorité absolue, mais elle parvient à former un gouvernement de coalition.

Un mois plus tard, le leader de Syriza et Premier ministre Alexis Tsipras propose un nom consensuel : celui de Prokopis Pavlopoulos. Plutôt de droite, appartenant pleinement à l’ancien système de partis tant critiqué par la gauche radicale, cet ancien ministre de l’Intérieur a le mérite de faire consensus, notamment auprès de l’opposition. Un « candidat facile à élire », comme le remarquait alors notre correspondante à Athènes Charlotte Stiévenard, qui permet à Alexis Tsipras de « se concentrer sur les négociations avec les créanciers de la Grèce ». Et surtout d’éviter une nouvelle dissolution du Parlement, où sa formation est majoritaire.

En Allemagne et en Israël, des présidents de cérémonie

Comme dans tous les régimes parlementaires, les présidents allemand et israélien sont élus par les chambres du Parlement (et des représentants des Länders ou quelques membres de la société civile dans le cas allemand). Les présidents de ces pays ont aussi la responsabilité de proposer un nom pour le poste de Premier ministre en Israël, ou de chancelier en Allemagne. Mais cette décision dépend de la composition de l’Assemblée.

En Israël, le vote de juin 2014 a porté au sommet de l’Etat Reuven Rivlin, un homme situé à la droite du Likoud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Moins connu que son prédécesseur Shimon Peres, Reuven Rivlin devrait, selon la tradition, passer son septennat à représenter l’Etat hébreu à l’étranger.

Les prérogatives de Franck-Walter Steinmeier, en Allemagne, sont somme toute les mêmes. Elu en mars 2017 par l’Assemblée fédérale, ce social-démocrate et ancien ministre des Affaires étrangères n’est pas du même bord politique que la chancelière Angela Merkel, mais n’est pas vraiment en mesure de contrebalancer son pouvoir. Comme le rappelle, non sans humour, nos confrères de la chaine franco-allemande Arte, le président fédéral allemand sert surtout à représenter l’Allemagne à l’étranger, à « remettre des médailles », et à « faire des discours, beaucoup de discours ». Avec ses homologues, il partage tout de même une mission : celle de garantir l'unité et la stabilité du pays, ainsi que le respect de la Constitution.

Chronologie et chiffres clés